En plein cœur de l’été, nombreux sont ceux qui se tournent vers les lacs, les rivières et les piscines pour se rafraîchir. Mais c’est justement à cette période que le risque de noyade atteint son maximum, rappelle la Société de sauvetage (Lifesaving Society).

C’est pour prévenir ces drames estivaux que la Société de sauvetage organise chaque année la Semaine nationale de prévention de la noyade.

« Elle se tient pendant la troisième semaine de juillet, au plus fort de la saison estivale, période où le Canada enregistre malheureusement le nombre le plus élevé de noyades mortelles », explique Alexandra Carriere, responsable de la sécurité aquatique à la Société de sauvetage du Manitoba.

Se préparer pour prévenir les risques

La Société de sauvetage, organisme national sans but lucratif, se consacre à la prévention de la noyade au Canada. Elle élabore des programmes de formation en natation, sauvetage et sécurité aquatique, diffusés par ses branches provinciales et ses partenaires.

Relayée au Manitoba par la Société de sauvetage du Manitoba, la 33e édition de la Semaine nationale de prévention de la noyade avait cette année pour thème « Prepare to Prevent, be Water Smart », traduit par la branche québécoise par « Être bien préparé, c’est la base de la sécurité ».

« Se préparer, c’est connaître les risques, assurer une surveillance adéquate, porter un gilet de sauvetage lorsque nécessaire, vérifier la météo et l’état de l’eau, et savoir réagir en cas d’urgence », détaille Alexandra Carriere.

Si plusieurs événements se sont tenus tout au long de la semaine chez des partenaires de la Société de sauvetage au Manitoba, aucun n’a été offert spécifiquement en français, indique la responsable. Un constat qui s’explique selon elle par l’absence de demande : « Si un organisme hôte demande expressément des instructeurs francophones, nous faisons de notre mieux pour répondre à cette demande dans la mesure du possible. »

La Société de sauvetage du Manitoba compte dans son personnel des formateurs capables d’intervenir en français.  C’est le cas de Tyler Shingoose, formateur bilingue en sécurité aquatique, qui était présent comme bénévole à plusieurs événements cette semaine, notamment au match des Goldeyes.

« Pendant que l’équipe fait ses présentations en anglais, moi, je suis là pour traduire et enseigner en français aux personnes qui parlent français », précise-t-il.

Il travaille avec la Société pendant l’été, où il dispense plusieurs cours de natation, de premiers soins et de sécurité nautique.

Il confirme n’avoir reçu, pour le moment, aucune demande de formation entièrement en français, mais estime que cette possibilité n’est pas forcément bien connue. « C’est plus au cas par cas. Ce n’est pas la langue principale dans laquelle on travaille ici au Manitoba, mais s’il y a des demandes, on serait capables et heureux d’offrir des présentations en français. »

La question du français

Parmi l’offre de programmes et de ressources de la Société de sauvetage du Manitoba, Alexandra Carriere explique que plusieurs sont disponibles dans les deux langues, notamment les cours de Nager pour la vie (Swim for Life) et les programmes plus avancés comme Étoile de bronze (Bronze Star), Médaille de bronze (Bronze Medallion), Croix de bronze (Bronze Cross) et Sauveteur national (National Lifeguard). Plusieurs d’entre eux sont d’ailleurs dispensés en français par certains de ses partenaires, dont la Ville de Winnipeg.

Il est cependant impossible pour la Société de sauvetage du Manitoba d’estimer le nombre de participants francophones à Nager pour la vie ou même le nombre de cours offerts en français, puisqu’elle ne recueille pas de statistiques sur la langue d’enseignement de ce programme.

Pour les programmes avancés, des ressources doivent être commandées en français auprès de la Société, ce qui lui permet de suivre la participation francophone. « Au cours de la dernière année, nous n’avons reçu aucune commande de matériel de cours en français ni aucune soumission d’examen dans cette langue pour ces programmes. »

Au-delà des formations, l’accès à l’information en français demeure toutefois plus limité. Si le logo de la branche manitobaine est bilingue, ce qui témoigne, selon Alexandra Carriere, de « son lien avec l’organisation nationale et les deux langues officielles du Canada », il s’agit de l’un des rares éléments en français visibles sur son site Internet. De même, ses ressources destinées au public sont principalement offertes en anglais.

La responsable précise toutefois que les programmes et les ressources d’éducation du public à l’échelle nationale sont produits dans les deux langues officielles du Canada.

« Nous continuons de soutenir l’éducation à la sécurité aquatique en français là où la demande existe et veillons à ce que nos organismes affiliés disposent des ressources nécessaires pour offrir des programmes dans cette langue. »

À Boni-Vital, nager franco

À la piscine municipale Bonivital, plusieurs cours du programme Nager pour la vie de la Société de sauvetage sont dispensés en français : « Parent et Enfant 1/2, Sauvetage Nager pour la vie – Préscolaire 1, Sauvetage Nager pour la vie – Nageur 1 et Sauvetage Nager pour la vie – Nageur 5/6, entre autres », énumère Alexandra Carriere.

Eric Schmitt, superviseur de plusieurs piscines de la Ville, dont celle de Bonivital, nous en a dit un peu plus sur les cours qui y sont disponibles en français.

« Les niveaux pour les préscolaires et les jeunes jusqu’à 18 ans, c’est ce qu’on offre. C’est le personnel de la piscine Bonivital qui enseigne le programme de la Société de sauvetage. »

Pour les cours plus avancés de sauvetage, aucun cours n’est actuellement programmé uniquement en français. Ils peuvent toutefois être offerts sur demande, explique Eric Schmitt. « On essaie parfois de les offrir en français, mais on n’a pas toujours assez d’inscriptions pour remplir une classe. J’ai tout le matériel en français, mais pas encore une demande suffisante. À partir de 2027, on va commencer à les proposer en français. »

Eric Schmitt observe une forte demande pour les cours de natation en français à Bonivital. Les groupes sont généralement remplis et il existe même une liste d’attente, mais de nouveaux cours peuvent être ajoutés : « Si on a besoin d’autres cours et qu’on a suffisamment de personnes pour les enseigner, on utilisera la liste d’attente. »

Pour la prochaine session, qui se déroulera d’octobre à décembre, les programmes offerts seront présentés à partir du 13 août dans le Guide Loisirs, consultable dans les piscines ou en ligne, annonce le superviseur. Les inscriptions pour les résidents de Winnipeg ouvriront le 25 août à 8 h, en personne ou en ligne, mais Eric Schmitt recommande de créer son compte et de remplir son profil familial en amont, sur la plateforme loisirsenligne de la Ville, en appelant le 311 ou en se présentant à la piscine Bonivital.

« Il ne faut pas attendre le jour de l’inscription pour commencer ce processus-là, parce que le 25 approche et les places vont partir très vite. »

À ceux qui ne seraient pas en mesure d’assumer le coût de ces programmes, Eric Schmitt se veut rassurant : la Ville propose des aides sur dossier, dont les demandes peuvent être faites en ligne ou directement à la piscine, et certaines activités sont aussi gratuites.

« Nous accueillons beaucoup de personnes pour qui le Canada est un nouveau pays et qui ne sont pas habituées à l’eau. C’est important de les aider à naviguer ces programmes » souligne le superviseur.

Enfin, contrairement au site web de la Société de sauvetage du Manitoba, Eric Schmitt tient à rappeler que celui de la Ville de Winnipeg dispose d’une version française et que les ressources nécessaires pour accéder aux programmes aquatiques y sont offertes en français.

Des pistes d’amélioration

L’accès aux ressources de sécurité aquatique en français est donc bien là, même si des pistes d’amélioration demeurent.

La Société de sauvetage du Manitoba reconnaît l’importance de servir la communauté franco-manitobaine dans sa langue, mais dispose de ressources limitées pour y parvenir, en tant qu’organisme à but non lucratif, indique Alexandra Carriere.

« La Société est toujours à la recherche de bénévoles pour traduire ses contenus d’information et de sensibilisation destinés au public au Manitoba, les délais auprès de sa branche québécoise pouvant parfois être longs, ainsi que pour offrir des présentations en français aux communautés de nouveaux arrivants partout dans la province. »

Tyler Shingoose estime de son côté qu’une page Instagram en français permettrait de mieux faire connaître les programmes proposés et les besoins en bénévoles. Il voit également dans le développement de partenariats avec des organismes francophones une piste pour accroître la place du français au sein de la Société de sauvetage, dont les bureaux sont justement situés sur le boulevard Provencher, à Saint-Boniface.

« Personnellement, je pense qu’on pourrait former des partenariats avec des organismes comme l’Alliance française ou le CCFM afin de partager notre passion pour la sécurité aquatique avec la communauté francophone. »