Tel qu’annoncé le 6 août, Environnement et changement climatique Canada va introduire un nouveau système d’alerte pour les orages violents et les tornades.
Entre le déluge d’alertes lors d’une tempête et le silence radio perçu lors d’une autre, comment ce nouveau système permettra-t-il de rassurer les Manitobains lors d’évènements météorologiques potentiellement dangereux?
Un courriel d’Environnement et Changement climatique Canada (ECCC) reçu par CBC/Radio-Canada le 6 août indique des améliorations à leur système d’alerte pour les orages violents et les tornades.
Ce système, lancé le 11 août, permettra aux prévisionnistes météorologiques d’utiliser des polygons pour cibler les avertissements des tempêtes dans une région plus spécifique qu’avant.
Cela va garantir que seulement ceux dans le chemin immédiat des tempêtes seront avertis, au lieu d’une région entière qui n’est pas vraiment en danger.
John Hanesiak, professeur de sciences atmosphériques à l’Université du Manitoba, se dit ravi de ces changements, expliquant que plusieurs météorologues avec lesquels il s’est entretenu vont utiliser ce système, et n’en disent que du bien.
« Ils ont indiqué qu’ils seraient probablement en mesure d’émettre des alertes un peu plus rapidement et de les mettre à jour plus vite. C’est donc une bonne nouvelle », ajoute-t-il.
La rapidité de ces nouvelles alertes pourrait donc s’avérer utile dans les cas où les tornades seraient plus difficiles à suivre, comme celle qui a touché Winnipeg le 29 juin.
Une tempête furtive
Comme l’a confirmé le Northern Tornadoes Project (NTP), la tornade a touché terre dans le secteur de Whyte Ridge vers 21 h 51.
Elle a parcouru près de sept kilomètres, suivant une trajectoire d’environ 200 mètres de largeur qui s’est arrêtée à Fort Garry, près de Crescent Park.
John Hanesiak, qui collabore également avec le NTP en tant que partenaire universitaire, a achevé son évaluation de la tempête dans les jours qui ont suivi. Il a conclu que la tornade qui avait touché terre dans la ville méritait la classification EF-1 sur l’échelle de Fujita améliorée.
Cette classification est considérée comme se situant dans la partie la moins intense de l’échelle pour ce type de tempêtes.
Malgré cela, cette tornade a fait l’objet d’une grande attention de la part du public et de nombreuses analyses scientifiques.
Alors que les avertissements avaient maintenu les habitants en état d’alerte lors des tempêtes survenues quelques semaines auparavant, sans qu’aucune tornade ne soit observée, la tornade du 29 juin semble, elle, être passée inaperçue pendant toute sa durée.
John Hanesiak explique : « Lors de l’épisode précédent, les tempêtes étaient d’un type plus propice à la formation de tornades. En général, il est plus facile d’y observer une rotation que dans la tempête qui a traversé la ville. »
« La tempête qui a traversé Whyte Ridge était d’un type différent de celles qui génèrent des tornades de manière périodique. Ce n’est pas courant et, lorsqu’elles se produisent, elles ont généralement une petite envergure, ce qui peut les rendre assez difficiles à détecter sur un radar météorologique. »
Samantha Bayard, porte-parole responsable des relations avec les médias à ECCC, a confirmé dans une réponse écrite qu’un avertissement pour un orage « susceptible de produire des tornades » avait été lancé le soir du 29 juin, avant que la tornade ne touche terre.
« Les orages peuvent rapidement créer les conditions propices à la formation de tornades, et la gravité des conditions peut changer très vite. Cette évolution est l’un des phénomènes les plus difficiles à prévoir avec certitude pour les météorologues. Dans ce cas-ci, ils ont diffusé les avertissements qui reflétaient la situation en fonction de tous les renseignements qui étaient connus à ce moment précis. »
Une logistique obsolète
Si le nouveau système d’alerte de l’ECCC constitue une bonne nouvelle en matière de sécurité lors d’orages violents, John Hanesiak estime qu’il reste encore un autre défi à relever dans le domaine de la météorologie au Canada.
En 2016, le gouvernement du Canada avait investi 180,4 millions $ dans l’installation de 33 nouveaux radars à travers le pays, une initiative qui s’est achevée en 2024.
Ces appareils peuvent mieux distinguer les détails des orages situés derrière d’autres tempêtes plus proches du radar.
De plus, ils offrent une meilleure résolution photographique à l’intérieur des orages, tandis que la double polarisation offre de nombreuses applications.
Ces applications aident les météorologues à déterminer le type de précipitations entre le grésil, la pluie et la grêle, ce qui leur permettra de détecter plus tôt les débris projetés par les vents et à mesurer la vitesse de ces orages.
Ses critiques ne concernent pas ces nouveaux appareils, mais plutôt le logiciel que le gouvernement utilise actuellement pour traiter les informations et produire les images.
Il explique que la façon dont le logiciel fonctionne est « problématique et très bruyante », indiquant qu’elle facilite le camouflage de tornades comme celle de Whyte Ridge dans les orages qui les entourent.
ECCC a également dissous son équipe de recherche et développement sur les radars au début de l’année, ce qui a rendu ce logiciel obsolète et difficile à améliorer
John Hanesiak critique cette décision, la qualifiant de « contre-intuitive » après l’achat de 180,4 millions $ de nouveaux radars.
« Mes collègues et moi avons envoyé une lettre à l’ECCC et au gouvernement du Canada il y a quelques mois en critiquant cela, mais leur réponse n’était pas rassurante. Nous ne voulons pas que des cas comme celui qui vient de se produire à Winnipeg se reproduisent. Surtout si la tornade risque d’être plus violente qu’une EF-1. »
Concernant la question du logiciel démodé, Samantha Bayard explique que le ministère améliore toujours les systèmes de traitement des données radar, et que le logiciel qu’il utilise est également mis à jour régulièrement, afin de tirer parti des plus récentes avancées scientifiques et technologies.
Selon elle, plusieurs améliorations importantes ont déjà été mises en œuvre grâce aux mises à jour du logiciel de traitement de données.
Elle cite la fréquence des observations radar passant de 10 minutes à 6 minutes, ce qui permet une surveillance plus rapprochée des phénomènes météorologiques.
« Ces améliorations sont guidées par une gouvernance structurée, y compris les météorologues des différentes régions du pays. Cela permet de recueillir les besoins opérationnels, de prioriser les améliorations et de planifier les innovations relatives aux données radar et aux produits qui en découlent.
« De cette manière, l’évolution des systèmes radar repose sur un processus continu qui tient compte à la fois des avancées scientifiques et de l’expérience des utilisateurs sur le terrain. »
Au nom d’ECCC, Samantha Bayard conseille à tous les Canadiens de télécharger l’application MétéoCAN ou de visiter le site Canada.ca/meteo pour obtenir des alertes météorologiques fiables en temps opportun.
« Il est important de lire attentivement le texte de chacune des alertes et de suivre les précautions indiquées pour vous protéger lors de temps violent », exhorte-t-elle.
L’avenir météorologique au Canada
Même avec l’annonce du 6 août, John Hanesiak estime que si l’on ne s’attaque pas au problème des radars, l’avenir des prévisions météorologiques par radar au Canada s’annonce sombre.
Il en est d’autant plus convaincu du danger des orages violents au Manitoba, compte tenu de l’impact du changement climatique sur les conditions météorologiques du pays.
Il souligne que quatre éléments clés sont nécessaires à la formation d’un orage violent : l’humidité, l’instabilité, le cisaillement du vent et les courants ascendants.
L’humidité sert à dynamiser ces orages, ce qui le préoccupe particulièrement compte tenu des niveaux inhabituellement élevés d’humidité enregistrés au Manitoba cet été.
Il explique qu’en raison du changement climatique, le réchauffement de l’atmosphère crée des dômes de chaleur capables de retenir une quantité énorme de vapeur d’eau.
En conséquence, les orages disposent d’une énergie encore plus importante, ce qui peut entraîner des précipitations plus abondantes que d’habitude et potentiellement provoquer des crues soudaines, comme celles survenues à Dauphin en juin.
« Ainsi, avec cette augmentation de l’humidité, cette hausse des précipitations et ce risque accru d’orages, le risque de tornades est également accru », conclut-il en guise d’avertissement.
Que signifie une tornade de catégorie EF-1?
L’échelle de Fujita améliorée, aussi appelée échelle EF, est le système de classification le plus couramment utilisé en météorologie au Canada et aux États-Unis.
Dans ce système, les tornades sont classées de EF-0 à EF-5, une tornade EF-5 étant la plus puissante.
Bien que les météorologues ne puissent pas facilement, ou à moindre coût, mesurer la vitesse des vents de ces tempêtes, l’échelle sert plutôt à évaluer les dommages causés par les tornades.
John Hanesiak explique qu’une tornade de catégorie EF-1 est généralement assez puissante pour renverser des arbres de petite taille ou peu résistants, ainsi que pour soulever des objets non fixés dans les jardins ou arracher des pans de murs extérieurs des bâtiments sur son passage.
En ce qui concerne cette tempête en particulier, il indique avoir constaté, lors de son inspection, la présence d’une remorque renversée sur le passage de la tempête, ainsi qu’un garage qui s’était déplacé de ses fondations.
Malgré cela, il clarifie que la construction de ce bâtiment semblait avoir été assez fragile.
Cela peut sembler peu comparé aux tornades plus puissantes de l’échelle, mais il insiste sur le fait que, quelle que soit sa catégorie, toute tornade peut mettre des vies en danger.
« En règle générale, les tornades de catégorie EF-1 atteignent des vitesses de vent maximales comprises entre 160 et 175 kilomètres à l’heure, résume-t-il.
Ainsi, même une tornade EF-1 peut s’avérer très dangereuse : on a déjà observé des cas où des objets ont été projetés à travers les baies vitrées, brisant les vitres et les projetant à l’intérieur de la maison.
« Heureusement, personne n’a été blessé cette fois-ci – n’importe qui aurait pu être blessé ou même tué avec des objets qui volaient dans tous les sens comme ça. »