À l’instar de la résolution des grandes crises géopolitiques, les minerais critiques ou encore la lutte contre la criminalité organisée, le sujet de l’appui au développement à la protection en ligne pour les jeunes était au menu des discussions des plus grands dirigeants de la planète qui se sont rencontrés à Evian en France depuis le début de la semaine.

L’Allemagne, le Canada, les États-Unis, la France, l’Italie, le Japon et le Royaume-Uni, les pays qui composent ce groupe, avec le soutien des pays partenaires du G7, soit le Brésil, l’Égypte, l’Inde, le Kenya et la République de Corée ont rappelé que « malgré leurs avantages, les services numériques peuvent comporter des risques pour les enfants et les jeunes. »

« Ces derniers peuvent être exposés à des interactions et à des contenus illégaux ou inappropriés pour leur âge qui nuisent à leur santé mentale et à leur bien-être. L’usage de certains services numériques dotés de fonctionnalités destinées à capter l’attention et à renforcer les interactions au maximum, qui peuvent entraîner des comportements compulsifs et de dépendance et d’autres risques, suscite des préoccupations », ont-ils également déclaré après leur rencontre.

L’ensemble des États appelle donc « les fournisseurs de services numériques à créer et à mettre en place des technologies et des systèmes qui garantissent aux utilisateurs des expériences sûres, sécurisées et appropriées à leur âge ».

Enjeu majeur pour les pays membres du G7

Quelques jours avant cette rencontre internationale, le gouvernement du Canada était déjà allé de l’avant sur ce thème en présentant la Loi sur les médias sociaux sécuritaires (Projet de loi C-34) qui vise à lutter contre le contenu préjudiciable en ligne, en particulier celui qui touche les enfants.

La loi exigera que tous les services de médias sociaux et de robots conversationnels dotés d’IA mettent en place des mesures de protection et de sécurité adaptées à l’âge des jeunes utilisateurs. Une restriction d’âge empêchant les enfants de moins de 16 ans d’avoir des comptes sur les réseaux sociaux est aussi recommandée.

Renée Desjardins est professeure agrégée à l’Université de Saint-Boniface et professeure associée à McGill. Ses domaines d’expertise sont la communication numérique multilingue ou encore les études sur les médias sociaux.

La spécialiste avait suivi le projet similaire du Manitoba dévoilé il y a quelques semaines. Pour Renée Desjardins, c’est satisfaisant de voir une harmonie au niveau fédéral.

« Une approche nationale fédérale, c’est déjà plus positif, je dirais, parce que ça permet une harmonisation des actions prises.

« Cependant, je trouve que c’est une loi, disons, plutôt réactive. J’ai l’impression qu’on peut réagir, notamment par rapport à ce qui s’est passé à Tumbler Ridge, en Colombie-Britannique, en février. Ça a soulevé plusieurs préoccupations, et elles sont légitimes, on s’entend.

« Évidemment, la manière dont OpenAI a réagi, ça a soulevé plusieurs préoccupations. J’ai l’impression qu’il y a un moment où les parents, les citoyens veulent que les gouvernements provinciaux et fédéraux réagissent. Alors les gouvernements réagissent, ce qui est bien.

« Mais on a vu avec l’annonce sur le Projet de loi C-34 qu’il y a encore plusieurs zones grises, des points qui sont flous ou ambigus pour lesquels on n’a pas eu de précision. »

Cadre légal et éducatif

Pour Renée Desjardins, il sera difficile de faire de l’interdiction sans éducation. Ce cadre légal a besoin de plus d’explications, dit la professeure.

« Ce qui me pose un problème, c’est l’idée que c’est l’un ou c’est l’autre. En fait, je pense que ça prend des cadres législatifs, certainement, mais l’éducation, c’est également important.

« Et justement, une des zones plutôt grises ou plutôt floues, c’est : qui va assurer la vérification d’âge? Qui va s’assurer que les jeunes n’ont pas accès à ces plateformes? Alors, il faut sensibiliser le public, parce que je pense qu’il y a certains parents, certains citoyens, certaines personnes en éducation, enseignants, professeurs qui ne maîtrisent pas ces plateformes aussi bien que les jeunes.

« Donc, pour moi, on ne peut pas faire abstraction de la sensibilisation et de l’éducation. Ça fait la paire avec les cadres législatifs. »

Il va s’ouvrir maintenant un temps politique pour présenter de potentielles modifications et ajouts à ce projet de loi avant une sanction royale. Avant d’arriver à cette issue, Renée Desjardins propose d’établir « des cours sur la littératie des médias sociaux. »

Mais la professeure le rappelle : « malheureusement, ce qui est difficile, c’est que toutes démarches, que ce soit des projets législatifs, que ce soit un développement d’un cours, d’un module, d’un atelier, d’un curriculum, ça prend du temps. »