L’intelligence artificielle (IA) conversationnelle occupe désormais une place centrale dans le quotidien des patients.
Publiée dans la revue JMIR Medical Education, une étude d’une équipe de recherche pancanadienne dirigée par le Dr Alexandre Hudon, professeur de clinique au Département de psychiatrie et d’addictologie de l’Université de Montréal, présente le cadre AWARE (AI use, Why, Attachment, Reality and risk, Effect on functioning).
Cet outil pédagogique aide les cliniciens à évaluer l’usage d’agents comme ChatGPT, Gemini, Claude, etc.
La réflexion a commencé il y a un an, lors d’une consultation clinique. Un patient souffrant de fractures vertébrales contestait son traitement après avoir consulté ChatGPT.
Le Dr Alexandre Hudon raconte : « J’ai eu mon premier patient qui est arrivé en clinique et qui a remis en doute un plan de traitement en lien avec l’utilisation de l’IA.
« Ce n’est pas une mauvaise chose au sens où moi, je suis très en faveur que les gens viennent chercher de l’information, nous challenge un peu sur nos conduites et autres.
« Mais, c’est la première fois que je me retrouvais avec cette problématique. Puis, l’outil en question, là c’était ChatGPT, donnait des réponses qui ne faisaient pas de sens avec la science que je connais.
« Donc, je me suis dit comme ça a un impact sur nos patients, il faudrait trouver une façon de rendre ça accessible pour des cliniciens et des cliniciennes qui ne se sentent pas outillées pour questionner l’utilisation d’intelligence artificielle. »
Outiller les professionnels
Le cadre AWARE structure donc l’entretien psychiatrique autour de cinq domaines complémentaires. Il explore la fréquence d’utilisation, les motivations, l’attachement émotionnel, les risques et l’impact fonctionnel.
L’objectif est d’intégrer ce dépistage systématiquement, comme pour l’alcool ou les drogues.
Le Dr Alexandre Hudon précise cette démarche : « Si jamais, à la question d’introduction : utilisez-vous l’IA? La réponse, c’est oui. Alors là, le cadre devient très intéressant, parce que rapidement, sur cinq volets, il permet d’utiliser des questions ciblées, très simples, qu’on a données en exemple.
« Ces cinq thématiques permettent de vraiment comprendre, dans la même mesure qu’on le ferait pour un problème d’utilisation de substances ou un autre problème qui peut avoir un impact sur la santé mentale. »
Selon l’étude, l’IA conversationnelle n’est ni intrinsèquement bénéfique ni nuisible. Elle aide efficacement à planifier sa journée ou à rédiger un journal d’émotions.
Toutefois, un risque apparaît lorsque le raisonnement des personnes vulnérables ou isolées est affecté.
Le Dr Alexandre Hudon explique : « À long terme, c’est là où il y a une coupure du contact social avec les autres, il y a une attribution beaucoup plus élevée des réponses de l’IA par rapport à ce que c’est la réalité ou la vérité, etc.
« L’IA est une sorte de chambre d’écho, c’est un miroir de ce qu’on lui envoie. Donc, l’IA n’a pas de conscience, n’a pas de raisonnement, bien évidemment, donc elle établit un profil mathématique de ce que lui envoie l’utilisateur et tente de lui plaire. »
Plusieurs étapes avant la validation du cadre AWARE
Cette validation constante peut renforcer l’anxiété, l’isolement ou certaines croyances.
Le chercheur souligne : « Il y a une grosse différence entre parler, par exemple, à un psychologue, à un psychothérapeute, puis se faire confronter sur ses idées, vivre des émotions qui ne sont parfois pas toujours évidentes à vivre en thérapie, versus un outil qui finalement va m’amener à dire exactement ce que je veux entendre. »
« Pour moi, il y a une grosse distinction, parce que dans le cas de l’outil, ce n’est pas de la psychothérapie et ce n’est pas de l’accompagnement thérapeutique. »
L’expert souligne toutefois qu’il reste encore plusieurs étapes à franchir avant la validation du cadre AWARE.
« On a mis sur pied un projet de recherche où l’on est en train de valider l’utilisation du cadre. On le fait dans un cadre sécuritaire au sens où l’on teste pour d’autres variables aussi.
« Mais nous, ce qu’on veut voir aussi à travers cette étude, c’est la phase 2 : est-ce que les gens commencent à l’utiliser dans le quotidien?
« C’est ce qu’on est en train de faire. On a une grosse étude actuellement à l’Institut universitaire de la santé mentale de Montréal où systématiquement les gens qui se présentent à l’urgence pour voir un psychiatre, on les dépiste pour l’intelligence artificielle en utilisant les principes du cadre AWARE. »

