Deux professeurs de l’Université de Saint-Boniface sont partis enseigner en Haïti leur vision du leadership pédagogique.

 

L’USB échange avec Haïti
Le directeur et membre fondateur du CREFI, Jean-Élie Larrieux (à gauche) et le secrétaire du CREFI, Jean Michel Charles (à droite), ont accueilli Jules Rocque et Corinne Barrett DeWiele à Port-au-Prince pour une formation en leadership. Photo : Gracieuseté Corinne Barrett DeWiele

Le professeur agrégé de la Faculté d’éducation de l’Université de Saint-Boniface (USB), Jules Rocque, et la professeure de premier et deuxième cycle à l’USB, Corinne Barrett DeWiele, étaient en Haïti du 28 février au 6 mars derniers dans le cadre de la Bourse de projets académiques Canada-Haïti, un programme pilote mis en place par le Ministère canadien des Affaires étrangères et du Commerce international.

« Ce concours de Bourses du gouvernement fédéral est une initiative pour venir en aide à Haïti dans des domaines ciblés, dont la formation à la direction en éducation, explique Jules Rocque. On a élaboré notre projet en partenariat avec le Centre de recherche et de formation en sciences de l’éducation et d’intervention psychologique (CREFI) de Port-au-Prince, à distance, et ensuite on est allés sur place pour donner la formation. »

Il y avait une quarantaine de participants haïtiens, dont des directeurs d’écoles, des étudiants en maîtrise, mais aussi des cadres d’organisations non-gouvernementales.

Stratégies

Le groupe haïtien désiraient des stratégies d’enseignement et des idées de ressources matérielles pour pouvoir améliorer leurs écoles et leurs organismes.

« Ils voulaient savoir comment faire beaucoup avec peu, et notamment, pour les directions d’écoles, comment animer son école et accompagner son personnel dans un apprentissage continu, révèle Jules Rocque. On a évoqué les notions de leadership partagé, d’approche socioconstructiviste et d’écoute active. »

Il précise qu’en Haïti, près des trois-quarts des écoles sont privées car l’éducation n’est pas une priorité du gouvernement haïtien donc le système public manque d’infrastructures.

« En Haïti, on retrouve facilement 40 à 50 élèves par classe, et les élèves de l’école sont divisés entre la matinée et l’après-midi, raconte Corinne Barrett DeWiele. Ils ne peuvent pas tous venir à l’école toute la journée car il n’y a pas assez de place. »

Jules Rocque a également été « frappé par la façon dont ils livrent l’enseignement. Le professeur écrivait les notes à la craie sur le tableau, et les élèves copiaient, sans comprendre!, s’exclame-t-il. C’est de la livraison, et non de la construction de savoir ».

Corinne Barrett DeWiele assure cependant que « les participants à nos ateliers connaissaient déjà notre approche. C’est juste qu’ils ne savaient pas comment la mettre en pratique ».

« Ces participants avaient déjà un très bon sens des besoins de leur système, confirme Jules Rocque. Ils énuméraient eux-mêmes les solutions, mais ils nous confiaient manquer de soutien de leur gouvernement pour les mettre en place. Ils ont beaucoup de résilience et veulent vraiment que le système s’améliore, malgré le manque de ressources matérielles et de soutien, l’autocratie et la corruption du gouvernement. On espère que les outils qu’on leur a donnés pourront les aider. »

Au Manitoba

Cet échange avec Haïti a aussi été bénéfique pour la délégation de l’USB. « Ça m’a ouvert les yeux sur ce qui se passe dans le monde, affirme Corinne Barrett DeWiele. Ça va m’aider à mieux comprendre certains de mes élèves, notamment les nouveaux arrivants et ceux issus de quartiers défavorisés. »

« C’est aussi un rappel de la responsabilité sociale des États du Nord envers ceux du Sud, ajoute Jules Rocque. C’est important de développer son empathie. Enfin, ce projet est une source de partenariats qui pourront être utiles aux étudiants voulant travailler sur Haïti. »

Par ailleurs, du 10 au 16 avril prochains, ce sera au tour d’une délégation haïtienne de se rendre au Manitoba pour continuer cet échange de pratiques en termes de leadership pédagogique.

« On prévoit visiter des écoles avec la délégation pour leur montrer comment se traduit le leadership au Manitoba, annonce Corinne Barrett DeWiele. On va inviter plusieurs partenaires, comme le Bureau de l’éducation française (BEF), les Éducatrices et éducateurs francophones du Manitoba (ÉFM) et la Division scolaire franco-manitobaine (DSFM), car l’objectif pour la délégation haïtienne est aussi de faire du réseautage. »

« Lors de leur séjour, un atelier était déjà prévu au Manitoba sur la supervision et l’évaluation du personnel en milieu scolaire, ajoute Jules Rocque. La délégation haïtienne pourra s’y insérer. Ce sera un bon moyen d’échanger sur nos réalités respectives. »

La dernière étape du projet de l’USB et du CREFI se déroulera du 15 au 22 mai 2012, de nouveau à Port-au-Prince en Haïti.

« On espère alors créer une communauté d’apprenants professionnels, sous le leadership du CREFI, conclut Jules Rocque, pour que les rencontres et le partage de stratégies et de techniques continuent. Nos réalités sont très différentes, donc c’est parfois difficile de trouver une résonance chez eux à ce qu’on dit. D’où l’intérêt d’avoir mené ce projet avec un partenaire local, le CREFI. »

Camille SÉGUY | Journaliste

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