Avec des informations de Chelsea HOWGATE
Les Éditions du blé avaient invité ses membres au cœur du Salon Empire du Centre du patrimoine au Centre culturel franco-manitobain pour son assemblée générale annuelle (AGA).
Une dizaine de personnes en présentiel ont eu le portrait d’une maison d’édition francophone à la fois enracinée dans l’histoire et tournée vers l’avenir.
Entre célébration d’un demi-siècle d’existence, soutien aux voix émergentes et recherche de nouvelles ressources, Marc-François Tremblay, président du conseil d’administration (CA) de l’organisme, met en lumière les ambitions, les réussites et les défis des Blés.
« On a pu échanger sur la transformation et l’évolution progressive nécessaires pour une maison d’édition. Et on a pu faire un retour en arrière sur les livres publiés en 2025, voir que ça s’est très bien déroulé.
« On a eu de très beaux livres qui ont été publiés et, en plus, des livres très diversifiés. Et c’est ça qu’il faut faire valoir. »
La discussion, tenue dans la foulée de l’assemblée générale annuelle, revient d’abord sur la place singulière qu’occupent les Éditions du Blé dans le paysage littéraire.
Des succès à célébrer
Fondée il y a plus d’un demi-siècle, l’institution a célébré en 2024 son 50e anniversaire, un jalon rappelant son statut de la plus vieille maison d’édition francophone dans l’Ouest canadien et au Nord. « Ça, c’est quelque chose », a rappelé Marc-François Tremblay.
Le président de CA dessine également le portrait d’un organisme soucieux de préserver son héritage tout en répondant aux réalités contemporaines du milieu du livre.
La maison d’édition est présentée comme une organisation en mouvement, engagée dans une « transformation et évolution progressive nécessaires pour une maison d’édition ».
L’accompagnement des auteurs émergents ressort également comme l’un des axes forts du récent travail des Éditions du Blé.
La Nouvelle Rouge, collection créée en 2019 pour les 45 ans de la maison dans le but de révéler les jeunes talents émergents du Manitoba, de l’Ouest et du Nord canadiens, y est décrite comme une initiative destinée à « encourager les jeunes auteurs » et à leur offrir un encadrement concret dans leur parcours vers la publication.
« Ils peuvent avoir du mentorat, et être accompagnés pour publier leurs premiers livres », souligne aussi Marc-François Tremblay.
Le collectif On fait des traces illustre également cette volonté d’ouvrir la porte à de nouvelles plumes, plusieurs textes ayant pu être publiés grâce à l’obtention d’une subvention en 2025.
Le lancement du collectif apparaît comme un moment particulièrement marquant. La présence des familles et des proches des auteurs a donné à l’évènement une portée symbolique forte, en soulignant la reconnaissance publique accordée à ces nouvelles voix.
Marc-François Tremblay résume cette portée par une formule évocatrice : « ta nouvelle est là, ce sont tes idées qui sont là, c’est ton imaginaire qui est là ».
Pour les Éditions du Blé, cette expérience constitue une piste prometteuse à poursuivre.
Enjeux financiers
Mais derrière cette vitalité culturelle se profilent aussi des défis financiers.
Pour l’exercice financier se terminant le 31 décembre 2025, la maison d’édition a enregistré un déficit net de 8 228 $ (en comptabilisant le changement de stock) ou de 5 646 $ (avant changement de stock).
Un résultat qui s’améliore par rapport au déficit de 40 302 $ subi en 2024, lié notamment aux célébrations du 50e anniversaire de la maison d’édition.
La nécessité de consolider les ressources disponibles, tant pour maintenir la direction que pour envisager l’embauche d’une seconde personne capable de soutenir une charge de travail importante a été aussi soulignée.
Projets, commandites et partenariats figurent parmi les pistes évoquées afin d’assurer la continuité de l’organisme, dont l’enjeu demeure, selon les termes employés, de « vivre et survivre, parce que c’est ça le défi au fil des années. »
La question de la diffusion occupe, elle aussi, une place centrale. Si les livres sont produits, vendus et distribués, le défi réside désormais dans l’élargissement du lectorat et l’augmentation des ventes.
L’appel lancé est clair : encourager les lecteurs à « acheter soit local ou d’acheter dans l’Ouest », afin de soutenir concrètement la littérature francophone issue de cette région.
Préparer l’avenir
Dans ce contexte, le plan stratégique prévu pour 2027 se présente comme une étape déterminante. Il doit permettre au conseil d’administration, mais aussi au public consulté, de participer à la réflexion sur l’avenir des Éditions du Blé et sur les moyens de poursuivre leur « travail vers l’excellence ».
Malgré les contraintes, le discours de Marc-François Tremblay demeure empreint de confiance : « je suis toujours optimiste », a-t-il lancé.
Au-delà des enjeux organisationnels, c’est enfin la mission culturelle des Éditions du Blé qui s’impose comme fil conducteur.
La maison d’édition souhaite rester ouverte aux suggestions, aux projets et aux collaborations, tout en continuant de défendre « la présence et l’importance du français » auprès des générations actuelles et futures.
Marc-François Tremblay rappelle ainsi la portée symbolique d’une littérature francophone en situation minoritaire :
Oui, nous sommes dans une situation minoritaire, on est conscient de ça. Mais ce n’est pas parce qu’on est minoritaire qu’on est moins important.
Et notre contribution et notre présence peuvent toujours permettre à quelqu’un, quelque part, de se dire : moi aussi, j’ai ma place, moi aussi j’ai le goût d’écrire, et moi aussi, grâce aux Éditions du Blé, j’ai eu ma chance. »
