Par Laëtitia KERMARREC
En 2026, une vaste étude suédoise ayant porté sur 2,7 millions de personnes a remis en question l’idée selon laquelle le trouble du spectre de l’autisme toucherait essentiellement des hommes (1).
Les chercheurs ont constaté que les femmes reçoivent généralement leur diagnostic à un âge plus avancé que les hommes et que l’écart observé entre les sexes refléterait davantage des biais diagnostiques qu’une prévalence réellement plus faible chez les femmes (2).
Cette remise en question est le fruit d’avancées importantes dans la compréhension de l’autisme.
L’augmentation des diagnostics observée au cours des dernières décennies (+175 % en 10 ans (3), particulièrement chez les femmes) résulte notamment de l’élargissement des critères diagnostiques, de l’amélioration des outils de dépistage et d’une meilleure compréhension des facteurs environnementaux et génétiques.
Longtemps considéré comme un trouble masculin et infantile, l’autisme a ainsi été sous-repéré chez les femmes (4), dont les manifestations correspondent souvent moins aux profils traditionnellement recherchés : intérêts spécifiques moins stéréotypés, meilleures habiletés sociales apparentes ou recours au camouflage social (« masking »).
Néanmoins, leur autisme demeure marqué par des particularités sensorielles (5) et communicatives souvent profondes.
Cette évolution du regard porté sur l’autisme dépasse aujourd’hui la seule question du diagnostic.
Les difficultés de communication entre personnes autistes et non autistes relèveraient davantage de divergences d’expériences que d’un déficit, selon la théorie de la « double empathie » (6).
Dans cette perspective, les incompréhensions sont réciproques plutôt qu’unidirectionnelles.
Les recherches reconnaissent également que le stimming, c’est-à-dire certains mouvements ou comportements répétitifs (balancements, battements de mains, tapotements des doigts ou manipulation d’objets), constitue souvent pour les personnes autistes une stratégie efficace de régulation émotionnelle face à une surcharge sensorielle (7).
Ces particularités perceptives offrent souvent aux personnes autistes une manière singulière d’appréhender le monde.
En portant parfois une attention particulière à certains aspects de leur environnement, elles peuvent développer une perception très fine de détails et de nuances qui échappent souvent aux autres.
Cette redéfinition de l’autisme enrichit notre compréhension de la neurodiversité et favorise la mise en place de soutiens mieux adaptés aux réalités vécues par les personnes autistes.
(1) Female gender and autism: underdiagnosis and misdiagnosis – clinical and scientific urgency, Roberta Minutoli et al. Front. Psychiatry, 05 January 2026 Sec. Autism.
(2) Focusing on autism symptoms masks sex-specific needs of autistic children: an example from the Sydney Child Neurodevelopment Research Registry. Hodge MA et al. 2025. Autism.
(3) Autism Diagnosis Among US Children and Adults, 2011-2022, Luke P. Grosvenor et al., Psychiatry, 2024.
(4) Finding the True Number of Females with Autistic Spectrum Disorder by Estimating the Biases in Initial Recognition and Clinical Diagnosis, Robert McCrossin, Children (Basel) 2022.
(5) A working taxonomy for describing the sensory differences of autism, Jason He et al., Molecular Autism 2023.
(6) On the ontological status of autism: the ‘double empathy problem’, Damian E.M. Milton, Disability & Society 2012.
(7) Current Knowledge of Emotion Regulation: The Autistic Experience, Rebecca S. Bradley et al., from the edited volume New Insights Into Emotional Intelligence 2022.
