Il souhaite voir la ville prendre un nouveau virage, avec pour priorités la sécurité publique, le coût de la vie et le transport en commun.
Positionné en opposition à l’administration actuelle, le candidat brigue la mairie pour une deuxième fois.
Arrivé troisième au scrutin de 2022, il estime en avoir tiré les leçons nécessaires.
« Lors de l’élection de 2022, nous étions une toute petite équipe, et c’était la première fois que je menais vraiment une campagne de cette nature. »
Depuis, Kevin Klein dit avoir appris à déléguer davantage à son équipe, aux experts et aux bénévoles pour se concentrer sur son rôle et donner un cap plus clair à sa campagne.
Entre politique et médias
Conseiller municipal de Charleswood-Tuxedo-Westwood de 2018 à 2022, puis député progressiste-conservateur de Kirkfield Park de 2022 à 2023, il a aussi été ministre de l’Environnement et du Climat du Manitoba de janvier à octobre 2023 sous le gouvernement progressiste-conservateur de Heather Stefanson.
S’il a décidé de repartir dans la course à la mairie, c’est parce qu’il y voit davantage de possibilités d’avoir un « réel impact sur la ville où on vit ».
« Être au Palais législatif, c’est évidemment une très belle occasion et on y apprend beaucoup […]. Mais là où on peut vraiment faire avancer les choses, c’est au niveau municipal. »
Kevin Klein est président-directeur général de l’entreprise médiatique The Klein Group, propriétaire notamment du Winnipeg Sun depuis 2024, dont il a été directeur de publication de 2007 à 2013.
« Actuellement, je n’interviens pas dans la couverture journalistique. Je sais que beaucoup de gens pensent encore que c’est le cas. Ces deux dernières semaines, ils ont d’ailleurs publié des choses avec lesquelles j’étais totalement en désaccord. Mais je ne suis pas autorisé à intervenir ni à en parler. J’ai pris cette décision de ma propre initiative. »
Au moment d’écrire ces lignes, son épouse, Heather Klein, était toujours rédactrice en chef du Winnipeg Sun.
En cas de victoire aux municipales, il affirme qu’il mettrait fin à toute implication dans le groupe : « Je détiens très peu d’actions, donc je les vendrais et je ne serais plus impliqué dans l’entreprise. »
Changer de cap
La sécurité publique est son principal cheval de bataille.
« Winnipeg a le plus grand nombre de crimes violents au Canada. »
S’il reconnaît une baisse des crimes violents ces dernières années, Kevin Klein l’attribue à un moindre signalement de la part des victimes et au passage de la méthamphétamine au fentanyl.
« Moins de crimes violents, mais beaucoup de problèmes de santé. »
Selon lui, itinérance et criminalité sont indissociables. Mais la solution n’est pas une militarisation de la ville : il prône une approche équilibrée, avec une collaboration renforcée entre police et organismes communautaires.
« Il faut trouver une solution pour aider les personnes sans abri, ainsi qu’une approche pour lutter contre la criminalité, les crimes violents et les trafiquants de drogue. Nous devons adopter une position ferme à cet égard. »
Le coût de la vie vient ensuite. Il dénonce notamment une promesse non tenue sur les taxes foncières : le budget 2025 prévoyait une hausse de 5,95 %, malgré la promesse électorale de Scott Gillingham de limiter leur augmentation à 3,5 % par an.
« Je pense que nous devons en faire davantage pour rendre la vie plus abordable et commencer à envisager une approche différente. »
Il évoque la hausse « conséquente » des tarifs de l’eau et des frais de gestion des déchets, dans un contexte de droits de douane et de hausse des prix de l’énergie.
Kevin Klein juge les logements dits abordables encore trop chers : il souhaiterait trouver un moyen de favoriser la construction de logements à loyer réellement proportionné au revenu, de récompenser leurs constructeurs et d’accélérer le processus.
Concernant le transport en commun, il veut réexaminer la suppression d’arrêts aux endroits clés, en particulier près des hôpitaux et des résidences pour aînés.
Il rappelle qu’il était « le seul conseiller à avoir voté contre le Plan directeur du transport en commun » de Winnipeg.
Il critique enfin un déséquilibre dans l’attention accordée par le conseil municipal au nord et au sud de la ville ces quatre dernières années : « On démolit la piscine Happyland, que tant de gens fréquentaient. La communauté s’était mobilisée pour la soutenir et comptait y investir de l’argent. On l’a ignorée. Puis on annonce des centaines de millions de dollars pour construire un immense complexe récréatif dans le sud de Winnipeg. Ce n’est pas équitable, non? »
Selon Kevin Klein, seuls les membres du comité exécutif siègent au groupe de travail sur le budget, ce qui favorise injustement les quartiers qu’ils représentent.
« On le voit en regardant le budget […]. Je pense que ce n’est pas démocratique et que c’est une gifle pour les résidents de toute la ville. »
S’il est élu, sa première mesure serait d’y faire siéger tous les conseillers sur un pied d’égalité.
La place du français
« Nous avons deux langues officielles dans cette province et nous nous devons de représenter la population de manière égalitaire. »
Kevin Klein souhaite créer un tableau de bord en ligne pour suivre le déploiement des services en français et de repérer les lacunes.
Il évoque notamment les difficultés de certains usagers à joindre un opérateur francophone au 311.
« C’est facile de dire que nous respectons la Charte, mais si rien ne le documente, si rien ne permet aux gens de voir comment nous rendons des comptes, ce ne sont que des paroles. Cette transparence obligerait la Ville à faire ce qu’elle doit faire, plutôt que de s’y soustraire, comme je pense que nous l’avons fait jusqu’ici. On parle de recruter plus de personnel francophone […], mais qu’est-ce qui est fait en ce sens? »
Il estime que la Ville pourrait envisager de mieux rémunérer le personnel bilingue pour reconnaître cette compétence supplémentaire, comme le font déjà, selon lui, de nombreuses entreprises dans le secteur privé.
Pour le candidat, le bilinguisme de la province et sa forte communauté francophone sont des atouts sous-exploités par Winnipeg.
« Je pense que c’est très important pour nous de préserver cette culture. »
Il regrette le manque de fierté à l’égard de ce bilinguisme, qui profiterait au tourisme comme au développement économique.
« Une occasion manquée », selon lui.
« J’aimerais vraiment que nous fassions un effort pour promouvoir davantage nos compétences en français et nous en servir pour attirer des entreprises […]. Trop d’entreprises pensent qu’elles doivent forcément aller au Québec, alors que ce n’est pas le cas. Elles peuvent venir chez nous. »
Quatre ans plus tard, Kevin Klein estime que les problèmes qu’il soulevait en 2022 demeurent et que les citoyens souhaitent les voir résolus. Il veut changer le cap de Winnipeg, où il dit avoir pris racine.
« C’est à Winnipeg que j’ai vécu le plus longtemps, alors c’est vraiment mon chez-moi. J’aime sincèrement cette ville, et je crois fermement que nous allons dans la mauvaise direction. »




