C’est l’une des questions auxquelles les chercheurs du Centre d’étude sur les médias ont cherché à répondre dans leur nouveau fascicule analysant les résultats de leur rapport annuel sur l’actualité numérique, le Digital News Report.

Quels changements observe-t-on dans la manière dont les Canadiens s’informent ces dernières années?

Près de trois ans après que Meta a commencé à bloquer les contenus d’actualité sur ses plateformes populaires, Facebook et Instagram, le Centre d’étude sur les médias a souhaité examiner comment les Canadiens avaient adapté leur consommation et leur engagement avec l’actualité.

Ce qui a surtout surpris les chercheurs, c’est que ce boycott des médias ne semble que très peu se refléter dans les données.

En effet, la tendance à la baisse des habitudes de consommation d’actualités des Canadiens avait déjà commencé avant la mise en œuvre de cette politique.

« Il n’y a pas de choc dans les données qui sont liées à la décision de mettre fin à l’accès à l’essentiel des contenus journalistiques, dit Sébastien Charlton, coordonnateur aux opérations du Centre d’études sur les médias. Oui, Facebook est en baisse, mais la baisse était déjà amorcée bien avant. »

Sébastien Charlton, coordonnateur aux opérations du Centre d’études sur les médias.
Sébastien Charlton, coordonnateur aux opérations du Centre d’études sur les médias. (photo : gracieuseté)

Dre Colette Brin, directrice du Centre d’étude sur les médias, attribue ce phénomène à un désintérêt général pour l’actualité qui va au-delà de la simple participation en ligne.

« Il y a même beaucoup de gens qui ne savent toujours pas que ce blocage est en vigueur. »

« Mon impression, c’est que l’information, c’est pas aussi central à la vie quotidienne des gens que ça l’a déjà été par le passé, et je le déplore bien évidemment, ajoute-t-elle.

Avant même le blocage de Meta, plusieurs médias avaient constaté une baisse d’engagement, qu’ils attribuaient à des modifications algorithmiques réduisant leur visibilité sur les réseaux sociaux.

Cependant, Sébastien Charlton indique que leur étude a également mis en évidence, à cette même période, une adaptation algorithmique aux interactions des utilisateurs avec l’actualité.

Autrement dit, les gens se tournaient déjà vers d’autres moyens de s’informer en dehors des réseaux sociaux dans leur ensemble.

Bien qu’il y ait eu une baisse du nombre de répondants qui disaient s’informer sur les plateformes sociales au courant de la semaine précédant l’étude, la proportion de personnes utilisant les réseaux sociaux comme principale source d’information est restée relativement stable.

« Parmi les gens qui s’informent principalement par les médias sociaux, il y en a beaucoup qui sont en contact de façon un peu accidentelle avec l’actualité. »

Cette exposition accidentelle pourrait simplement réduire le nombre de nouvelles auxquelles les utilisateurs sont exposés au quotidien, ou s’expliquer par la présence accrue de nouvelles générées par l’intelligence artificielle et de contenus d’actualité plus axés sur le divertissement.

« Au niveau individuel, note Sébastien Charlton, des adaptations à ce changement ont bien été observées : si les utilisateurs ont moins interagi avec les actualités sur les réseaux sociaux parce qu’ils y étaient moins souvent confrontés, beaucoup d’entre eux ont également compensé cette tendance en partageant davantage d’actualités avec leur entourage afin de préserver l’écosystème de l’information. »

Mais une analyse des tendances générales n’a pas révélé de mouvement significatif dans un sens ou dans l’autre.

« Avec ça aussi vient l’idée que le fait que Facebook continue à boycotter les médias d’information pointe vers la direction qu’à l’interne, ils ont probablement jugé que ça n’avait pas d’impact majeur qui nécessitait un changement. »

Les types de consommateurs d’actualité

Le fascicule distingue également trois types de consommateurs d’actualités : les actifs, les réactifs et les passifs.

Les consommateurs actifs partagent et commentent publiquement les actualités sur les réseaux sociaux, les sites de nouvelles et d’autres plateformes.

Les consommateurs réactifs peuvent interagir avec l’actualité de manière plus discrète, par exemple en « aimant » des publications ou en envoyant des liens vers des articles à leur entourage, tandis que les consommateurs passifs n’ont généralement pas tendance à interagir avec les actualités au-delà de leur simple lecture.

Dans l’ensemble, environ 6 Canadiens sur 10 sont des consommateurs passifs, tandis que 16 % sont des participants actifs et 22 % sont considérés comme réactifs.

Les chercheurs ont constaté que les répondants qui ont déclaré ne s’informer que sur les réseaux sociaux ont tendance à être des consommateurs passifs : ils sont susceptibles d’être des individus qui ne « jugent pas nécessaire d’aller en chercher ailleurs », selon Sébastien Charlton, ou qui peuvent voir passer des informations sans nécessairement les rechercher.

En revanche, les répondants qui disaient conjuguer les nouvelles trouvées sur les réseaux sociaux avec d’autres sources avaient tendance à être plus actifs ou réactifs.

Les francophones dans l’étude

Selon Colette Brin, l’une des limites de cette étude est qu’elle n’a pas su distinguer de manière significative la réalité des francophones en situation minoritaire de celle des francophones vivant au Québec.

Par exemple, bien que les résultats indiquent qu’il y a généralement moins de consommateurs actifs d’actualités francophones que d’anglophones, et que les francophones ont plus tendance à utiliser Facebook pour s’informer et diffuser des informations, les résultats pourraient être différents chez les francophones minoritaires.

Dre Brin explique cette différence de réalité : « Les francophones au Québec sont dans un écosystème médiatique très différent. Il y a une forte appartenance à l’écosystème médiatique. »

« On sait que les francophones en milieu minoritaire ne se reconnaissent pas toujours dans les grands médias nationaux. Ils vont avoir des médias communautaires comme La Liberté, mais qui ne seront pas nécessairement leur principale source d’actualité pour une question de ressources. »