Alors que la ville de Winnipeg connaît des défis importants reliés à la consommation de stupéfiants, le Service d’incendie et de soins paramédicaux (WFPS) a reçu l’autorisation de Santé Canada d’administrer la buprénorphine aux patients présentant des symptômes de sevrage après avoir été réanimés à la suite d’une surdose d’opioïdes.
Depuis juillet dernier, le ministère de la Santé du Canada a accordé une permission aux services de premiers répondants de la Ville de Winnipeg d’administrer la buprénorphine aux individus souffrant des symptômes de sevrage.
« La buprénorphine est l’un des médicaments que nous utilisons pour traiter la dépens aux opioïdes », explique la Dre Erin Knight, présidente de la Société médicale canadienne sur l’addiction (SMCA) et directrice médicale des services aux toxicomanes du Centre des sciences de la santé (HSC).
Le rôle de son organisme consiste principalement à établir des liens entre les experts œuvrant dans le milieu, notamment les chercheurs et les praticiens, tout en sensibilisant le public et en militant pour un meilleur accès aux soins.
La nouvelle exemption fédérale vise à utiliser la buprénorphine dans les cas où une personne a subi une intoxication aux opioïdes ayant été neutralisé par la naloxone.
« Concrètement, lorsqu’une personne physiquement dépendante aux opioïdes subit une intoxication neutralisée par la naloxone, elle risque de traverser un sevrage », explique Dre Knight.
La naloxone est un médicament d’urgence souvent utilisé pour renverser les effets d’une surdose d’opioïdes, agissant en bloquant les récepteurs du cerveau.
« Les épisodes de sevrages ressemblent aux pires virus que l’on peut imaginer. Ça se caractérise par de la démangeaison dans les articulations, de la nausée, de la diarrhée, de l’anxiété », dénombre Erin Knight.
« L’objectif de permettre aux ambulanciers d’administrer la buprénorphine est donc de leur donner la possibilité de proposer ce médicament pour traiter les symptômes de sevrage si la personne en ressent les effets marqués après la neutralisation de l’intoxication. »
La buprénorphine est fréquemment utilisée lors des soins dans les établissements de santé, bien qu’il ne soit pas commun que les premiers répondants soient autorisés à l’administrer. Cependant, Dre Erin Knight y voit une bonne nouvelle.
« C’est une décision basée sur la science et sur des études faites dans les services d’urgence. »
L’exemption du gouvernement fédéral pour élargir l’utilisation du médicament était toutefois requise par la Loi réglementant certaines drogues et autres substances (LRCDAS) du Canada.
« Je suis assez contente que le WFPS ait obtenu une telle exemption, ça va nous permettre d’offrir un meilleur support aux personnes touchées par les intoxications aux opioïdes.
Combattre la crise de stupéfiants
L’un des problèmes avec les opioïdes souvent en circulation, c’est que ce sont des produits hautement toxiques et donc assez imprévisibles.
« Ça cause des difficultés lorsque vient le temps de prescrire d’autres médicaments. C’est un défi, mais il faut se rappeler que le marché d’opioïdes est constamment en évolution. »
Erin Knight voit cependant d’un bon œil l’expansion des cliniques d’accès rapides aux traitements des dépendances, ce qu’elle considère un pas dans la bonne direction.
Elle explique également que la SMCA met de l’avant quatre piliers qu’ils jugent fondamentaux pour faire face aux défis de santé publique liés aux problèmes de dépendances.
« La prévention, la réduction des risques, les traitements et la mise en œuvre de la loi. Toute intervention qui risque d’être utile du point de vue de la dépendance doit prendre en compte tous les aspects de ces piliers. »
Erin Knight et son équipe à HSC vont continuer de travailler avec le WFPS pour s’assurer de la mise en place adéquate d’une telle mesure.
De son côté, le ministère de la santé du Canada reconnaît que cette mesure vise à s’attaquer à la crise que traverse la province.
« Nous sommes conscients que le Canada demeure confronté à une grave crise de santé publique liée à la consommation de substances, et que ses répercussions ont été particulièrement ressenties au Manitoba », a déclaré Karine LeBlanc, responsable des relations avec les médias de Santé Canada.
Le gouvernement du Canada affirme donc soutenir les approches thérapeutiques éprouvées telles que les traitements par agonistes opioïdes comme la buprénorphine.
« Conscient que la prestation des services de santé relève de la compétence des provinces et des territoires, Santé Canada continue de collaborer avec des partenaires de toutes les administrations et de tous les secteurs afin de favoriser l’accès aux traitements et aux autres services de santé pour les personnes qui consomment des substances », affirme madame LeBlanc.
Karine LeBlanc rappelle aussi que, depuis 2017, le gouvernement fédéral a investi plus de 762 millions $ dans le Programme sur l’usage et les dépendances aux substances (PUDS), ce qui a financé 477 projets au Canada, dont 26 au Manitoba, pour plus de 22 millions $.
Ces fonds soutiennent notamment la réduction des méfaits, le traitement et la formation des professionnels de santé à la thérapie de substitution aux opioïdes.
À Winnipeg, le fédéral finance des initiatives comme Roots to Resilience et RaYSTART, qui accompagnent les personnes en situation de vulnérabilité après un traitement.
La porte-parole de Santé Canada souligne également que le gouvernement a consacré 3,7 millions $ au Manitoba dans son fonds d’urgence pour les traitements (FUS), afin de répondre aux besoins urgents liés aux dépendances.
