Adopté par les municipalités rurales bilingues du Manitoba en 2024, le modèle de maturité municipal (3M) devait permettre d’encadrer et d’améliorer le bilinguisme des services municipaux.
Deux ans plus tard, La Liberté fait le point sur les avancées réalisées.
« On peut dire qu’en seulement deux ans, le modèle de maturité municipal communément connu sous le 3M est passé de la vision à l’action dans presque l’ensemble de nos municipalités bilingues », estime Justin Johnson, chef de la direction de l’Association des municipalités bilingues du Manitoba (AMBM).
Il rappelle que le 3M donne aux municipalités rurales bilingues les outils pour renforcer leurs services en français et en anglais.
Son succès repose, selon lui, sur une approche simple : « planifier, agir et ensuite mesurer les progrès en continu ».
Adopté par les 15 municipalités rurales bilingues de l’AMBM avec l’aval du gouvernement provincial en 2024, ce nouveau cadre réglementaire ne concerne pas la Ville de Winnipeg, qui dispose de son propre cadre pour les services bilingues.
Un déploiement progressif
La mise en œuvre du 3M continue de s’effectuer par cohortes de municipalités, qui évaluent à tour de rôle leurs capacités en vue d’établir un plan d’action.
Celui-ci est ensuite renouvelé et mis à jour chaque année avec l’accompagnement de l’AMBM, explique Justin Johnson.
À ce jour, 13 des 15 municipalités concernées ont désormais adopté un plan d’action.
La première cohorte a déjà renouvelé ses plans, tandis que la deuxième poursuit leur renouvellement.
La troisième et dernière, qui comprend les deux municipalités restantes, est en cours d’implémentation, une étape qui devrait se conclure d’ici au 31 mars 2027, selon Justin Johnson.
« Donc, par la fin de cet exercice financier, toutes les municipalités rurales bilingues du Manitoba auront complété leur évaluation initiale du 3M et auront donc des plans d’action uniques et spécifiques à leur réalité et à leur capacité. »
Des avancées mesurables
Le chef de la direction de l’AMBM met en avant les efforts des municipalités, avec le soutien de l’organisme, pour améliorer l’accès à l’information en français.
D’après lui, ce sont plus de 713 000 mots qui ont été traduits par les services de l’AMBM pour ses municipalités membres au cours du dernier exercice financier, du 1er avril 2025 au 31 mars 2026.
Une hausse de 21 % par rapport à l’exercice précédent, souligne-t-il.
« Derrière chaque document traduit, il y a un résident francophone et bilingue qui peut accéder à l’information dans la langue officielle de son choix. »
Pour appuyer le bilan qu’il dresse du bilinguisme municipal, il cite notamment un sondage réalisé par Probe Research pour l’AMBM début 2026.
Selon cette enquête, 91 % des résidents interrogés disent savoir que leur municipalité s’est engagée à offrir des services en français et en anglais.
Près de huit sur dix estiment également que leur municipalité fait du bon travail pour assurer la visibilité des deux langues officielles dans les communications, les affiches et les espaces publics.
« Un signe de progrès réel pour nos collectivités francophones et bilingues en milieu rural » pour Justin Johnson.
Un soutien financier renforcé
« Les résultats sont importants et témoignent de l’engagement et des investissements des municipalités participantes, le tout avec bien sûr un soutien renforcé et continu de la part du gouvernement du Manitoba qui est un partenaire important dans l’équation de la mise en œuvre du 3M. »
La Province avait notamment conclu en mars 2025 une entente portant à 1,05 million $ le financement fédéral-provincial accordé à l’AMBM pour son déploiement, dans le cadre de l’Entente Canada-Manitoba relative aux services en français (ECMSF) 2023-2028.
Il y a un an, les deux gouvernements avaient également annoncé plus de 1,6 million $ sur trois ans pour la signalisation bilingue et la création d’une équipe chargée d’accompagner les municipalités dans la mise en œuvre du 3M.
L’exemple de Saint-Laurent
La première cohorte constitue pour Justin Johnson « une preuve que le modèle fonctionne et qu’il s’inscrit dans la durée ».
À Saint-Laurent, qui en fait partie et a renouvelé son plan d’action cette année, la directrice générale Billie Jean Oliver fait état de plusieurs avancées concrètes.
« L’un des principaux changements, c’est que nous cherchons toujours à ce que le bilinguisme fasse partie des compétences recherchées pour l’embauche de nouvelles personnes. »
La plus récente recrue de la MR est bilingue et a pris en charge les communications municipales, désormais réalisées dans les deux langues.
La municipalité a également intégré l’apprentissage du français à son offre de formation.
« Toute personne qui souhaite améliorer ses compétences linguistiques peut donc le faire et la municipalité est prête à en assumer les frais », explique Billie Jean Oliver.
Elle-même apprend la langue et pratique avec ses collègues.
Du côté de la traduction, elle souligne un renforcement des capacités à l’interne, permettant une disponibilité plus rapide des documents : « Certains doivent encore être transmis à l’AMBM, mais nous avons plusieurs employés sur place qui peuvent traduire les procès-verbaux et certains des documents les plus consultés. »
Le français entre également davantage en ligne de compte dans les décisions municipales : « On se demande toujours : Si on le fait en anglais, comment est-ce qu’on le fait en français? Est-ce que cela va faire une différence? »
Selon la directrice générale, les résidents peuvent être servis dans la langue de leur choix auprès des services municipaux : « Il y a toujours quelqu’un ici, du lundi au vendredi, qui peut répondre au téléphone et parler dans l’une ou l’autre langue. »
Sur le terrain, l’installation de plaques de rue bilingues, déjà produites, est en cours et pourrait être achevée « avant les premières neiges ».
Pour la suite, la municipalité souhaite poursuivre le déploiement de la signalisation bilingue, notamment pour ses bâtiments.
Billie Jean Oliver estime également que la MR pourrait mieux faire connaître auprès des résidents sa capacité à offrir des services dans les deux langues officielles.
« Nous cherchons toujours à atteindre, voire à dépasser, les objectifs que nous nous sommes fixés dans ce plan », conclut-elle.
Un plan pérenne
Peu importe les résultats des municipales, le 3M devrait s’inscrire dans la durée, estime Justin Johnson, puisqu’il repose sur les engagements formels des municipalités.
Pour l’AMBM, ce n’est plus un projet pilote, mais une pratique désormais bien établie : « Les municipalités rurales bilingues du Manitoba ayant maintenant le 3M en action, le défi n’est pas de les convaincre de participer, mais de véritablement les accompagner dans leur progression avec un bilinguisme municipal d’adhésion et non pas de concession. »

