Au deuxième étage du Centre culturel franco-manitobain (CCFM), la salle Antoine-Gaborieau vibre au rythme du ballon rond. Autour d’un grand écran, un groupe de personnes d’origines diverses saute et s’exclame. Bienvenue aux Franco Foot, une initiative lancée pour diffuser les rencontres de la Coupe du monde de soccer 2026.
Ce mardi à 14 h, le duel de groupe entre la France et le Sénégal attire les partisans des deux camps. Malgré l’horaire en plein milieu de la journée, familles et amis se sont rassemblés pour vivre l’évènement. C’est le cas de Lionel De Ruyver, passionné de longue date, venu avec deux comparses.
« Dans la famille, en France, le football ça a une place importante, dit-il. Et on dit football, pas soccer! »
Vêtu du maillot tricolore, il s’attend à un match serré :
« On affronte le Sénégal, les vrais champions de la Coupe d’Afrique des Nations, mais ça, mes amis sénégalais le savent déjà », affirme-t-il, déclenchant des rires et des hochements de tête complices autour de lui.
Rassembler les communautés
Cette ambiance fraternelle transcende la compétition. Pour beaucoup, c’est l’occasion idéale de se retrouver.
« Ça peut être difficile de se rassembler, la communauté sénégalaise, la communauté africaine, tous ensemble, affirme Aminata Ba, entourée de quelques amies. C’est bien d’avoir cet espace de rassemblement, où on peut profiter du match tous ensemble. »
L’évènement attire aussi des supporters neutres, à l’image d’Yvan Bourgeois.
« Je suis venu ici pour supporter ma deuxième équipe après le Canada, explique-t-il. Je suis derrière eux parce que la communauté sénégalaise est très forte au Manitoba. Je travaille à l’USB, j’ai plusieurs étudiants qui sont d’origine sénégalaise. Après avoir regardé la Coupe d’Afrique, je me suis acheté un chandail de l’équipe et je me sens comme un vrai partisan du Sénégal. »
Accompagné de certains de ses étudiants, il concilie passion et obligations professionnelles :
« J’ai apporté mon ordinateur pour continuer à travailler, je réponds à des courriels tout en suivant le match », admet-il.
Un succès qui dépasse le terrain
Pour la direction du CCFM, l’initiative est un triomphe.
« C’était une occasion qu’on ne pouvait pas manquer de célébrer avec tous les mordus de soccer, explique Patricia Bitu Tshikudi, directrice générale du centre. On sait que la diaspora francophone ici au Manitoba est très diversifiée et un nombre grandissant de nouveaux arrivants viennent de pays où le soccer est quasiment une religion. »
Ce projet répond à une forte demande locale. La diffusion de la finale de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) l’hiver dernier avait déjà suscité un vif engouement, et le public réclamait la Coupe du monde. Depuis le coup d’envoi du tournoi, l’affluence dépasse les attentes.
« On a eu plusieurs matchs qui ont fait salle comble. Les réservations sur le site se sont envolées en moins de 24 heures, on ne s’attendait pas du tout à ça. Il y a définitivement un intérêt et on commence à être victime de notre succès puisqu’on pense devoir utiliser des salles plus grandes pour accueillir plus de gens. »
Bien que cette programmation sorte des sentiers battus pour l’institution, Patricia Bitu Tshikudi y voit un formidable levier d’ouverture.
« Si on veut rester pertinent, le CCFM doit faire l’effort de s’adapter. La francophonie manitobaine a énormément changé dans les dernières années, avec l’apport de l’immigration. Si on veut que le CCFM reste cet endroit d’effervescence culturelle, il faut continuer d’attirer des gens », affirme-t-elle.
Le soccer devient ainsi une porte d’entrée vers d’autres horizons culturels.
« Oui, aujourd’hui c’est du soccer, mais c’est l’occasion pour les spectateurs de se rencontrer, d’apprendre à se connaître, de découvrir le CCFM. Et la fois d’après, ils se croiseront peut-être au patio 340 ou lors d’un spectacle d’un artiste franco-manitobain. »


