Parmi les résultats présentés au mois de juin par Recherche en santé mentale Canada (RSMC), l’on peut relever certains faits saillants comme une jeune femme sur quatre (24 %) et un jeune homme sur cinq (18 %) âgés de 16 à 24 ans passent au moins trois heures par jour à faire défiler du contenu sur les réseaux sociaux de manière passive.

Il est également indiqué que plus de la moitié des jeunes (55 % des femmes et 43 % des hommes) utilisent les écrans pour répondre à l’ennui, au stress, à l’anxiété ou à une humeur basse la plupart des jours de la semaine

Aussi, passer plus de quatre heures par jour sur des activités de divertissement, de jeux ou de réseaux sociaux double presque le risque de signaler une anxiété sévère (11 % contre 5 %) ou une dépression sévère (8 % contre 3 %) par rapport à ceux qui y passent moins de temps, indique le sondage.

Santé mentale et écran : relation complexe

Vincent Paquin est professeur adjoint de psychiatrie à l’Université McGill. Certaines de ses recherches visent à comprendre comment les pratiques liées aux médias numériques influencent la santé mentale des adolescents et des jeunes adultes.

Si ces résultats ne le surprennent pas, il invite à la nuance : « il faut éviter de sauter tout de suite à la conclusion que c’est l’utilisation importante des médias numériques qui est responsable des problèmes de santé mentale. »

« La relation entre les deux est plus complexe. Dans certains cas, l’usage excessif des médias numériques comme les médias sociaux peut contribuer à des problèmes de santé mentale.

« Mais à l’inverse, les gens qui rencontrent déjà des difficultés vont parfois se tourner vers des technologies numériques pour réguler leurs émotions négatives, pour réguler leur stress. Donc, ce qui est important pour nous les cliniciens, mais aussi pour les jeunes et pour les familles, c’est de rester à l’affût de cette complexité-là.

« C’est-à-dire qu’il ne faut pas tout de suite blâmer les technologies numériques pour un problème de santé mentale. Bien sûr, il y a des problèmes réels qui sont associés avec les plateformes numériques et il faut en parler. Mais en même temps, il faut reconnaître aussi que parfois, dans certaines situations, les jeunes ont des expériences positives avec les technologies numériques. »

Des solutions pour limiter le temps d’écran

Vincent Paquin évoque notamment des communautés en ligne ou des applications de soutien qui peuvent apporter des bénéfices à certaines personnes.

Si identifier une limite de temps d’écran universelle est difficile, affirme Vincent Paquin, il est important de trouver le juste équilibre, explique-t-il.

« Évidemment, une jeune personne qui est passionnée de jeux vidéo et qui joue fréquemment aux jeux vidéo parce que ses amis partagent ces activités, il va probablement avoir un temps d’écran plus élevé qu’une autre personne qui a des loisirs plutôt de nature sportive.

« Mais, ça ne veut pas dire que le temps passé devant les jeux vidéo est mauvais. Donc, en fait, le point de départ des discussions souvent, c’est de voir ce qui affecte négativement un individu.

« Ensuite, on peut identifier des stratégies pour aider à avoir un usage plus équilibré et plus sain.

« Parfois, les jeunes vont restreindre les notifications sur leurs applications. Une autre stratégie que certaines personnes utilisent, c’est de réinitialiser l’algorithme de personnalisation sur les médias sociaux de façon périodique.

« Par exemple, sur Instagram et TikTok, on peut effacer les données de personnalisation, ce qui fait en sorte que les recommandations algorithmiques vont être mises à neuf, donc probablement moins persuasives. C’est une approche qui permet de favoriser un meilleur autocontrôle de l’usage des médias numériques.

« Puis enfin, c’est possible aussi de choisir des contenus ou des plateformes qui nous apportent des effets plus positifs. »

Revoir la conception des plateformes numériques

« Au nom de la santé mentale », notamment, Wab Kinew, premier ministre du Manitoba, avait annoncé vouloir interdir l’accès aux réseaux sociaux et aux robots conversationnels aux jeunes de 16 ans et moins.

Depuis, le gouvernement du Canada était allé de l’avant sur ce thème en présentant la Loi sur les médias sociaux sécuritaires (Projet de loi C-34) qui vise à lutter contre le contenu préjudiciable en ligne, en particulier celui qui touche les enfants.

Vincent Paquin présente d’autres options plutôt que l’interdiction.

« À mon avis, l’approche qui sera la plus efficace, c’est de cibler directement la structure de ces plateformes-là. Par exemple, en enlevant la possibilité de dérouler à l’infini ou d’avoir des vidéos qui se mettent en lecture automatique ou encore des algorithmes qui vont intentionnellement présenter des contenus provocateurs pour maximiser l’engagement.

« Ce sont des pratiques qui sont nuisibles pour tout le monde, incluant les jeunes et les moins jeunes. Et si l’on parvient à limiter, voire interdire ce type de caractéristiques persuasives, ce sera avantageux pour tout le monde. »

(1) Ce sondage s’inscrit dans une initiative nationale lancée en avril 2020 par Recherche en santé mentale Canada pour suivre l’évolution de la santé mentale des Canadiens. Il a été mené en ligne auprès de 4 044 canadiens.