L’été est l’occasion de profiter des belles températures pour aller marcher, apprécier les plages et visiter de nouveaux endroits, près de chez soi comme plus loin.

Cette année, six artistes vont aussi en profiter dans la cohorte de la Résidence des arts du Mont-Riding.

Offert depuis 2006 par le Conseil des arts du Manitoba (CAM), en collaboration avec le parc national du Mont-Riding, le programme se déroule de juin à août, avec deux semaines allouées pour chaque participant.

Le programme permet aux artistes du Manitoba de s’éloigner de leur quotidien pour pouvoir consacrer du temps à leurs parcours et projets artistiques dans un lieu isolé et tranquille.

Les attentes envers les participantes et participants sont modestes : ils doivent simplement présenter une mise à jour de leur projet ou offrir un atelier lié à leur pratique artistique.

« Le chalet, qui a été donné au programme par la communauté, est dans le parc près du village de Wasagaming, tout en restant assez isolé. Il y a des participants qui visitent la plage, ou bien prennent des moments seuls dans la nature pour retrouver l’inspiration », partage Elyse Saurette, la coordinatrice des communications avec le CAM.

Tout le monde ne peut toutefois pas profiter de cette occasion.

C’est un programme extrêmement sélectif, qui attire plusieurs centaines de candidats chaque année. À cause de cela, l’équipe cherche principalement des artistes établis, avec une histoire non seulement de projets complétés, mais aussi de présentations.

La forte demande pour ce programme fait malheureusement que les participants francophones sont moins nombreux que les anglophones.

Malgré cela, Elyse Saurette assure que l’équipe cherche à accueillir des francophones dans les cohortes à chaque occasion. Selon elle, au moins une artiste francophone ou une équipe francophone participe chaque année.

« Les francophones sont une priorité pour nous, dit-elle, mais ça arrive qu’il n’y en ait pas. Je dirais que c’est plus souvent que pas, qu’il y a un francophone dans la cohorte. »

Parmi les participants francophones ayant déjà fait une résidence dans le cadre de ce programme, on compte par exemple Rayannah, Amber O’Reilly, Claire Morrison, Daniel Peloquin-Hopfner et Mélanie Rocan.

La participante francophone pour 2026

Cette année, la cohorte a inclus Geneviève Pelletier, qui travaille actuellement en tant qu’artiste indépendante après avoir été directrice artistique du Théâtre Cercle Molière.

Du 1er au 15 juin, l’artiste a profité de cet endroit isolé et de la beauté de la nature pour mener à bien la traduction de Café Daughter, l’une des premières pièces du dramaturge autochtone Kenneth T. Williams.

La demande pour son travail de traduction a été faite par Kenneth T. Williams, ainsi que par le Centre national des arts à Ottawa. afin de pouvoir l’envoyer à d’autres dramaturges autochtones, qui en feront la relecture pour assurer la qualité et la maniabilité du travail.

Son séjour de deux semaines s’est toutefois avéré plus fructueux que prévu. Elle explique qu’elle a aussiréussi à peaufiner les voix des personnages dans un style davantage ancré dans les Prairies, est donc repartie avec une version préliminaire plus aboutie du projet.

« Ça m’a vraiment permis de rentrer dans la masse du travail qui devait être fait, et je suis sortie avec une version du travail qui est beaucoup plus loin que je m’imaginais », se réjouit-elle de l’expérience.

Conformément à l’obligation de proposer soit un atelier, soit une projection dans le cadre de la résidence, Geneviève Pelletier a organisé une conversation artistique sur la pièce, à laquelle ont assisté plus de 1 000 personnes. La discussion était axée sur les valeurs artistiques et les thèmes de l’œuvre originale, ainsi que l’importance d’écouter les histoires de toutes personnes.

Ces discussions ont notamment porté sur la manière dont la narration et le partage des histoires permettent de donner un sens à la vie. Selon Geneviève Pelletier, les participants ont également échangé sur la façon dont chacun interprète ses expériences et construit le récit de son vécu.

« On a passé une bonne heure et demie à discuter ensemble, parler des thèmes, sur l’identité, des valeurs qui nous parcourent au quotidien, ainsi que les choses qu’on met de l’avant. C’était vraiment très riche, en fait, de voir comment le texte résonnait pour eux. »

Enfin, elle est ressortie de l’expérience avec non seulement une part importante du travail réalisé dans le cadre de son projet actuel, mais aussi une nouvelle appréciation pour la solitude comme un outil artistique.

« C’est super privilégié ce qui est à faire dans ce contexte-là. Je suis très heureuse et très reconnaissante de l’occasion », affirme-t-elle.

« Toutes ces choses-là contribuent aussi à forger ton expérience en tant qu’artiste, et donnent une certaine légitimité au fait d’être artiste aujourd’hui. On a besoin de ce genre de moment pour découvrir qui nous sommes et sa propre légitimité, mais aussi la légitimité de l’artiste à l’intérieur même de la société. »