Face à l’augmentation des enjeux de santé mentale sur les lieux de travail au Canada, la formatrice certifiée en premiers soins en santé mentale Francine Proulx-Kenzle explique comment y faire face au mieux, tant du point de vue de l’employeur que de celui de l’employé.

Elle présente davantage les mesures qu’elle met en œuvre pour améliorer la santé mentale au travail.

En 2025, la Recherche en santé mentale Canada a publié son rapport intitulé Santé mentale en milieu de travail 2025. Les données de la recherche indiquent qu’une personne sur deux est touchée par un diagnostic de santé mentale, tandis que seulement trois sur cinq reçoivent des mesures d’adaptation pour leurs diagnostics.

Le rapport indique également que 59 % des employés estiment que leur milieu de travail offre un environnement psychologiquement sécuritaire, et le soutien pour gérer le stress y reste insuffisant. De plus, une augmentation de 4 % du taux d’épuisement professionnel a été observée, de 35 % en 2023 à 39 % en 2025.

Ces chiffres sont troublants pour Francine Proulx-Kenzle, formatrice certifiée en premiers soins en santé mentale par la Commission de la santé mentale du Canada.

« L’augmentation est une tendance claire dans nos milieux de travail, ce qui n’est pas bon du tout », remarque-t-elle, en se préparant pour son prochain atelier en santé mentale et ressources humaines le 13 août.

Elle note davantage une statistique venant de Bénéfices Canada, qui dit que 70 % des employés canadiens affirment que leur productivité a diminué, en partie à cause de l’aggravation de leur santé mentale.

Francine Proulx-Kenzle va animer la séance Prendre soin de soi pour mieux prendre soin des autres avec RepèreRH le 13 août.
Francine Proulx-Kenzle va animer la séance Prendre soin de soi pour mieux prendre soin des autres avec RepèreRH le 13 août. (photo : gracieuseté)

Les enjeux fondamentaux

Selon la formatrice, il y a plusieurs raisons pour lesquelles ces chiffres ont apparemment augmenté au cours des dernières années, la majorité d’entre elles revenant à l’idée que la vie, selon elle, est tout simplement plus intense en 2026.

Elle estime qu’une culture du travail axée sur la performance, les pressions financières et les exigences qui amènent les employés à consacrer de longues heures à leur emploi contribuent à l’épuisement des travailleuses et travailleurs canadiens.

D’un autre côté, elle comprend que les demandes professionnelles sont différentes selon les secteurs, et qu’il n’y a pas une seule solution à ce problème.

« Il faut accepter que la santé mentale évolue sur un continuum et que ces changements se manifestent aussi au travail, que l’on se sente au meilleur de sa forme ou que l’on commence à vivre un déclin. L’essentiel est de reconnaître les signes et de les gérer progressivement afin d’éviter une crise », conseille-t-elle.

En plus d’organiser ses propres séances de certification pour les premiers soins de la santé mentale, Francine Proulx-Kenzle collabore avec plusieurs organismes à travers le Canada afin de mieux faire reconnaître l’importance de la santé mentale dans les milieux professionnels et quotidiens.

Discuter de la santé mentale

Selon elle, l’élément le plus important à souligner est la stigmatisation de la santé mentale, et comment la combattre. Elle trouve que plusieurs personnes avec qui elle travaille sont devenus très bonnes à cacher leurs défis en santé mentale, afin d’éviter d’attirer l’attention au travail, ou se sentir jugées par les collègues et les employeurs.

« Ce n’est pas une façon saine de gérer. Si on vit un problème de santé mentale, c’est réellement démontré qu’on ne peut pas simplement mettre ça de côté et aller travailler. Alors, ça donne un peu une idée qu’il faut continuer à travailler sur la stigmatisation, et d’offrir des outils et des espaces pour en parler. »

Bien qu’elle reconnaisse que cela prendra des différentes formes selon l’espace de travail, elle partage qu’il y a plusieurs ressources disponibles gratuitement avec la Commission de la santé mentale du Canada, qu’elles soient pour les employés ou les employeurs qui veulent améliorer ces situations dans leurs entreprises et organismes.

« Parfois, ce sont des petits pamphlets ou des choses qu’on peut lire physiquement. Parfois, ce sont des choses qu’on peut tout simplement télécharger pour lire sur l’ordinateur ou au téléphone.

« Mais certains employeurs vont investir pour avoir quelqu’un de certifié pour venir créer cet espace où on peut parler de la santé mentale et vraiment répondre aux questions. C’est là où on l’peut aussi atténuer cette stigmatisation et augmenter ce qu’on comprend de la santé mentale. »

Selon la Loi sur la sécurité et l’hygiène du travail du Manitoba, l’employeur n’est pas responsable de la santé mentale générale, ni des problèmes de santé mentale personnels de ses employés. En revanche, il est tenu de favoriser un milieu de travail psychologiquement sécuritaire, d’identifier les risques psychologiques liés au travail et de prendre des mesures pour les prévenir ou les corriger.

Reconnaissant cela, Francine Proulx-Kenzle insiste que ce travail puisse aider à la prévention de certaines crises. Selon elle, l’employeur devrait être responsable de la sécurité psychologique, ce qui veut dire qu’il doit s’assurer que l’employé prend des temps de pause et a accès à des ressources, que ce soit sous forme d’atelier ou de documentation physique disponible au bureau.

Elle dit également que les employés ont la responsabilité d’annoncer quand ces besoins ne sont pas satisfaits, ou s’il y a un manque pertinent à leur santé mentale et sécurité psychologique.

« Nous ne sommes pas des robots, mais des êtres humains, dit-elle. Et comme tous les êtres humains, nous avons des besoins psychologiques. Il est important de comprendre à quel point la situation peut se détériorer, comme le montrent les statistiques que j’ai présentées. C’est en reconnaissant nos limites que nous pouvons mieux soutenir nos collègues ou nos employés et les encourager à prendre soin d’eux-mêmes. »

« Mon message aux employeurs, c’est de ne pas prendre pour acquis votre personnel. »

Collaboration avec RepèreRH

Francine Proulx-Kenzle se présentera en direct sur Teams le 13 août avec RepèreRH, pour un atelier sur la santé mentale dans les milieux professionnels.

L’atelier, intitulé Prendre soins de soi pour mieux prendre soin des autres, mettra l’accent sur les personnes occupant des postes à responsabilité, et comment gérer le stress mental et émotionnel d’une manière adaptée au milieu professionnel. Comment se conformer à la législation relative à la santé mentale et à la sécurité au travail fera aussi partie de la discussion.

Bien qu’il ne s’agisse pas d’une séance de certification, elle dit que les participants vont apprendre comment les autres personnes avec qui elle a travaillé, ainsi que les autres participants, ont géré les défis et crises de santé mentale dans leurs emplois.

L’atelier d’une heure et demie se déroulera en direct sur Teams. Bien qu’il soit gratuit pour les membres de RepèreRH, il sera ouvert à tous moyennant une participation de 45 $.

Julie Bélanger-Belley, la fondatrice de RepèreRH, s’aligne avec l’importance de l’atelier, ajoutant : « Il y a des lois sur la santé mentale et la sécurité dans les milieux professionnels que plusieurs employeurs ne connaissent pas nécessairement. Alors, c’est un sujet essentiel à partager, parce que cette sensibilisation va créer des environnements de travail plus sains et sécurisés pour tous et toutes.

« Il y a aussi un vrai manque de ressources comme cela en français, alors ça me plaît d’être capable d’offrir cela pour notre communauté. »