Par Elyette LEVY – collaboration spéciale
Dans les communautés linguistiques minoritaires, pourquoi met-on l’accent sur l’information locale? La Liberté explore cette question dans le cadre du sondage Toi, tu t’informes où?
Quand on parle d’accès à l’information dans les communautés francophones minoritaires, il ne suffit pas de simplement traduire les nouvelles disponibles de l’anglais au français.
Il y a une panoplie d’autres facteurs à considérer dans le développement d’un bon écosystème d’information : la culture, les angles, les communautés représentées, et plus encore.
« En contexte minoritaire, ce qu’on cherche, c’est de garder la vitalité et la santé du français dans les communautés », explique Sylvain St-Onge, chercheur à l’Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques (ICRML) et professeur associé au Département d’enseignement primaire et de psychopédagogie de l’Université de Moncton.
Cette vitalité est notamment nourrie par le sentiment d’attachement et d’appartenance qu’éprouvent les gens envers les contenus issus de leurs communautés : sur le plan identitaire, ils s’identifient beaucoup plus aux contenus locaux qu’aux contenus francophones provenant de métropoles comme Montréal, voire aux grandes productions américaines.
« Je prends l’exemple des radios communautaires, explique-t-il. Il y a tout l’aspect de publicité, des activités culturelles qu’il y a dans la région, la musique, les concours. C’est une façon de participer à la communauté. »
Les médias locaux permettent donc de refléter la culture locale au fur et à mesure de son évolution et proposent des contenus « dans lesquels les gens vont se percevoir ».
Les médias constituent aussi souvent un point de ralliement autour duquel les familles se réunissent pour transmettre leurs valeurs et leurs habitudes, car ils créent un environnement propice à la construction d’une identité francophone.
« Si tu es à la maison et que tu es habitué à ce que la télévision, la radio, les journaux et les magazines soient en français, il y a de fortes chances que tu conserves ces habitudes à l’âge adulte. »
Les médias francophones et les nouvelles générations
Au sein de l’ICRML, Sylvain St-Onge a notamment aussi fait des recherches sur la relation entre les jeunes et leur langue dans un contexte minoritaire.
« À l’extérieur de l’école, souvent, ils ont très peu d’occasions de vivre en français. Une des portes qui facilitent ça, c’est probablement les médias. »
« Ce qu’on observe, c’est que les jeunes vont avoir cette attraction sociale de l’anglais parce qu’ils vont être tournés à s’exprimer en anglais à travers les médias sociaux. »
Une tendance inquiétante considérant que les jeunes passent un temps considérablement plus important sur les réseaux sociaux par rapport aux autres formes de médias.
Comme les jeunes ont aussi plus d’occasions de s’immerger dans des contenus anglophones, il est d’autant plus important que les médias locaux s’efforcent d’atteindre les jeunes générations.
En tant que futurs consommateurs de l’actualité locale, leur engagement est primordial pour préserver la vitalité des communautés francophones.
« S’affirmer en tant que francophone, valoriser le fait français, revendiquer des droits pour les francophones secondaires, c’est peut-être pas une priorité pour eux. Ils ont d’autres intérêts, c’est normal, comme tous jeunes. »
« Mais à l’âge adulte, quand ils quittent le secondaire, souvent, ce sentiment de fierté, de l’importance de valoriser, d’affirmer le français revient aussi avec l’âge. »
Et ce sentiment peut être renforcé s’il est soutenu par d’autres parties de la communauté.
Un écosystème médiatique sain peut être le reflet d’une communauté florissante, mais l’identité communautaire reste une responsabilité partagée par tous, notamment en matière de visibilité.
« Quand on parle d’assurer la vitalité des communautés, ça revient à ce que les gens vont percevoir, explique Sylvain St-Onge. Le paysage linguistique, c’est pas juste les affiches. »
Les festivals, les cafés francophones qui servent leurs clients en français et diffusent de la musique francophone, ainsi que les pièces de théâtre en français sont quelques exemples de ce qui alimente la vitalité francophone d’une communauté.
« Si je suis capable de sortir en français, dans ma région, le français est vivant. »