Le parcours d’Annette Saint-Pierre demeure le symbole d’une vie entière consacrée au rayonnement littéraire, théâtral et patrimonial de la francophonie canadienne, particulièrement au Manitoba.

Née le 29 août 1925 au Québec, elle a grandi dans le village de Saint-Germain-de-Grantham, là où est établie sa famille. 

Diplômée de l’Université d’Ottawa, elle enseigne dès 1950 au Manitoba avant d’intégrer le Collège universitaire de Saint-Boniface (CUSB), où elle crée le tout premier cours de littérature franco-canadienne de l’Ouest.

Elle a d’ailleurs été la première enseignante de l’établissement qui avait un doctorat.

Actrice majeure de l’émancipation culturelle locale, elle a participé à la fondation des Éditions du Blé en 1974, puis a créé le Centre d’études franco-canadiennes de l’Ouest (CEFCO) en 1978 avec son collègue historien Robert Painchaud et les Éditions des Plaines en 1979 avec l’abbé Georges Damphousse.

Elle s’impose parallèlement comme autrice à travers des romans comme La fille bègue (1982), Sans bon sang (1987) ou À la dérive (2002).

Lise Gaboury-Diallo a été une collègue d’Annette Saint-Pierre au CUSB et a travaillé également CEFCO.

Elle se souvient d’une « femme qui a toujours été très élégante, très douce, mais qui était très audacieuse », indique-t-elle, tout en présentant ses condoléances à la famille et aux proches d’Annette Saint-Pierre.

« Elle nous laisse un legs inestimable », ajoute Lise Gaboury-Diallo.

« C’était une femme extrêmement positive, c’était une optimiste, une femme très fière de son propre héritage et elle voulait justement encourager la francophonie manitobaine d’être fière de son héritage », signale aussi Lise Gaboury-Diallo. 

Enseignement, littérature, patrimoine

Difficile d’évoquer la vie d’Annette Saint-Pierre sans parler de la célèbre écrivaine Gabrielle Roy (1909-1983).

Passionnée des œuvres de l’autrice, Annette Saint-Pierre a été inspirée de devenir la cheville ouvrière d’une équipe qui a réussi le tour de force de sauver la maison natale de l’écrivaine.

Vouée à une démolition imminente, la demeure, située 375, rue Deschambault à Saint-Boniface, a été rachetée puis restaurée pour en faire un musée, qui a été ouvert au grand public en 2003. 

Bernard Bocquel, ancien rédacteur en chef de La Liberté, a collaboré avec Annette Saint-Pierre à cette époque quand elle travaillait sur son autobiographie, J’ai fait ma chance, publiée aux Éditions des Plaines en 2010.

« Le lien avec Annette, je l’ai vraiment développé quand elle m’avait demandé d’être son premier lecteur pour le travail autobiographique qu’elle entreprenait. J’ai eu l’honneur d’être son premier lecteur. On a pu beaucoup échanger, on a consolidé notre respect mutuel à ce moment-là », dit-il.

Son investissement pour la Maison Gabrielle-Roy

Annette Saint-Pierre a pu rencontrer Gabrielle Roy dans sa vie. Des moments qui ont consolidé son envie de sauver ce patrimoine unique et de s’y investir, se remémore Bernard Bocquel.

« J’avais appelé Annette en lui disant Annette : si tu n’avais pas rencontré en personne, Gabrielle Roy, trois fois dans ta vie, est-ce que tu aurais fait tout l’effort pour sauver la maison, et en faire un musée? Et là, elle m’avait répondu : non, immédiatement.

« Parce qu’elle a eu la chance de rencontrer à trois reprises Gabrielle Roy, elle a été inspirée pour cet important travail. » (1)

Décorée de l’Ordre des Palmes académiques en 2002 par la France, Annette Saint-Pierre est reçue membre de l’Ordre du Canada en octobre 2004.

Avant ça, elle avait été nommée à l’Ordre des francophones d’Amérique du Nord en 1985, puis l’Université du Manitoba lui a conféré en juin 1992 un doctorat honoris causa.

(1) Pour en apprendre plus sur cette histoire et la vie d’Annette Saint-Pierre, un récit recueilli par Bernard Bocquel avait été publié en 2022. 

(2) À lire aussi : notre article à propos de l’un de ses derniers ouvrages intitulé D’amour et d’eau fraîche