Les émissions du Canada ont augmenté en 2025, selon les estimations préliminaires publiées le 8 octobre par 440 mégatonnes, un projet de l’Institut climatique du Canada.
Le pays aurait émis environ 691 mégatonnes d’équivalent CO2, soit six mégatonnes de plus qu’en 2024. Il s’agit donc d’une hausse d’environ 1 %.
À cinq ans de l’échéance de 2030, le Canada vise une baisse de 40 à 45 % par rapport à 2005, mais celles-ci n’ont reculé que de 9,5 %.
Pour Ross Linden-Fraser, directeur par intérim de 440 mégatonnes, qui a co-signé l’analyse avec Seton Stiebert, le constat est sans appel : « Il n’est plus réaliste d’atteindre notre objectif de réduction des émissions pour 2030 », confie-t-il d’emblée.
« En fait, nous avons constaté que ce n’était plus possible l’année dernière, quand nous avons publié notre dernière estimation préliminaire des émissions nationales. Alors, non, on est trop loin de notre cible pour l’atteindre.
« Mais, il est toujours possible de corriger le tir pour nos cibles futures, et c’est pour cette raison que nous parlons de notre estimation de l’importance d’accélérer l’électrification », précise-t-il.

L’objectif de 2030 s’éloigne
La hausse de 2025 s’explique surtout par une consommation accrue de gaz naturel dans les bâtiments, où les émissions ont bondi de 6 %, et pour la production d’électricité, en hausse de 5 %, annulant les réductions de l’an précédent.
Le secteur pétrolier et gazier, toujours le plus émetteur, est resté stable, tout comme les transports.
Autre signe d’alerte : la part de l’électricité produite sans émissions est passée de 84 % en 2020 à 80 % en 2025, et l’intensité des émissions du produit intérieur brut ne s’est améliorée que de 0,6 %, loin des 4 à 6 % annuels requis.
Ross Linden-Fraser identifie trois blocages qui freinent actuellement le déploiement de nouvelles sources d’électricité propre au Canada.
« Le premier, c’est un manque de direction claire au niveau provincial. Ce sont les gouvernements provinciaux qui ont la responsabilité de planifier les systèmes électriques. Dans l’histoire, et même aujourd’hui, ce qu’on voit, c’est qu’ils ne planifient pas pour une hausse significative de la demande dans le futur. Et, si on veut électrifier l’économie, on va avoir un accroissement de demandes et on a besoin de construire plus de capacités de génération électrique. »
Il recommande de donner aux régulateurs un mandat explicite de planifier pour un avenir carboneutre.
Deuxième blocage : « Nous avons plus de capacités d’exporter notre électricité vers les États-Unis qu’entre les provinces du pays. La transmission coûte très cher, et il y a un rôle vraiment important pour le gouvernement fédéral, qui doit dire que la transmission est un objectif national. »
Le troisième obstacle est l’absence de signaux clairs : « La tarification du carbone industriel incite les industries à remplacer les combustibles fossiles par l’électricité. Si on a un système de tarification industrielle fort, ça va inciter aussi les producteurs d’électricité à utiliser des sources non émettrices. »
Le même jour que l’annonce des estimations de 440 mégatonnes, le premier ministre Mark Carney a présenté, à Sherbrooke au Québec, un investissement de 2 milliards $ pour rénover un million de logements, avec une réduction projetée de plus de 25 mégatonnes d’émissions.
Des progrès à faire en électrification sont préconisés
Un programme national de rabais pour les thermopompes afin d’aider jusqu’à 820 000 ménages à se doter d’une thermopompe électrique plus efficace, a aussi été lancé.
Ross Linden-Fraser accueille la nouvelle avec un optimisme mesuré : « Ça ne va pas tout régler, mais c’est un pas dans la bonne direction, bien sûr. Le secteur qui a eu la plus grande hausse des émissions en 2025, c’est celui des bâtiments, à cause d’une utilisation accrue du gaz naturel, surtout pour chauffer les logements. On sait qu’il est possible de chauffer les logements sans générer d’émissions, mais pour cela on a besoin des technologies électriques. »
L’expert plaide pour un doublement sur trois fronts : la production d’électricité, le taux d’électrification de l’économie et l’efficacité énergétique.
« On ne doit pas seulement doubler la production d’électricité, on doit aussi doubler le taux d’électrification, parce qu’on ne veut pas simplement utiliser plus d’électricité. On veut que cette électricité remplace les combustibles fossiles. Et, l’on veut nous assurer qu’on utilise cette électricité de manière efficace, parce que si on gaspille de l’électricité ou qu’on ne l’utilise pas efficacement, ça va hausser les coûts pour les consommateurs, pour l’industrie, pour tout le monde. »



