Avec certaines informations de Félix GUICHARD
La charte royale de la Compagnie de la Baie d’Hudson, qui accordait en 1670 des droits exclusifs sur la Terre de Rupert, un immense territoire qui couvrait une grande partie du Canada actuel, a officiellement été remise à quatre institutions publiques canadiennes.
Son arrivée au Musée du Manitoba lance un vaste processus de consultation nationale visant à mieux comprendre son héritage historique ainsi que ses effets durables sur les peuples autochtones et le développement du pays.
Le 11 juin, les murs du Musée du Manitoba ont accueilli un évènement d’une importance toute particulière.
La charte royale de la Compagnie de la Baie d’Hudson (CBH), édictée par le roi Charles II en 1670, est désormais entre les mains des Canadiens.
Environ 200 personnes étaient présentes pour l’occasion et tous ont pu découvrir le document vieux de 356 ans, exhibé dans un cercueil de verre aux pieds de la scène sur laquelle se sont succédé les prises de paroles.

Inauguré par une cérémonie du calumet, de l’eau et l’allumage du qulliq, l’évènement s’est tenu en présence de nombreux invités.
Des représentants des Premières Nations, à l’instar de l’aîné Dakota, Kevin Tacan, ou Gordon Bluesky, chef de la nation Ojibwe de Brokenhead, mais aussi des Inuits et des Métis.
L’on notera également la présence de l’honorable Anita R. Neville, lieutenante-gouverneure du Manitoba ainsi que de la très honorable Mary Simon, ancienne gouverneure générale du Canada.
Lors d’une vente aux enchères en décembre 2025, la charte royale a été acquise par la famille Weston et David Thomson pour 18 millions $.
Elle a ensuite été offerte, à parts égales, à quatre institutions publiques, à savoir le Musée du Manitoba, les Archives du Manitoba, le Musée canadien de l’histoire et le Musée royal de l’Ontario, lesquels travaillent ensemble au sein du consortium chargé de la charte royale de la Compagnie de la Baie d’Hudson.
Dorota Blumczyńska, présidente-directrice générale du Musée du Manitoba et représentante du consortium, parle d’une relation unique qui donnera lieu à un travail et des conversations importantes sur l’avenir du document.
« Nous essayons de déterminer ce que cela signifie pour la perpétuité. Nous créons des accords de partage, des accords de voyage et des politiques autour de la prise de décision et de l’accès partagé au document. Au cours des prochaines années, au fil des conversations nationales, des exhibitions et du développement de programmes publics et de ressources éducatives, nous allons travailler ensemble pour aider les Canadiens à mieux comprendre ce morceau important de notre histoire partagée. »
Et il est essentiel de le comprendre. Lors de sa création, la charte royale octroyait à la Compagnie de la Baie d’Hudson des droits sur les terres, le commerce et l’exploration sur un territoire qui représente près du tiers du Canada actuel.
Toutefois, ces droits ont été accordés sans aucune considération pour les peuples qui s’y trouvaient déjà.
Envers le document, la grande cheffe de l’assemblée des chefs, Kyra Wilson arbore des sentiments partagés.
Absente lors de l’évènement, c’est l’ancien Chef national de l’Assemblée des Premières Nations, Ovide Mercredi, qui a porté les mots de Kyra Wilson sur scène.
« En 1670, un roi assis de l’autre côté de l’océan revendiqua des terres qu’il n’avait jamais vues et prit une décision qui eut des répercussions sur des peuples qu’il n’avait jamais rencontrés. Sous couvert de la doctrine de la découverte, de vastes territoires furent accordés à la Compagnie de la Baie d’Hudson, comme si nos terres étaient vides, en attente d’être adoptées par des autorités étrangères. Elles n’étaient pas vides. Nos nations étaient là, tout comme nos lois, nos gouvernements, nos langues, nos cérémonies et nos économies. La charte ne nous a pas découverts, elle nous a ignorés. »
Le document, par sa nature, incarne à la fois une étape capitale dans la création du Canada, mais aussi les stigmates de nombreux peuples autochtones. Un aspect dont les membres du consortium ont bien conscience.
Notamment Caroline Dromaguet, présidente et directrice générale du Musée canadien de l’histoire.
« C’est un document fondateur pour le pays, mais qui comprend beaucoup de perspectives. Alors je crois que l’on va pouvoir beaucoup en apprendre sur l’histoire et le legs de cette charte et se rassembler autour de discussions qui vont se faire dans le respect et nous faire progresser vers la réconciliation. »
Pour ce faire, les communautés autochtones feront partie des consultations du consortium afin d’adopter la meilleure trajectoire.
« L’objectif de ces conversations est de comprendre, non seulement l’aspect historique de cette charte, mais aussi les implications contemporaines de cette dernière », explique Dorota Blumczyńska.
« L’on se doit d’utiliser ce document pour améliorer notre compréhension, notre engagement vers la réconciliation économique et sociale. Donc notre travail va être d’aider les Canadiens à mieux comprendre cet aspect compliqué de notre histoire ».
Le document en lui-même sera donc exposé pour la première fois au Musée du Manitoba à l’automne 2027 avant de voyager vers d’autres musées membres du consortium plus tard.
(1) La doctrine de la découverte est un concept juridique et religieux qui a été utilisé pendant des siècles pour justifier la conquête coloniale chrétienne. Elle soutenait l’idée que les peuples européens étaient supérieurs à tous les autres, de même que leur culture et leur religion.
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