Réclamé par les éleveurs depuis plusieurs années, il doit aussi venir appuyer une refonte du système de vérification de la propriété des bêtes lors des ventes.

La province aura son « policier du bétail ».

Le Manitoba était jusqu’alors la seule province de l’Ouest sans enquêteur spécialisé dans ce domaine.

Annoncée le 8 octobre dernier, la création de ce poste à la Gendarmerie royale du Canada (GRC), financé par le gouvernement provincial, répond à une demande de Manitoba Beef Producers (MBP).

L’organisme, qui représente environ 6 000 éleveurs de bovins de boucherie de la province, se réjouit de voir le gouvernement avancer sur ce dossier.

Selon les statistiques de la GRC reprises dans le communiqué provincial, 57 cas de vol et de fraude liés aux bovins ont été signalés au Manitoba entre 2021 et 2025.

« Cela varie d’une année à l’autre, mais au cours des cinq dernières années, nous avons observé, certaines années, une hausse des cas de vol et de fraude », explique Carson Callum, directeur général de MBP.

Un phénomène qu’il associe notamment à la valeur actuelle des bovins, même s’il estime difficile d’en déterminer précisément les causes.

À titre d’exemple, un jeune bovin mâle de 750 livres destiné à l’engraissement représente près de 4 000 $, contre environ 1 400 $ à la même période en 2021, selon les prix publiés par Agriculture Manitoba (1).

« La valeur exacte varie considérablement selon le poids, la catégorie et la qualité de l’animal », nuance David Hultin, responsable des communications de MBP, dans un courriel.

Une expertise agricole

« Cette personne sera basée dans la région ouest du Manitoba et intégrée à l’une de nos sections des enquêtes générales. Elle aura comme tâche de se concentrer sur les vols liés au bétail, la fraude et d’autres crimes connexes », indique un porte-parole de la GRC dans un courriel à La Liberté.

Le corps de police souligne l’importance de l’élevage pour les producteurs et la vitalité des communautés rurales du Manitoba.

Cet enquêteur devrait aussi, à terme, jouer un rôle pédagogique auprès des autres policiers de la GRC, en partageant ses connaissances de l’industrie agricole pour faciliter leurs enquêtes.

« Avoir quelqu’un qui connaît le secteur agricole sera très important dans ces dossiers », souligne Carson Callum.

Alors qu’il estime les ressources de la GRC déjà très sollicitées, il espère que cette expertise aidera les détache- ments à comprendre ce qui s’est passé lorsqu’un animal manque à l’appel : « S’agit-il d’un animal volé, égaré, d’une erreur ou simplement d’un animal qui s’est retrouvé dans le pâturage voisin sans que ce soit la faute de son propriétaire? »

Ni le nom du futur enquêteur ni sa date d’entrée en fonction n’avaient été précisés au moment d’écrire ces lignes.

Faisant écho aux attentes de MBP, le cabinet du ministre de l’Agriculture estime que cet enquêteur spécialisé pourrait mieux dissuader les vols de bétail et permettre de retrouver et de traduire plus rapidement en justice les auteurs de vols ou de fraudes commises lors des ventes aux enchères.

Sécuriser les ventes

La création de ce poste s’inscrit dans un projet plus large d’inspection du bétail au Manitoba, demandé par plusieurs acteurs de la filière.

« Cela nous permet de savoir quels animaux sont vendus et de vérifier que le vendeur en est bien le propriétaire, que ce soit aux enchères ou à la ferme », explique Carson Callum.

Cette démarche a pris forme lors d’une assemblée générale de MBP, il y a quelques années, dans la foulée d’une importante affaire de fraude liée à la vente de bétail au Manitoba.

« Beaucoup de gens s’étaient fait flouer », raconte Carson Callum.

Si la Province indique que des inspections sont déjà en place lors de ventes de bétail, Carson Callum les juge insuffisantes : selon lui, elles concernent surtout les bêtes expédiées vers les provinces de l’Ouest qui les exigent.

Il souhaite donc voir ces contrôles étendus à l’ensemble du Manitoba.

« C’est pour ça que ce poste à la GRC est si important : quand on met en place des inspections, il faut aussi pouvoir faire respecter la loi. »

Rassurer les prêteurs

L’enjeu est également financier. Selon Carson Callum, une meilleure vérification de la propriété des animaux doit rassurer les acheteurs et les prêteurs.

C’est d’ailleurs cet aspect qui a convaincu la Province de créer ce poste de « policier du bétail ».

« Ils ont expliqué à notre gouvernement [qu’il] contribuerait à stabiliser l’industrie et à donner aux banques et aux autres organismes de prêt et d’investissement la confiance nécessaire pour la soutenir », indique un porte-parole du ministre de l’Agriculture dans un courriel.

Carson Callum compare l’achat de bovins à celui d’un tracteur : les numéros de série de la machine peuvent aider à en prouver la propriété en cas de vol et à rassurer la banque.

Une preuve qu’il estime plus difficile à apporter pour le bétail.

« Voilà pourquoi nous avons besoin de ce service d’inspection : pour rassurer les prêteurs sur le fait que les producteurs pourront vendre les animaux qui leur appartiennent, leur gagne-pain, sans qu’on les leur vole pour les revendre ailleurs. »

Pour donner suite à cette demande, la Province prépare donc, avec les organisations du secteur, un nouveau système d’inspection du bétail « plus efficace et plus complet », indique un porte-parole du ministre de l’Agriculture.

Le gouvernement promet de le dévoiler « très bientôt ».

(1) Agriculture Manitoba, rapports sur les prix du bétail des 15 octobre 2021 et 16 octobre 2026, p. 2. Calculs pour un bouvillon de 750 livres, à partir des prix moyens de la catégorie de 701 à 800 livres.