Fruit d’un partenariat entre la Ville et la Province, ce projet pilote d’un an vise à lever un obstacle financier et à favoriser leur autonomie.
Un premier pas bienvenu, qui soulève toutefois deux questions : quels jeunes pourront en profiter, et le réseau pourra-t-il suivre?
Comme dans d’autres municipalités du Manitoba, les jeunes de Winnipeg pourront désormais voyager gratuitement sur tout le réseau d’autobus.
Le projet pilote, qui doit se poursuivre jusqu’en août 2027, est financé par la Province, qui s’est engagée à verser 10 millions $ à la Ville pour la période de septembre 2026 à mars 2027, par l’intermédiaire du ministère des Relations avec les municipalités et le Nord.
« L’exercice financier provincial se termine en mars », a justifié le maire Scott Gillingham lors de l’annonce du 10 septembre.

Dans un rapport administratif daté du 29 juin, la Ville évaluait toutefois à 6,49 millions $ le financement supplémentaire potentiellement requis pour couvrir l’ensemble de l’année pilote.
Pour la suite, la Ville et la Province doivent suivre conjointement l’évolution du programme et évaluer les ressources nécessaires au cours de rencontres régulières, a-t-il indiqué.
« L’objectif ultime est de rendre la vie plus abordable pour les familles du Manitoba », indique dans un courriel un porte-parole provincial.
La Province estime l’économie à 1 062 $ par enfant par année, soit plus de 2 125 $ pour une famille de deux enfants.
En levant cette barrière financière, le gouvernement souhaite aussi familiariser les jeunes avec le transport en commun au quotidien, que ce soit pour l’école, les activités extrascolaires ou les déplacements du week-end.
À plus long terme, la mesure, dont la poursuite sera évaluée conjointement par la Ville et la Province à l’issue de cette année pilote, vise à les encourager à « devenir des usagers actifs de ce mode de transport tout au long de leur vie ».
« Cette autonomie va permettre aux jeunes de s’engager davantage, que ce soit un engagement communautaire, un engagement sportif, un engagement de vraiment n’importe quelle sorte. […] Ça donne plus d’outils aux jeunes pour s’épanouir, de manière générale », réagit Madeleina Daigneault, présidente du Conseil jeunesse provincial (CJP).

Préparer le réseau
60 000 laissez-passer devraient ainsi être distribués par les écoles de Winnipeg, selon un calendrier en trois phases : d’abord les élèves de 11e et de 12e année dès la rentrée, puis ceux de 9e et de 10e année à compter du 22 septembre, et enfin ceux de 7e et de 8e année vers la fin du mois.
« Même si la distribution peut varier d’une école à l’autre, tous les élèves des niveaux admissibles, de la 7e à la 12e année, devraient avoir accès à un laissez-passer d’ici la fin du mois », indique un porte-parole municipal dans une réponse écrite à La Liberté.
Les enfants de 11 ans en 6e année peuvent quant à eux obtenir un laissez-passer sur demande, précise la Province.
Un déploiement progressif qui doit permettre de suivre les effets du programme sur le réseau à mesure que la participation augmente. « Il permet également à la Winnipeg Transit de repérer les secteurs où une capacité supplémentaire pourrait être nécessaire et d’apporter des ajustements opérationnels dans la mesure du possible », explique la Ville.
Celle-ci indiquait s’attendre à un pic de fréquentation au lancement, comme à chaque reprise de septembre. Pour s’y préparer, la Winnipeg Transit indique avoir ajouté des trajets scolaires aux heures de pointe, augmenté le nombre d’autobus sur les lignes très fréquentées et affecté des chauffeurs supplémentaires au besoin.
« Lors du déploiement, 100 % de notre flotte sera également en circulation aux heures de pointe », précisait le porte-parole.
Pour évaluer l’impact global du programme sur le réseau, la Ville prévoit notammentde réaliser un suivi des utilisateurs du laissez-passer et des données de fréquentation. « Si nous devons ajouter des autobus dans certains secteurs, nous le ferons », a assuré le maire Scott Gillingham lors de l’annonce.
Une gratuité sous conditions
Si la mesure concerne bien les jeunes de 18 à 21 ans, seuls ceux toujours scolarisés au secondaire pourront toutefois bénéficier de cette gratuité, précise la Province. Pour justifier cette limite, elle invoque le programme U-Pass existant, qui « offre des laissez-passer à tarif réduit dont le paiement est intégré aux frais de scolarité » des étudiants postsecondaires à temps plein.
Une opportunité manquée, selon Madeleina Daigneault, qui aurait aimé voir tous les jeunes, peu importe leur parcours, inclus dans cette mesure. « De plus en plus, l’université est une option, mais pas la seule, pour les jeunes qui graduent du secondaire. » Elle pense notamment à ceux qui occupent un emploi et pour qui le coût du transport peut représenter un obstacle financier supplémentaire.
La présidente du CJP rappelle également que le U-Pass reste payé par les étudiants qui y ont accès : « Ce n’est pas vraiment un soutien à ces jeunes-là non plus. »
À Winnipeg, seuls les étudiants admissibles de l’Université de Winnipeg et de l’Université du Manitoba bénéficient de ce programme. Pour l’année universitaire2026-2027, il coûte 238,70 $ par session, soit 477,40 $ de septembre à avril.
Côté francophone, l’Université de Saint-Boniface ne fait pas partie desétablissements partenaires. À l’USB, les étudiants peuvent plutôt acheter un laissez-passer postsecondaire de la Winnipeg Transit au coût de 324,65 $ par session, soit649,30 $ pour les sessions d’automne et d’hiver : environ 36 % de plus que le U-Pass.
Madeleina Daigneault ne boude pas pour autant la mesure : « Je pense que c’est un premier bon pas dans une bonne direction, mais il reste quand même du travail à faire quand ça vient à l’abordabilité de la vie pour les jeunes. »
Initiative de journalisme local


