Michel Lagacé

Par: Michel LAGACÉ

Le deuxième budget de la ministre des Finances, Chrystia Freeland, présente un aperçu des retombées de l’« entente de soutien et de confiance » conclue entre le Parti libéral et le Nouveau Parti démocratique (NPD). Cette entente engage le NPD à appuyer les quatre prochains budgets fédéraux en échange notamment de programmes de soins dentaires et d’assurance médicaments universelle.

Fort de cet appui, le gouvernement minoritaire de Justin Trudeau savait qu’il n’était pas nécessaire de présenter un budget pré-électoral. Il dispose du temps – trois ans et demi, en principe – pour proposer des mesures et les mettre en place. Heureusement pour lui, car il fait face à une conjoncture particulièrement difficile.

Sur la scène mondiale, la guerre en Ukraine, l’évolution future de la pandémie et la crise environnementale risquent d’entraîner des impacts importants sur les dépenses publiques. Au pays même, l’inflation et les taux d’intérêt augmentent à un niveau inédit depuis une trentaine d’années, une situation qui rend la propriété d’une maison inaccessible pour les nombreux Canadiens qui rêvent d’acheter un premier logement. Ce sont des enjeux insolubles à court terme.

Alors comment naviguer dans ces eaux troubles? Pour respecter l’entente avec le NPD, le budget priorise un nouveau programme de soins dentaires auquel il accorde un financement de 5,3 milliards $ sur cinq ans, dont 300 millions $ en 2022-2023. Mais il ne précise ni comment ces fonds seront dépensés ni le rôle des provinces, s’il y a lieu.

Il en va ainsi pour de nombreuses autres initiatives : des sommes sont allouées sans un plan concret. Par exemple, plus de 8 milliards $ en nouveau financement sur cinq ans sont proposés pour renforcer la défense nationale, mais pour savoir à quoi ces fonds serviront, il faudra attendre une mise à jour de la politique de défense actuelle du gouvernement. De la même manière, le budget propose établir un fonds de croissance et une agence d’innovation et d’investissement pour augmenter la productivité de l’économie, sans fournir de détails sur leur fonctionnement.

Ainsi le gouvernement se donne du temps pour préciser comment d’importantes sommes seront utilisées. Voilà justement ce qui donne à l’entente avec le NPD toute son importance : le gouvernement a gagné du temps pour planifier à plus long terme plutôt qu’être tenu à des promesses dispendieuses destinées à séduire l’électorat à court terme.

Toutefois, même avec cette marge de manœuvre, le gouvernement ne prévoit pas un retour à l’équilibre budgétaire au cours des prochains quatre ans. C’est là qu’il se rend vulnérable aux critiques de l’opposition. Il devra concrétiser les programmes qu’il propose et défendre ses choix le temps venu. En fin de compte, il reviendra aux Canadiens, lors des prochaines élections prévues en principe pour 2025, de juger si le gouvernement a eu raison d’éviter le vieux jeu d’un gouvernement minoritaire tenu de présenter un budget pré-électoral et s’il a bien tiré parti de la marge de manœuvre qu’il s’est négocié.

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