Depuis le 30 juin, les personnes intéressées à devenir candidats aux élections de la Commission scolaire franco-manitobaine peuvent contacter Lucille Daudet-Mitchell, la fonctionnaire électorale principale (FÉP). Ancienne directrice d’école maintenant retraitée, cette ancienne enseignante de la Division scolaire franco-manitobaine sera aux premières loges pour s’assurer du bon déroulement des élections.
« Je suis embauchée pour gérer de A à Z l’élection scolaire. Je communique avec les candidats, je vais les guider dans le processus et je vais coordonner le travail des employés électoraux lorsque viendra le temps de passer au vote », a affirmé Lucille Daudet-Mitchell.
Lors des élections d’octobre prochain, les électeurs éliront onze représentants répartis en trois régions différentes. « La région électorale urbaine élira quatre commissaires, même chose pour le sud-est. La région du nord-ouest, elle, puisqu’il y a moins d’écoles, élira trois commissaires. Cependant, les onze commissaires siègent sur le même pied d’égalité. Ils éliront par après, entre eux, la présidence et la vice-présidence. »
Qui décide des élections
Jusqu’au 25 septembre, les personnes s’étant procuré les formulaires de mise en candidature vont recueillir les 25 appuis nécessaires pour devenir officiellement candidats. C’est à cette même date qu’il sera possible de savoir quelles sont les régions qui connaîtront des courses et s’il y aura des personnes élues par acclamation.
D’ici-là, Lucille Daudet-Mitchell juge primordial de tenir un processus de mise en candidature ouvert à tous. « C’est absolument important, pour le processus démocratique, d’avoir des élections dans toutes nos régions. »
Peuvent se porter candidats tous les citoyens canadiens d’au moins 18 ans ayant résidé au Manitoba pendant au moins les six mois précédant le scrutin et qui n’ont pas perdu leur droit de vote en vertu de la loi. Il ne faut donc pas nécessairement avoir un lien étroit avec la DSFM pour devenir commissaire scolaire. « C’est ça la démocratie, chaque citoyen a le droit de se présenter aux élections », justifie madame Daudet-Mitchell.
Les électeurs appelés aux urnes auront la responsabilité de choisir les personnes qui orienteront les décisions de la CSFM pour les quatre prochaines années. Pour être sur la liste électorale, en plus de rencontrer les conditions générales pour les électeurs au Manitoba, il faut être un ayant droit.
Afin d’être considéré ayant droit, il faut avoir le français comme langue maternelle, avoir reçu au moins quatre ans d’éducation primaire en français au Canada ou être le parent d’un enfant qui reçoit ou a reçu au moins quatre ans d’enseignement en français à l’école primaire au Canada.
Des écoles gérées par des francophones
Au-delà des règles électorales, ces élections revêtent une importance particulière dans l’histoire de la gouvernance scolaire francophone au Manitoba. Selon Raymond Hébert, professeur émérite à l’Université de Saint-Boniface, il est primordial d’avoir une gouvernance francophone dans les écoles, ce qui n’a pas toujours été le cas.
Cela s’inscrit dans le long combat pour maintenir l’éducation francophone vivante. Par le passé, ces établissements scolaires, sous le joug du gouvernement provincial, ont survécu malgré les mesures oppressives, dont la loi Thornton de 1916, notamment grâce à la désobéissance civile des dirigeants.
« Monseigneur Béliveau fait distribuer en août 1916 auprès des commissions scolaires des écoles auparavant bilingues, un pamphlet dans lequel il exige de ne tenir aucun compte des exigences tyranniques du gouvernement au sujet du français et de ne sacrifier aucune des matières françaises enseignées jusqu’ici. »
Malgré des avancées importantes dans la deuxième moitié du 20e siècle, le combat n’était pas gagné d’avance. « Dans les années 60, alors que la télévision arrivait dans les foyers, qu’on découvrait la radio anglophone et que le rock américain était populaire chez les jeunes, on a eu besoin de lois fortes pour préserver le français. » C’est à cette époque qu’est apparue la nécessité de créer une commission scolaire francophone. « On s’est rendu compte que ce n’était pas suffisant d’avoir des écoles françaises au sein des divisions scolaires anglophones, parce que le contrôle demeurait toujours entre les mains des anglophones », explique Raymond Hébert.
C’est cependant seulement en 1982 que la Charte canadienne des droits et libertés a donné une base constitutionnelle assez forte pour aller de l’avant avec ce projet. « L’article 23 de la Charte garantissait le droit à une éducation francophone. Il a fallu plusieurs arrêts de la Cour Suprême pour que l’aspect de la gestion scolaire y soit finalement reconnu. » C’est donc cela qui a permis, au Manitoba, d’avoir une division scolaire francophone, contrôlée entièrement par des francophones. C’est à ce moment-là que les commissaires, élus démocratiquement tous les quatre ans, entrent en jeu.
Le rôle des commissaires scolaires
Pendant leur mandat, les commissaires siègent bénévolement et exercent un rôle primordial au fonctionnement de la DSFM. En plus de la réunion de la commission scolaire qui a lieu une fois par mois, généralement le dernier mercredi du mois, au moins un commissaire doit être présent à chaque réunion d’établissement. « Donc les commissaires doivent s’attendre à être en réunion quatre à six fois par mois », résume Lucille Daudet-Mitchell.
Leur présence lors de ces rencontres est primordiale pour assurer la mise en place des orientations de la CSFM, selon Lucille Daudet-Mitchell. Bien que la DSFM bénéficie d’une administration dirigée par la direction générale, le rôle des commissaires se distingue de celui de leurs employés.
« La commission scolaire, qui est l’équivalent d’un conseil d’administration, a un employé, le directeur général. Le directeur général, lui, a plus de 800 employés. »
Ainsi, les commissaires exercent un rôle de gouvernance et de contrôle de l’administration. « La commission scolaire s’occupe du volet plus politique. Ils veillent aux grandes lignes, aux orientations, agissent comme interlocuteur auprès du gouvernement pour faire parvenir leurs revendications concernant les infrastructures et les budgets », explique Lucille Daudet-Mitchell.
Selon Raymond Hébert, il est primordial d’avoir des commissaires élus aux commandes de la DSFM. « Au départ, historiquement, c’était seulement les parents qui avaient un mot à dire. Maintenant, ça a été élargi pour inclure tous ceux qui ont un lien quelconque avec les écoles francophones. Et c’est très bien, puisque ça nous concerne tous. » Pour assurer un avenir à la francophonie au Manitoba, la gestion scolaire est un levier important d’après Raymond Hébert. « C’est la base, un fondement important. C’est pour ça que la gestion scolaire des minorités linguistiques partout au pays est garantie par la Constitution canadienne. »

