Par Raymond CLÉMENT. 

Suit alors invariablement le rituel de commentateurs qui se défoulent à tour de rôle dans tous les médias en fustigeant les déficits qui ne cessent d’augmenter et en condamnant la dette nationale qui augmente depuis toujours. Pour eux, la question la plus importante est de savoir quand le budget retournera à l’équilibre. Franchement, cette discussion est absolument inutile. Pourquoi? Parce qu’on nous donne à croire que le rôle d’un gouvernement responsable est de gérer le budget comme doit le faire une famille ou une petite entreprise. Or c’est en injectant de l’argent dans l’économie qu’on fait croître davantage l’économie.

Dans cette perspective, deux choses importantes sont à retenir :

1. La monnaie est un bien public créé par la Banque centrale sous l’autorité du gouvernement fédéral, qui peut en créer autant que nécessaire.

2. Le gouvernement fédéral n’a pas besoin de taxer pour financer les dépenses publiques (santé, éducation) et les projets capitaux (infrastructures, routes, égouts). En utilisant la Banque centrale et en s’appuyant sur un budget voté à la Chambre des communes, le gouvernement fédéral peut injecter autant d’argent que nécessaire pour financer les programmes fédéraux. Contrairement à la pensée courante, les taxes retirent de l’argent de l’économie.

L’émergence du culte du marché

De 1945 à 1970, les économies des pays occidentaux ont été stimulées par des programmes d’investissements initiés par les gouvernements nationaux. Ces investissements ont été grandement influencés par la pensée keynésienne. Selon l’économiste britannique Keynes, quand l’économie connait des perturbations, le gouvernement doit intervenir. Depuis 40 ans, avec l’arrivée de la pensée néolibérale défendue par l’Américain Milton Friedman, on nous rabâche que les activités du gouvernement sont trop importantes et qu’il faut accorder plus de place au marché. Au motif que le marché est la clé de l’efficacité économique. L’arrivée de la stagflation, un phénomène dû à une récession accentuée par la hausse des prix énergétiques durant les années 1970, a constitué le bon moment pour imposer cette nouvelle pensée.

Le dogme abusif du néolibéralisme

Les partisans du néolibéralisme s’obstinent à comparer le gouverne- ment à un ménage ou à une petite entreprise. Un ménage responsable étant celui qui se comporte bien, c’est-à-dire qui cherche à ne pas s’endetter, à ne pas trop dépenser pour surtout atteindre un budget équilibré à la fin de l’année.

Cette comparaison est fausse. Puisque c’est le gouvernement qui est l’émetteur de la monnaie et que les ménages et les entreprises sont les utilisateurs de cette monnaie. Et tout utilisateur doit forcément obtenir de la monnaie avant d’envisager n’importe quelle dépense.

Arrêtons une fois pour toutes de comparer le gouvernement fédéral à un ménage ou à une petite entreprise.

Car seul le gouvernement a la capacité d’entreprendre des initiatives à grande échelle.

Car seul le gouvernement peut financer la santé universelle.
Car seul le gouvernement peut soutenir l’éducation de masse.
Car seul le gouvernement peut stabiliser les économies en crise.

Car seul le gouvernement peut organiser la transition énergétique.

N’en déplaise aux néolibéraux, l’objectif du gouvernement devrait être d’accompagner la croissance de l’économie afin de l’orienter vers le plein emploi et non vers un budget équilibré.