La Maison Gabrielle-Roy s’apprête à abattre trois ormes plantés devant le musée depuis 1905.

Une décision prise à contrecœur pour assurer la sécurité du bâtiment et du voisinage, mais qui illustre surtout les défis financiers auxquels sont confrontés les petits organismes patrimoniaux, contraints de jongler entre entretien, programmation culturelle et ressources limitées.

Avec beaucoup de peine, la Maison Gabrielle-Roy va de l’avant pour faire abattre les trois ormes qui trônent devant le musée depuis plus d’un siècle.

Du fait de leur grand âge et de la météo difficile de ces derniers mois, c’est un peu dos au mur que le conseil d’administration a pris la décision de couper ces arbres.

Une décision jugée « très importante » par la présidente du CA Louise Plamondon.

« Ça a pris plus d’un an pour parvenir à un consensus. Nous avons fait intervenir au moins trois arboristes différents pour nous faire une évaluation de ces arbres-là et on a compris qu’ils n’étaient pas en bonne santé. »

La situation actuelle représente donc trop de risques que l’on ne peut pas se permettre d’encourir. Plantés en 1905, deux des trois arbres sont malades et le dernier fragilisé.

Aujourd’hui, ils dépassent largement le toit de la maison de naissance de l’auteure franco-manitobaine et l’un d’entre eux surplombe la maison d’à côté.

S’ils venaient à chuter, comme cela a pu se produire dans différents quartiers de la ville au cours de l’été, les conséquences pour le musée seraient trop graves.

« Notre mission principale, rappelle Sébastien Gaillard, directeur du musée, c’est de protéger la maison de Gabrielle Roy, la propriété et les biens à proximité », et ce même si ça lui « tord le cœur ».

Deux des arbres étant atteints de la maladie hollandaise de l’orme ne peuvent être sauvés et le dernier aurait nécessité un traitement régulier pour être maintenu en état.

Or l’opération s’avère trop onéreuse pour la Maison Gabrielle-Roy.

« On parle de coûts entre 10 et 15 000 $ », explique Sébastien Gaillard, « et ça ne garantit pas que l’arbre soit guéri ».

De plus, les experts consultés sont formels, conserver ces arbres, c’est « mettre votre maison et celle de votre voisin en péril. »

Le voisin, ayant récemment refait sa toiture, a d’ailleurs fait part de ses inquiétudes à la Maison Gabrielle-Roy dans un courriel.

« S’il arrive quoi que ce soit, poursuit le directeur, l’assurance va nous demander si nous avons tout mis en œuvre pour élaguer, protéger et éviter l’accident. Et la réponse est non, nous n’en n’avons pas les moyens. »

Le prix moyen d’un élagage à Winnipeg pouvant s’élever jusqu’à 1 500 $, cela représente une somme conséquente.

De plus, selon le directeur du musée, les experts ont recommandé de ne pas le faire arguant que cela ne règlerait pas le problème.

Les trois ormes ont été plantés en 1905. (photo : Marta Guerrero)

Faire avec ce que l’on a

Louise Plamondon confie que de ne pas pouvoir compter sur la couverture de l’assurance a poussé le CA vers sa décision à contrecœur.

« On ne souhaite pas détruire les arbres, mais il s’agit de protéger le musée. C’est une maison de plus de cent ans, il faut tout faire pour la protéger ».

Il faut comprendre que ces arbres étant enracinés sur le terrain du musée, la responsabilité d’en prendre soin ne relève pas de la Ville de Winnipeg, par conséquent, tous les frais associés à leur entretien incombent à l’organisme.

L’abattage des arbres coûtera d’ailleurs 5 000 $ et la Winnipeg Foundation prend en charge une partie des frais.

La situation actuelle invite à se pencher sur la question du financement des petits organismes.

Dans ses états financiers pour l’année 2025 commencée avec un déficit accumulé de 19 674 $, la Maison Gabrielle-Roy recevait un montant total de subvention de 167 852 $ pour un revenu total de 209 694 $.

Les dépenses, elles, ont atteint les 239 515 $ portant le déficit accumulé des opérations à 30 128 $.

À noter que sur le montant de subvention perçu, 27 008 $ proviennent du fonds de dotation administré par Francofonds.

Les subventions provenant directement des gouvernements représentent 140 844 $.

La présidente du CA, rappelle que les octrois du Secrétariat aux affaires francophones sont passé de 50 000 $ à 25 000 $ en 2020.

« Depuis, tous les prix ont augmenté, regrette-t-elle. »

Sébastien Gaillard, lui, explique que cette somme s’accompagne d’un certain nombre d’attentes.

« Avec ce tout petit financement, on nous demande de faire fonctionner le musée, de créer une programmation culturelle et de s’occuper de la propriété. Nous sommes dans une situation ubuesque. »

La situation budgétaire du musée étant limitée, chaque dépense exceptionnelle oblige à faire des choix.

« C’est pour ça que ce sont des discussions qui sont prises au CA, explique Louise Plamondon. On doit respecter autant que possible ce que notre budget nous permet. Par exemple, avant la mise en place d’activités culturelles, toutes les demandes de subventions sont soumises et l’on sait que si notre évènement coûte 6 000 $ par exemple, on ne reçoit jamais la somme dans son intégralité. C’est pour ça qu’il faut constamment multiplier les demandes. »

Préserver n’est pas sans frais

Les arbres dont il est question ici ne représentent finalement qu’une dépense parmi d’autres.

Autant que faire se peut, l’on se tourne vers les bénévoles pour réaliser certaines tâches, l’entretien des espaces extérieurs par exemple.

Mais la liste est longue, « c’est sans fin », souffle le directeur.

« Il faut déboucher les gouttières au deuxième étage, je dois faire venir une entreprise pour nettoyer parce qu’elles sont bouchées. Quand elles sont pleines, l’eau coule et s’infiltre dans les murs. En mars 2025, on a subi des dommages dans la maison en raison des canalisations de glycol qui ont explosées, on a dû gérer des inondations et on a refait les murs à l’intérieur du musée. On exige beaucoup de la Maison Gabrielle-Roy sans lui accorder les ressources nécessaires. »

Pour illustrer cela, les frais dédiés à la réparation et au maintien passaient de 12 536 $ en 2024, à 23 178 $ en 2025 à l’instar des frais d’assurances qui passent de 10 415 $ en 2024, à 15 003 $ en 2025.

Et comme le souligne Louise Plamondon, lorsqu’une dépense exceptionnelle est acceptée, « ça veut peut-être dire que l’on ne pourra pas financer autre chose par la suite ».

Ce que l’on consacre à l’entretien, ne peut nécessairement pas être utilisé pour la programmation et inversement.

Pour en revenir à l’extérieur, si l’abattage des arbres est inévitable, l’on ne souhaite pas laisser le terrain vide.

L’on parle déjà de repenser le paysage autour de la maison avec des végétaux demandant moins d’entretien.

Initiative de journalisme local