Par Michel LAGACÉ
Mais quiconque a assisté à une séance d’une assemblée législative apprend très vite que ces règles sont appliquées de façon plutôt souple, surtout durant la période des questions. Pourtant au Manitoba, on a manqué de souplesse. Rappelons les faits. À l’Assemblée législative le 28 mai, le député conservateur de La Vérendrye, Konrad Narth, a posé une question en anglais au Premier ministre, Wab Kinew, qui lui a répondu en français. Dans des propos tenus hors micro et donc impossibles à confirmer, M. Narth aurait alors interjeté qu’il avait posé sa question en anglais.
En effet, la tradition veut qu’une question soit normalement répondue dans la langue du demandeur. Mais, cette fois le Premier ministre a rappelé que l’Assemblée est une institution bilingue et que les députés sont libres d’utiliser la langue officielle de leur choix. Il a demandé au député de La Vérendrye de s’excuser auprès de la francophonie manitobaine.
À la prochaine séance de la Chambre, le député de Saint-Boniface, Robert Loiselle, a soulevé une question de privilège, déclarant que le comportement de M. Narth démontrait un manque de respect non seulement pour la Constitution canadienne mais aussi pour l’article 23 de la Loi sur le Manitoba qui accorde le droit d’employer le français ou l’anglais dans les débats de la législature.
Le Président de la chambre, Tom Lindsey, a statué que les gens n’ont pas seulement le privilège mais le droit de parler dans l’une ou l’autre de ces langues. Il a donc demandé au député de La Vérendrye de présenter ses excuses pour ses commentaires, ce qu’il a fait.
On ne se sait pas pourquoi le Premier ministre a choisi de répondre en français. On a beau applaudir l’usage accru du français à la Chambre, les francophones ont tout intérêt à aborder les questions sur le bilinguisme de façon non partisane. Rappelons d’ailleurs que la Loi sur l’appui à l’épanouissement de la francophonie manitobaine a été proposée par l’ancien gouvernement conservateur de Brian Pallister et adoptée à l’unanimité en 2016.
Ce qui importe maintenant pour la francophonie manitobaine, c’est d’adopter des mesures pratiques qui contribueraient concrètement à faire du Manitoba une province véritablement bilingue. Un exemple presque banal : lorsque le gouvernement provincial a annoncé l’ajout de 30 places au baccalauréat en sciences infirmières à l’Université de Saint-Boniface, une photo en première page de La Liberté présentait la personne ministre de la Santé debout derrière un pupitre garni d’un panneau en anglais seulement : Training more nurses.
Combien de temps faudra-t-il attendre encore avant de voir tous les ministres et députés qui font des annonces gouvernementales se placer derrière un panneau bilingue, peu importe où ils font l’annonce? Pour normaliser l’usage du français, il faudra établir des pratiques permanentes qui finiront par devenir des habitudes pour qu’enfin les traditions changent.
Et si Wab Kinew veut répondre aux questions en français, so be it!


