Par Camille LANGLADE – Francopresse – IJL

Les personnes ainées francophones en situation minoritaire sont plus exposées aux fraudes et à la maltraitance financière, estime la Fédération des ainées et ainés francophones du Canada, qui appelle Ottawa à renforcer la prévention et les services en français.

« La maltraitance envers les personnes ainées ainsi que leur vulnérabilité financière sont des enjeux de plus en plus préoccupants », alerte la Fédération des ainées et ainés francophones du Canada (FAAFC) dans un mémoire présenté en avril 2026 au Comité permanent de la condition féminine de la Chambre des communes, dans le cadre de son étude sur la maltraitance et la vulnérabilité financière des ainées.

« Les conséquences sont considérables, tant sur le plan humain que social et économique. L’évolution rapide des fraudes, la transformation numérique et la complexité de certaines dynamiques familiales accentuent les risques auxquels sont exposées les personnes âgées », poursuit l’organisme.

En contexte linguistique minoritaire, les personnes ainées francophones sont d’autant plus vulnérables.

La présidente de l’Association francophone des ainées et ainés du Nouveau-Brunswick (AFANB), Norma Dubé, note en entrevue le fait que dans sa province, un pourcentage «quand même significatif» d’ainés francophones sont illettrés ou analphabètes.

En 2024, le Centre antifraude du Canada a relevé 108 878 incidents pour un total de 643,7 millions de dollars de pertes financières, rapporte la FAAFC dans son mémoire.

Néanmoins, cela ne serait que la pointe de l’iceberg, seulement 5 à 10 % des cas étant déclarés. Les personnes de 60 ans et plus représentent près du tiers des victimes et subissent souvent des pertes financières plus élevées.

Maltraitance familiale

Courriels frauduleux, réseaux wifi malveillants, voix de proches imitée par l’intelligence artificielle : à l’ère du numérique, les types de fraudes évoluent et s’affinent.

« Il y a des moyens maintenant qui peuvent imiter la voix d’une personne proche parce qu’on met trop de choses sur nos Facebook et nos médias sociaux », remarque Norma Dubé.

Selon elle, les procédés utilisés sont de plus en plus réalistes et créatifs. « On va probablement tous être un peu vulnérables dans le temps. »

La violence peut aussi venir de l’intérieur du cercle familial : « Souvent, la fraude, surtout la fraude financière et même la violence psychologique, est commise par des personnes qui sont très près de la personne âgée, que ce soit un enfant ou un conjoint », observe la responsable.

« La maltraitance familiale constitue une problématique majeure et souvent invisible », remarque la FAAFC dans son mémoire. Depuis 2018, les cas de violence familiale envers les personnes âgées ont augmenté de 49 %.

« En 2024, la police a recensé 7622 personnes ainées victimes de violence familiale, soit 98 victimes pour 100 000 personnes de 65 ans et plus. Les femmes représentaient 57 % des victimes », peut-on lire.

La dénonciation reste rare dans ce contexte familial, car, souvent, les victimes refusent de dénoncer leur proche, note l’organisme.

Services insuffisants et difficiles d’accès

L’accès aux services reste insuffisant, surtout pour les personnes ainées en contexte minoritaire, souligne encore la FAAFC. Les barrières linguistiques limitent l’accès aux ressources et aux recours disponibles.

« Cette réalité retarde la demande d’aide et compromet une protection adéquate […] Il devient urgent de renforcer l’accessibilité réelle des services dans les communautés de langues officielles en situation minoritaire», plaide l’organisme francophone.

Au Nouveau-Brunswick, la plupart des sessions données par la police locale ou des groupes communautaires demeurent en anglais, relève Norma Dubé.

« Les instances gouvernementales ont un rôle à jouer, mais nous aussi, comme monde associatif », estime la responsable. Selon elle, chaque petit geste peut aider. « Et si jamais on s’aperçoit que la personne est victime, il faut prendre des démarches tout de suite. »

Campagne de sensibilisation nationale

Dans son mémoire, la FAAFC insiste sur l’importance de la prévention auprès des populations vulnérables, notamment grâce à la mise sur pied de campagnes de sensibilisation ciblées nationales et à la diffusion de contenus disponibles en français, adaptés aux réalités des communautés linguistiques en situation minoritaire.

« Nos personnes âgées écoutent encore la télévision, les radios communautaires, la messe du dimanche. Il y aurait moyen de faire une petite campagne de sensibilisation qui pourrait juste éveiller la personne à un petit peu plus, sans leur faire peur; dire “oui, ça existe” », propose Norma Dubé.

La FAAFC demande aussi aux élus fédéraux de financer des initiatives communautaires visant à renforcer la littératie numérique des personnes ainées et de mettre en place des mécanismes de signalement sécuritaires.

Former les intervenants et intervenantes de première ligne à reconnaitre les situations de maltraitance et de fraude fait aussi partie des recommandations de l’organisme.