En replongeant dans les archives de La Liberté, une constante apparaît : Gabriel était là. Là où la communauté avait besoin de compétences, de temps ou de quelqu’un prêt à prendre sa part de responsabilité, il répondait présent.
Premier francophone à devenir comptable agréé au Manitoba, en 1954, Gabriel allait quelques années plus tard fonder avec Lucien Guénette, à Saint-Boniface, la première firme comptable de l’Ouest canadien axée sur l’offre de services en français. Gabriel deviendra aussi le premier président francophone de l’Institut des comptables agréés du Manitoba et le premier francophone de la province à recevoir le titre de Fellow.
Le jour du décès de Gabriel, le 5 septembre, j’ai appelé Raymond Lafond pour parler de notre ami commun. Lui aussi comptable agréé et Fellow, et de cette même école de bâtisseurs pour qui la réussite s’accompagne du devoir de servir, Raymond m’a immédiatement parlé de l’influence de Gabriel. En accédant à la présidence de l’Institut, dans un milieu alors difficile à percer pour les francophones, Gabriel avait ouvert une porte. D’autres ont pu la franchir après lui, siéger à l’Institut et devenir Fellow. Raymond fut d’ailleurs le deuxième francophone du Manitoba à recevoir cette distinction, après Gabriel.
Gabriel plaisantait sur sa propre percée : peut-être l’Institut l’avait-il accepté parce que Forest s’écrivait avec un « s » et pouvait se prononcer à l’anglaise, plutôt que « Forêt ». Une boutade qui disait beaucoup de l’époque.
Gabriel n’a jamais refermé derrière lui les portes qu’il avait ouvertes.
C’est aussi ainsi que je l’ai connu à La Liberté. À l’approche de notre centenaire, je lui avais demandé, avec Simone Neveux, de m’aider à recueillir les fonds nécessaires pour que nos 100 ans soient célébrés à la hauteur de ce qu’ils représentaient. Tous deux y avaient cru immédiatement. Pour Gabriel, les Franco-Manitobains avaient toutes les raisons d’être fiers de leurs institutions et La Liberté devait célébrer son centenaire en grand.
Grâce notamment au formidable travail de collecte de fonds de Gabriel et Simone, nous avons pu organiser en 2013 un centenaire hors du commun et placer, le temps de cette célébration, La Liberté sur la carte nationale. Des rédacteurs et rédactrices en chef de journaux centenaires de partout au Canada avaient fait le déplacement jusqu’à Saint-Boniface. Gabriel avait contribué à rendre cette ambition possible.
Cette même année, il rejoignait le conseil d’administration de Presse-Ouest. Il y restera plus de dix ans, notamment comme trésorier et membre du comité des finances. Il sera là pour accompagner La Liberté dans une autre étape déterminante : son indépendance en 2018 et sa transformation en entreprise sociale indépendante.
Son engagement dépassait largement notre journal : Cercle Molière, Centre culturel franco-manitobain, Francofonds, Chambre de commerce… Avec Marcelle, son épouse, il fut aussi Voyageur officiel du Festival du Voyageur. Un engagement qui résonnait avec ses racines et cette identité métisse avec laquelle Gabriel avait renoué.
Gabriel disait avoir beaucoup reçu de sa communauté et vouloir lui redonner.
Il lui aura surtout appris qu’il fallait croire assez fort en elle pour voir grand.
Merci, Gabriel.
À ses enfants Suzanne, Monique, Michel et Jean, à ses petits-enfants et à toute la famille Forest, j’adresse, avec tout le conseil d’administration et toute l’équipe de La Liberté, mes plus sincères condoléances
