La Liberté fait le point sur le bilan du Plan actuel et les priorités pour la suite avec la Société de la francophonie manitobaine (SFM) et Patrimoine canadien.

« On a vu des améliorations, il y a encore beaucoup de travail à faire », résume d’emblée Jean-Michel Beaudry, directeur général de la Société de la francophonie manitobaine (SFM), à propos du Plan d’action pour les langues officielles 2023-2028 : Protection-promotion-collaboration.

Lancées le 22 juin dernier, les nouvelles consultations pancanadiennes sur les langues officielles doivent maintenant servir à préparer le prochain Plan d’action.

« Le gouvernement est en mode écoute et cherche à avoir le pouls de la société canadienne sur ses priorités en langues officielles, afin de continuer à soutenir nos langues », indique un porte-parole de Patrimoine canadien dans un courriel à La Liberté.

Le ministère précise notamment vouloir tenir compte des changements survenus depuis le dévoilement du Plan actuel, parmi lesquels la modernisation de la Loi sur les langues officielles et le dépôt de nouveaux règlements en matière de langues officielles.

Une consultation en plusieurs étapes

Lors des consultations de 2022, une quinzaine d’organisations, dont la SFM, avaient été consultées, tandis que les Manitobains représentaient 2,3 % des répondants au questionnaire en ligne.

Proportionnellement à son poids démographique, le Manitoba affichait ainsi la participation la plus forte dans l’Ouest canadien.

Cette année, les Canadiens ont jusqu’à novembre pour répondre au questionnaire individuel en ligne.

Patrimoine canadien les invite également à soumettre un mémoire à : [email protected].

Alors que la tournée pancanadienne de consultations en personne a déjà débuté, une séance est désormais prévue à Winnipeg le 24 novembre, selon le calendrier publié par Patrimoine canadien.

Les groupes communautaires seront aussi sollicités, en parallèle de consultations formelles de Patrimoine canadien auprès du gouvernement du Manitoba.

« Avant de lancer ces consultations officiellement, surtout à travers le réseau de la Fédération des communautés francophones et acadienne, la SFM a été consultée à la fois pour évaluer le progrès du Plan d’action actuel, mais aussi pour aligner les consultations pour le prochain Plan d’action », précise Jean-Michel Beaudry.

Le directeur général de la SFM invite d’ailleurs tous les Manitobains intéressés à participer directement aux consultations, en remplissant le questionnaire ou en transmettant leurs commentaires à Patrimoine canadien.

Avec ses partenaires, la SFM compte également préciser d’éventuelles demandes complémentaires.

Un bilan fédéral positif

Bien qu’il soit encore trop tôt pour dire de quoi sera fait le prochain Plan d’action, Patrimoine canadien dresse un bilan positif de celui toujours en vigueur.

« La prochaine stratégie s’appuiera sur ce Plan d’action et sur les investissements de plus de 4,1 milliards $ investis dans le cadre de celui-ci, soit le plus important financement jamais accordé par un gouvernement en matière de langues officielles. Cette enveloppe comprend notamment plus de 1,4 milliard $ pour renforcer l’éducation dans les deux langues officielles partout au Canada, dont 72 millions $ pour le Manitoba afin d’appuyer la Province dans la mise en œuvre d’activités favorisant l’enseignement du français en contexte minoritaire et l’apprentissage de la seconde langue officielle. »

En ce qui concerne le Manitoba, le ministère de Marc Miller note ainsi plusieurs « grandes améliorations » et financements réalisés, notamment en matière d’apprentissage des langues officielles, d’immigration francophone, de services en français et d’accès aux services de santé pour les francophones en situation minoritaire de la province.

Des avancées à consolider

De son côté, Jean-Michel Beaudry dresse un bilan plus nuancé du Plan d’action en cours.

S’il relève des améliorations « notables » depuis 2023, notamment en immigration francophone en contexte minoritaire, avec selon lui « des cibles atteintes d’année en année », il s’inquiète toutefois de la baisse générale des niveaux d’immigration.

Il espère que le prochain Plan continuera à soutenir « non seulement le recrutement d’immigrants francophones, mais aussi leur accueil et leur intégration dans les communautés francophones en situation minoritaire ».

En petite enfance, il considère qu’il reste « encore beaucoup de travail à faire », tant pour créer de nouvelles places que pour disposer du personnel qualifié nécessaire.

« Présentement, au Manitoba, il y a environ 2 400 places dans des centres d’apprentissage francophones. Selon le recensement de 2021, on aurait besoin au moins du double. »

Du côté de l’éducation, il observe une stagnation de la proportion d’élèves en immersion, voire « un léger recul ».

À la DSFM, il évoque « seulement 7 000 élèves » enfants d’ayants droit, contre « plus de 20 000 » qui seraient admissibles, selon le recensement de 2021.

Sur le pilier consacré à la vitalité des communautés, Jean-Michel Beaudry souligne aussi l’augmentation de 25 % du financement des organismes communautaires, mais relativise cette hausse, qu’il présente comme un rattrapage : « Pendant 10 ans, la plupart de ces organismes-là avaient connu un gel dans leur financement. »

Pour le directeur général de la SFM, la pénurie de personnel francophone qualifié, notamment en éducation, en petite enfance, en santé et en justice, constitue un enjeu clé.

« Au Manitoba, dans le système de santé, il y a environ 40 % des postes désignés bilingues qui sont occupés par du personnel unilingue anglophone », illustre-t-il.

Il estime que de nouveaux investissements ou de nouvelles stratégies seront nécessaires pour y répondre et progresser vers l’« égalité réelle » entre les deux langues officielles.

« Comme francophones dans des provinces en situation minoritaire, on est citoyen de deuxième classe en ce qui concerne l’accès aux services de soins de santé et aux services sociaux. »

Être consulté, mais aussi entendu

À la SFM, l’enjeu ne se limite cependant pas à la consultation des communautés : il faut aussi mieux tenir compte de leur avis dans les décisions fédérales. L’organisme souhaite notamment une application plus rigoureuse des obligations issues de la Loi sur les langues officielles modernisée en 2023.

« On milite depuis une cinquantaine d’années pour une approche par et pour la francophonie minoritaire. Dans cette optique-là, on veut plus de transparence dans les décisions qui sont prises. »

Selon lui, la façon dont les communautés francophones en situation minoritaire sont consultées demeure toutefois très variable selon les ministères et les agences fédérales. Il souligne que la loi demande pourtant à chaque ministère d’évaluer l’impact de ses politiques et programmes sur celles-ci.

« Patrimoine canadien, qui a vraiment conçu le cadre de consultation des communautés minoritaires, s’est amélioré de façon importante au cours des 10 dernières années. Mais on peut voir que, d’un ministère à l’autre, cette question de consultation n’est pas encore pleinement intégrée. »

La SFM, qui souhaite également davantage de co-création avec les communautés francophones en situation minoritaire, espère travailler avec les ministères pour améliorer ces pratiques dans le cadre du prochain Plan d’action.

Si Jean-Michel Beaudry reconnaît des avancées avec le Plan d’action actuel, il estime ainsi qu’il reste encore « beaucoup de travail à accomplir » entre les communautés, les provinces et le gouvernement fédéral pour atteindre une égalité réelle entre les deux langues officielles, notamment pour faire du Manitoba une province véritablement bilingue.

« Je pense que le prochain Plan d’action va aussi devoir identifier quel est le rôle du gouvernement fédéral pour appuyer le Manitoba à devenir une province qui reflète réellement les aspirations du gouvernement provisoire de Louis Riel. »