Les températures inhabituellement froides observées tout au long du mois de mai ont rendu difficile pour les agriculteurs du Manitoba la planification de leurs cultures pour la saison agricole de cette année.
La province ayant connu des journées plus froides pendant la majeure partie du mois de mai, les agriculteurs attendaient que les températures remontent suffisamment pour pouvoir entamer leurs semis annuels.
Pour assurer une germination uniforme, les agriculteurs espèrent généralement que les températures dépassent zéro plus tôt afin qu’ils puissent commencer le processus d’ensemencement sans le risque d’un gel inattendu qui pourrait endommager les cultures.
« Il faut tenir compte de la période sans gel, explique le professeur Henrique da Ros Carvalho, professeur adjoint de météorologie agricole au Département des sciences du sol de l’Université du Manitoba.
« En général, dès octobre, nous commençons à avoir nos premières gelées. Nous avons donc une échéance assez stricte. »
Semer plus tard dans la saison réduit donc la période de croissance, ce qui signifie que les cultures risquent de ne pas avoir assez de temps pour achever leur cycle de croissance et d’atteindre leur plein potentiel.
Et soudainement, à la fin du mois de mai, le mercure a très rapidement dépassé les 30 degrés Celsius, un changement brusque qui entraîne son lot de problèmes.
Des températures plus élevées font en sorte que l’eau s’évapore plus rapidement du sol, ce qui signifie que les agriculteurs perdent de l’eau sans que les plantes puissent en profiter.
« Et pour revenir à la question de la période de croissance, si vous commencez plus tard, vos cultures risquent de ne pas tirer plei- nement parti des précipitations disponibles pendant cette période. »
Autres risques pour les agriculteurs
D’autres facteurs liés au climat pourraient également augmenter les risques pour les agriculteurs.
Cette année étant marquée par un « Super El Niño », un phénomène climatique lié à la configuration des vents au-dessus de l’océan Pacifique et qui a tendance à entraîner une hausse des températures et des conditions météorologiques plus extrêmes, la saison de croissance s’annonce probablement plus imprévisible.
« Cela peut poser certains défis, explique Henrique da Ros Carvalho, notamment en raison des variations des précipitations et de leur répartition tout au long de la saison de croissance. Pour en revenir à l’ensemencement à temps, on peut le considérer comme une assurance : s’assurer d’une bonne levée des cultures et que les plantes prennent un bon départ dès le début de la saison. »
Mais il est difficile de dire si ces conditions auront un effet sur le rendement global des cultures.
Un ensemencement tardif peut être une source de stress pour les agriculteurs, mais ce n’est pas un indicateur d’une mauvaise saison.
« L’année dernière, nous avons eu des pluies tardives pendant la récolte, ce qui pose ses propres problèmes. En 2024, nous avons eu un problème quelque peu inverse, à savoir trop de précipitations en mai. Il y avait trop d’eau, ce qui a également retardé le processus d’ensemencement. »
Mais les agriculteurs trouvent généralement des moyens de s’adapter aux changements climatiques, par exemple en choisissant différentes variétés de cultures.
« Les agriculteurs devraient être en train de terminer leurs opérations d’ensemencement pour la plupart de leurs cultures. Ce n’est pas idéal que cela ait été un peu retardé, mais ce n’est pas la fin du monde. »
Agriculture et changement climatique
Le changement climatique a indéniablement un impact sur les conditions météorologiques et sur la manière dont celles-ci affectent les agriculteurs.
Selon Henrique da Ros Carvalho, cela apparaît clairement dans le calcul de la normale climatique.
Chaque mois, les scientifiques recueillent des données sur les températures minimales et maximales moyennes, les précipitations, les phénomènes météorologiques extrêmes et plus afin de les comparer et de les compiler pour en sortir des tendances observées sur une période de trente ans.
Ces tendances sont ensuite mises à jour à chaque décennie.
« En regardant cette normale climatique, cette grande moyenne sur trente ans, nous pouvons évaluer à quel point nous nous en rapprochons ou nous en éloignons. C’est un moyen de mesurer à quel point une année est inhabituelle. »
Cette normale climatique permet également de repérer les tendances liées au changement climatique.
On observe entre autres une tendance générale au réchauffement des températures pendant l’hiver et l’automne dans le Sud des Prairies.
Pour les agriculteurs, cela signifie une période de croissance sans gel légèrement plus longue.
« Mais cela s’accompagne de certains défis. Des températures supérieures à zéro sont favorables à la croissance des plantes, mais le problème est que les précipitations, qui constituent un autre élément très important pour la culture, n’augmentent ni ne diminuent nécessairement. Elles sont simplement plus variables. »
Il cite un exemple : alors que les précipitations peuvent être réparties plus uniformément tout au long de la période de croissance dans des conditions normales, le changement climatique rend les précipitations moins faciles à prévoir.
On voit donc de plus en plus souvent des périodes de fortes précipitations, suivies de longues périodes de sécheresse.
« On peut se retrouver dans une situation où il y a trop d’eau d’un seul coup, ce qui rend les conditions de culture difficiles. »
Initiative de journalisme local


