Par Camille HARPER et Hugo BEAUCAMP

Dre Elise Sovic, Française, n’a pas été en mesure d’exercer sa profession de médecin spécialisée au Manitoba malgré 20 ans d’expérience outre-Atlantique. Elle rentre donc en France avec sa famille.

Dre Elise Sovic, médecin anesthésiste-réanimatrice en oncologie originaire de Bordeaux en France, s’est présentée dans les bureaux de La Liberté après avoir lu l’article au sujet du cancer de Joëlle Touchette, car il relève de sa spécialité.

Voyant que la patiente allait se rendre aux États-Unis pour un traitement, la spécialiste française offrait de rentrer en contact avec elle pour parler des différents traitements et de la possibilité de venir se soigner en France.

Arrivée au Manitoba le 20 août 2025 avec son mari et ses enfants, Elise Sovic était pourtant sur le point de rentrer en France.

Elle reste aujourd’hui en contact avec Joëlle Touchette pour déterminer si un voyage en France serait dans l’intérêt de cette dernière.

« Nous sommes venus à Winnipeg avec un permis de travail parce que mon mari a de la famille ici depuis les années 1950, raconte Elise Sovic. Donc il était déjà venu à 12 ans, puis pour travailler à 17 ans et à 30 ans. Son grand-cousin a une entreprise, Fort Garry Fire Trucks, qui construit les trois-quarts des camions de pompiers de Winnipeg. »

Mais si son mari ingénieur avait un emploi assuré chez son grand-cousin, pour Elise Sovic, la situation s’est avérée plus compliquée.

« Je n’ai pas pu exercer mon métier de médecin pour plusieurs raisons : la première, c’est que je n’avais pas de résidence permanente. Mais surtout, le parcours pour faire reconnaître ses diplômes de médecine français est délirant!

« En dehors du Royaume Uni, pour qui c’est plus facile parce que c’est un pays du Commonwealth, le Manitoba ne reconnaît pas les diplômes européens. C’est le même parcours du combattant pour les médecins asiatiques ou africains. »

Elise Sovic détaille  l’information qu’elle a obtenue : « La démarche peut prendre plusieurs années et coûter plusieurs dizaines de milliers de dollars, puisqu’il faut d’abord faire valider ses diplômes sur la plateforme WES (World Education Services), puis repasser trois diplômes d’anglais, de connaissances théoriques et de connaissances pratiques. Tout ça, c’est un budget de 10 000 à 15 000 $.

« Ensuite, il y a encore au moins deux ans de stages à faire. Certes ils sont rémunérés, mais on a un statut et une paie d’interne (ndlr: de résident en médecine). »

À 47 ans, après avoir fait 11 ans d’études de médecine et pratiqué pendant 20 ans en France, la perspective de se retrouver à travailler 80 heures par semaine, dans un service et un hôpital qu’elle n’aurait pas choisi, n’enchantait pas la médecin bordelaise.

« Je n’en avais pas envie, mais plus important encore, je n’en ai plus les ressources physiques. 80 heures à 25 ans, on survit, mais à 47 ans,… »

Elise Sovic est loin d’être un cas isolé.

« Je connais le cas d’une médecin urgentiste française dont le mari était directeur de l’Alliance française du Manitoba. Pendant quatre ans, elle a essayé d’être médecin à Winnipeg et elle n’a jamais réussi. Chaque année, on lui disait que ce serait bon et finalement, il fallait qu’elle passe d’autres examens, encore et encore. Elle en a eu marre. Ils sont repartis. »

De tous les médecins d’origine étrangère qu’elle a rencontrés, la plupart de ceux qui exercent aujourd’hui avaient moins de 30 ans quand ils sont arrivés au Manitoba.

« À 25 ans, on a le temps et l’énergie de refaire ses études. »

Décision difficile

Pour autant, la décision de repartir en France n’a pas été facile à prendre pour la famille Sovic.

« On s’est vraiment posé la question de rester parce que les enfants aimaient bien la vie ici et mon mari, son métier. Mais pour moi, ce n’était plus possible. Je ne pouvais pas mettre au tapis 20 ans de carrière et tout recommencer. »

Au départ, la famille pensait rester environ cinq ans, avant de retourner auprès des grands-parents vieillissants.

« En cinq ans, j’aurais à peine eu le temps de devenir médecin ici. »

Elle a essayé de trouver un autre emploi, sans succès.

« J’étais toujours trop qualifiée, les gens ne comprenaient pas pourquoi je postulais. Mais moi, il faut bien que je mange, au bout d’un moment! »

L’hiver dernier, elle a tout de même pu obtenir un poste temporaire de professeure de français au Collegiate de l’Université de Winnipeg.

« Leur professeure était tombée malade et ils avaient besoin de quelqu’un rapidement pour la remplacer ».

Alors que le Manitoba, qui veut devenir une province véritablement bilingue, connaît une pénurie chronique de médecins en général et francophones en particulier, Elise Sovic regrette de ne pas avoir pu y exercer sa profession.

« Je crois vraiment que le Canada et le Manitoba devraient faciliter la reconnaissance de l’expertise de médecins qui viennent de l’Union européenne. La médecine européenne est performante, elle a fait ses preuves », termine-t-elle.