Marcel Richot, membre bénévole de l'organisme Sauvons notre Seine, et Cindy Desrochers, directrice du Musée de Saint-Boniface. (photo : Mehdi Bereddad)

Il était le gardien du Bois-des-esprits dans le quartier Royalwood, à Winnipeg. Mais en août dernier, la sculpture surnommée « Woody-Mhitik », taillée dans un orme dans la forêt le long de la rivière Seine, s’est effondrée. Plusieurs personnes ont alors entrepris le projet de lui donner une nouvelle vie

Si vous êtes un promeneur habitué du Bois-des-esprits, vous connaissez déjà ce visage. Depuis 2004, cette sculpture avait sa place dans cette forêt. Elle avait été réalisée par Walter Mirosh et Robert Leclair du club de sculpture sur bois Les Gens de bois. L’arbre sur lequel elle a été faite devait être coupé, car il était atteint de la maladie hollandaise de l’orme, une infection qui provoque le brunissement des feuilles et la mort des arbres.

La cime a été coupée, l’écorce enlevée, les deux artistes ont pu commencer leur sculpture. Il a été nommé l’esprit des bois « Woody » ce qui correspond en Ojibway à « Mhitik », d’où son nom complet.

Mais l’été dernier, la sculpture est tombée. L’arbre qui la soutenait était déjà affaibli depuis un petit moment. Marcel Ritchot, bénévole pour Sauvons notre Seine, un organisme environnemental qui cherche à protéger, à améliorer et à défendre la rivière Seine et les zones naturelles environnantes à Winnipeg, s’est lancé le projet de remettre en état la sculpture.

« Dès que j’ai su que l’arbre et la sculpture s’étaient écroulés, je suis allé voir immédiatement et c’était assez pitoyable. L’intérieur de l’arbre était pourri, la sculpture était cassée en plusieurs morceaux. Le voir à terre était vraiment triste. Beaucoup de gens avaient grandi en le voyant. Alors, je me suis dit qu’il y avait peut-être la possibilité de lui sauver au moins une partie de la figure. »

C’est à ce moment que le temps de la rénovation et de la restauration a alors commencé. Marcel Ritchot a embarqué la sculpture chez lui et a commencé un long travail pour la remettre sur pied. Pilote de ligne à la retraite, Marcel Ritchot a aussi d’importantes capacités de charpentier.

« J’ai d’abord enlevé le bois mort, j’ai recollé les parties ensemble et il fallait ensuite penser à une structure pour faire tenir le tout, car je voulais éventuellement la mettre sur une base plate. Et la dernière chose que j’ai faite c’était de lui peinturer les yeux. C’était fascinant de passer du temps à le regarder. Il était vivant, je ressentais son esprit. »

Il a fallu sept semaines à Marcel Ritchot pour réhabiliter « Woody ». « C’était un projet important, mais qui ne me faisait pas peur. Il fallait surtout bien conceptualiser les choses au départ. »

| Un visage très expressif

Marcel Ritchot a noué une relation personnelle avec cette sculpture et savait très vite que « Woody » devait avoir un avenir une fois sorti de son atelier.

« En avançant dans le projet, j’ai contacté le Musée de Saint-Boniface pour savoir s’il y avait un intérêt. Je leur ai envoyé une photo et j’ai rencontré Cindy Desrochers, la directrice du musée. »

Du côté de Cindy Desrochers et du Musée de Saint-Boniface, il n’y a eu que peu d’hésitations. Même si cette sculpture peut détonner avec le reste des œuvres présentées au musée, « Woody » a vite trouvé sa place.

« La communauté était triste de la chute de cette sculpture, c’était presque comme un décès. C’était surprenant et vraiment touchant de savoir que quelqu’un voulait lui donner une nouvelle vie. L’équipe du musée a été rapidement d’accord d’accueillir « Woody ». On pensait, comme Marcel, que c’était un bon endroit. »

Placée justement quasiment à l’entrée du Musée de Saint-Boniface, les premiers visiteurs qui ont pu découvrir ou redécouvrir cette sculpture depuis quelques jours ont été très heureux.

« C’est évident que ce n’est pas un objet que les Sœurs auraient eu, c’était difficile d’imaginer un arbre dans la chapelle du musée, mais les espaces changent. C’est bien pour le musée d’innover et d’offrir des nouveautés. Mais j’aime me dire que « Woody » était à l’extérieur dans une forêt et qu’aujourd’hui on l’a rapporté dans un édifice en bois, qui vient de la forêt, et qu’on le protège des éléments. C’est un joli cycle de vie et finalement comme une nouvelle forêt pour cette sculpture. »

Et à force de le regarder et le contempler, chacun peut imaginer ce que ce visage ressent ou pense. Cindy Desrochers et Marcel Richot ont aussi leurs avis.

« Je le vois comme un gardien, il est en train de surveiller pour savoir si on est bien », décrit Cindy Desrochers. « Il est dans l’émerveillement d’être dans cet environnement et bien entouré par tous les esprits », observe Marcel Ritchot.

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