Le panel "Respecter la diversité linguistique : limites et opportunités dans les sociétés multilingues", avec la directrice générale par intérim du Pan South African Language Board Dr. Nomfundo Mali, la commissaire aux langues officielles des Territoires du Nord-Ouest Shannon Gullberg, la modératrice Eleri James, le commissaire aux langues du Kosovo Slaviša Mladenovic et le chef de projet de Mobilité et Inclusion en Europe multilingue à l’Université de Genève François Grin. Photo : gracieuseté du bureau de l’Ombudsman de l’Ontario

Les 26 et 27 juin, à Toronto, Paul Dubé, l’ombudsman de l’Ontario, recevait ses homologues de la planète. Pour ce deuxième arrêt en sol canadien après Ottawa, le thème de la conférence de cette année est Protéger les minorités linguistiques, bâtir des sociétés plus fortes.

 

Par André Magny (Francopresse)

Plus d’une vingtaine de conférenciers et conférencières en provenance d’autant de pays, territoires ou provinces sont venus dans la Ville reine pour explorer « le rôle crucial des ombudsmans et des commissaires linguistiques en tant qu’éléments indispensables à l’intégration sociale, à la consolidation de la paix et à la prévention des conflits dans les sociétés multiethniques et multilingues pour assurer la protection des communautés linguistiques minoritaires » comme le soulignait un récent communiqué émis par l’Association internationale des commissaires linguistiques (AICL).

Quelque 225 personnes sont venues assister aux diverses conférences. L’évènement a réuni des ombudsmans, commissaires linguistiques, experts des droits linguistiques et défenseurs des langues minoritaires du monde entier et du Canada pour discuter sur la façon de préserver et de protéger les langues minoritaires.

Outre les allocutions des conférenciers d’honneur comme Roger Jones, conseiller en politiques au bureau du chef national de l’Assemblée des Premières Nations, Fernand de Varennes, rapporteur spécial de l’ONU sur les questions relatives aux minorités, et de Richard Wagner, juge en chef de la Cour suprême du Canada, certains thèmes abordés méritent une attention particulière.

Parler français, gallois ou catalan au XXIe siècle

Les médias sociaux donnent parfois l’impression que des langues comme le gaélique, le breton voire le français ont peu de chances de s’épanouir sur des plateformes comme Twitter ou Instagram. L’anglais semble monopoliser tout l’espace. Pourtant, la professeure et ex-directrice du Centre de recherche en éducation franco-ontarienne à l’Université de Toronto, Diane Gérin-Lajoie, tempère un peu les choses et tient à faire la différence entre médias sociaux et technologie numérique.

Les nouvelles technologies peuvent aider à transmettre les langues pour peu qu’on sache trouver les outils créés pour un tel transfert. La spécialiste dans les domaines de l’éducation des minorités raciales, ethniques et linguistiques estime que certains outils comme les fiches pédagogiques mises au point par l’Association canadienne d’éducation de langue française (ACELF) prouvent bien que des ressources existent, même en milieu minoritaire.

En tant que chercheure, Mme Gérin-Lajoie s’intéresse particulièrement au rôle de l’école dans la production et la reproduction de l’identité et à l’enseignement en milieu minoritaire. Dans ce domaine, elle est d’avis que grâce à divers moyens numériques, l’école peut être « un outil de la sauvegarde de la langue ».

Défis

De son côté, l’homme de théâtre et sénateur acadien René Cormier, qui participait à la table ronde sur le thème La dualité linguistique au Canada, défis et perspectives, est d’avis qu’il existe toujours du travail à faire quand on parle de langues officielles au Canada. Mais sa participation au congrès de l’AICL lui a aussi démontré qu’il existait «une énergie positive» en matière de langues. Il prend pour cela exemple sur des discussions qui surviennent en ce moment concernant la possibilité de rendre officielles les langues autochtones ou certaines de celles-ci.

En entrevue, il a aussi abordé la question du tout récent rapport déposé à la mi-juin par le comité sénatorial permanent des langues officielles chargé d’examiner la modernisation de la Loi sur les langues officielles (LLO). Puisque les défis sont encore nombreux, 50 ans après l’adoption de la LLO, le comité qu’il préside y est allé de quelques recommandations dont celle que le gouvernement fasse preuve de leadeurship en exigeant, par exemple, que les sous-ministres et les juges de la Cour suprême soient bilingues.

Est-ce que les sénateurs risquent d’être entendus à la Chambre des communes? « Vous savez depuis que les sénateurs ne sont plus nommés sur une base partisane, on fait plus d’amendements aux projets de loi », rétorque le sénateur Cormier.

Quand on se compare…

La conférence de l’AICL est aussi l’occasion de comparer la situation canadienne avec ce qui se passe ailleurs. Prenons l’exemple de la Suisse avec ses quatre langues officielles, l’allemand, le français, l’italien et le romanche.

François Grin, professeur à l’Université de Genève, spécialisé notamment dans l’économie de la langue, de la politique linguistique et de l’éducation, rappelle qu’en Suisse, ce sont les cantons qui sont responsables des lois linguistiques. « Ce n’est pas de la compétence du pouvoir central. » S’il n’y a pas de restrictions concernant l’affichage, en revanche, les services publics sont donnés dans la langue du canton. Un francophone peut toujours attendre pour se faire servir en français dans un canton allemand et idem pour le germanophone à Genève ou Neuchâtel, par exemple.

« Historiquement, les Suisses germanophones apprenaient plus le français que les francophones l’allemand, mais cela tend à diminuer », constate l’universitaire, qui a déjà été chargé de cours à l’Université de Montréal.

Le point fort du système suisse en matière linguistique? « Il y a très peu de tensions linguistiques comme c’est le cas en Belgique. » Et son point faible? « On ne profite pas assez de l’ouverture que ce multilinguisme nous offre, des nouveaux horizons qu’il propose. »

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