En ce mois de célébration de l’histoire des femmes canadiennes, La Liberté a choisi de vous faire découvrir ou redécouvrir son destin extraordinaire.
C’est l’histoire d’une Canadienne qui a fait d’une maladie agricole dévastatrice une affaire personnelle. Margaret Newton naît à Montréal le 20 avril 1887, la première partie de sa vie sera québécoise.
S’il n’existe pas de preuve que Margaret Newton était francophone, on peut le supposer au vu de son éducation puis de son enseignement dans le Québec de l’Ouest.
Originaire du rural, c’est lorsque son frère lui fait visiter la faculté d’agriculture de l’Université McGill que sa vie prend un nouveau tournant.
Enthousiasmée par cette discipline qu’elle découvre, Margaret démissionne et tente de s’y inscrire en tant qu’élève. Mais au début du 20e siècle, les préjugés sont durs envers les femmes non mariées.
Ce n’est qu’après un bras de fer avec l’administration qu’elle est officiellement acceptée, en 1914.
Seule femme dans un groupe de 50, elle brise une nouvelle barrière en faisant annuler un règlement interdisant aux chercheuses de travailler en laboratoire après 22 h.
Lors de sa deuxième année d’étude, Margaret Newton s’intéresse à la mycologie – l’étude des champignons – puis se spécialise dans les maladies des plantes.
Elle deviendra la première femme du Canada à devenir docteure en agriculture.
Lors de ce doctorat, elle se penche sur la rouille des tiges du blé. Le point de départ d’une carrière aussi intense que prolifique.
Une épidémie désastreuse
Véritable cauchemar pour les cultivateurs, la rouille des tiges du blé a décimé les plantations canadiennes dans le premier quart du 20e siècle. Le coupable : le champignon Puccinia graminis.
Lorsqu’il infecte les tiges de blé, ces dernières développent des spores d’une couleur semblable à la rouille.
En 1916, cette maladie provoque la perte de plus de 100 millions de boisseaux de blé de printemps.
Les chercheurs s’activent pour mettre fin à ces désastres répétés, en vain.
En 1917, l’agronome Charles E. Saunders, créateur de la variété de blé « Marquis », rend visite à Margaret Newton, dont la réputation la précède, et lui confie des semences.
Les expérimentations de Margaret reprennent alors.
Elle va exposer ce nouveau grain à de la rouille et lorsqu’elle compare les différentes tiges contaminées, elle remarque différents types d’infections. Ce qu’elle en déduit est fondamental.
Si les effets des spores de rouille diffèrent, c’est parce que – comme pour les humains – ce champignon présente des variations génétiques.
Grâce à cette nouvelle compréhension de la diversité des souches et de la façon dont elles affectent le blé, Margaret réussit à déterminer les plus dangereuses, mais surtout quelles variétés de blé peuvent le mieux y résister.
Le combat de sa vie
Face aux ravages dans les Prairies, en 1925, le Canada décide de fonder le Laboratoire fédéral de recherche sur les rouilles. Il est créé à Winnipeg, ville qui jouit de la richesse agricole qu’est le blé à cette époque.
Forte de ses trouvailles, Margaret Newton rejoint le laboratoire en tant que chercheuse principale.
Elle et son équipe s’activent et ils réussissent finalement à développer des variétés de blé résistantes à la maladie.
Cette innovation décisive, couplée à la mise en place d’une campagne annuelle de dépistage de la rouille, permettra de réduire à presque zéro les pertes occasionnées par la rouille dans les cultures de blé au Canada.
Cette découverte majeure fait le tour du monde et Margaret Newton devient une figure d’autorité concernant la rouille des plantes.
En sauvant le blé canadien, Margaret a eu un impact non négligeable sur l’économie de son pays. Forcément, les pays céréaliers concernés par l’épidémie s’intéressent très vite à elle, alors Margaret va tenir des conférences à travers le monde.
Elle reçoit même la visite d’un confrère émérite : Nikolai Vavilov, généticien et botaniste, considéré comme un héros de la science soviétique.
Elle décline la proposition de travail de l’URSS, mais s’y rend tout de même en 1933 pour partager son expérience.
Pendant trois mois, elle y entraîne une cinquantaine d’étudiants soigneusement sélectionnés.

Une retraite anticipée
À son retour à Winnipeg, elle reprend son travail de laborantine. Margaret Newton publiera près d’une quarantaine d’articles sur la rouille pendant sa carrière.
Travailleuse acharnée, Margaret est poussée à prendre sa retraite en 1945, alors âgée de 58 ans.
Une retraite anticipée causée par des problèmes de santé, probablement dus à 25 années d’exposition aux spores de la rouille.
Elle déménage à Victoria où elle pourra enfin se consacrer à ses passe-temps, comme le canoë et l’observation d’oiseaux.
Margaret Newton décède à l’âge de 83 ans, le 6 avril 1971.
De nos jours, en passant devant l’ancien laboratoire de Margaret, à l’Université du Manitoba de Winnipeg, un panneau commémoratif invite à penser à son œuvre.
Son travail, sans relâche pour la communauté, à contre-courant d’une époque sexiste, a fait d’elle un modèle.
Le Canada l’a érigée comme « femme d’influence », c’est le moins qu’on puisse dire.

