Au Soudan, la guerre a tout pris à la famille d’Ahmed Ibrahim. Au Manitoba, il a rebâti quelque chose d’essentiel : un avenir.

Derrière son arrivée à Notre-Dame-de-Lourdes se cache une chaîne de solidarité qui relie une sœur inquiète, une amie déterminée, une communauté mobilisée et un entrepreneur qui a choisi de tendre la main.

Chaque jour, 28 800 personnes quittent leur milieu pour fuir la guerre, la persécution ou la terreur.

Depuis 1980, le Canada, à lui seul, a accueilli plus d’un million de ces hommes et de ces femmes aux histoires lourdes et variées, qui vivent maintenant parmi nous et façonnent nos communautés.

Leur intégration dépend pourtant souvent d’une chose simple : des mains tendues.

C’est notamment ce qu’a vécu la famille d’Ahmed Ibrahim, un ingénieur mécanique qui travaille aujourd’hui à Notre-Dame-de-Lourdes, arrivé au Manitoba l’an dernier.

Cette histoire débute avec Wisal Ibrahim et Rachel LeGal. Anciennes collègues et aujourd’hui de bonnes amies, elles se téléphonent encore régulièrement.

« Un jour, j’ai appelé Rachel en pleurs, raconte Wisal Ibrahim, je lui ai raconté ce qui arrivait au Soudan, la situation dans laquelle ma famille se trouvait. »

Wisal Ibrahim est arrivée au Canada en 2009. Originaire du Soudan, son pays natal traverse une période difficile, avec une guerre qui y fait rage depuis 2023.

Elle était alors préoccupée par le sort de la famille de son frère, Ahmed, qui a dû s’enfuir en urgence en Égypte, pour échapper au conflit.

« La guerre a commencé en quelques jours, personne ne s’y attendait. Notre famille a tout perdu, vraiment tout perdu. Ils ont dû fuir en urgence, avec ma mère en chaise roulante. »

La famille s’est retrouvée sans logement, sans emploi et avec un statut particulier dans un pays qui leur était étranger.

Du Soudan au Manitoba

C’est à ce moment-là que Wisal Ibrahim a pensé à les accueillir au Canada, sans toutefois avoir les moyens de le faire.

« Le gouvernement du Canada a ouvert le Sudan Pathway, qui permettait à des citoyens de parrainer des membres de leur famille ayant été touchés par la guerre, explique Wisal Ibrahim. C’est pour de la réunification familiale, mais c’est à la personne qui parraine de prouver qu’elle a les fonds nécessaires pour les faire vivre au Canada pendant une année complète. C’est quelque chose que je ne pouvais pas me permettre. »

C’est alors que Rachel LeGal a proposé son aide pour amasser l’argent nécessaire.

« J’ai été touchée de la voir dans un tel état, témoigne Rachel LeGal, j’ai donc commencé à faire des appels pour collecter des sous. »

En tout, ce sont 55 000 $ qui ont été levés par les deux femmes.

« Elle m’a juste dit : on va le faire, inquiète-toi pas. J’ai cru qu’elle était naïve ou qu’elle voulait juste me rassurer, mais ce n’était pas possible dans ma tête », raconte Wisal Ibrahim.

« Quand j’ai un objectif, une mission, je fais tout pour y arriver. Je ne lâche pas le morceau », explique Rachel LeGal en riant.

La famille d’Ahmed avait déjà essayé de rejoindre le Canada. Cependant, demander l’asile est un processus qui peut prendre des années.

Dans le contexte de la guerre au Soudan, ce sont des millions de personnes qui cherchaient à fuir le pays, exerçant une pression sur la demande, ce qui rend le tout encore plus compliqué.

Lorsque le Sudan Pathway a ouvert, c’était l’option qui semblait la plus faisable, malgré les défis qu’elle amenait.

« Ça voulait dire qu’il y avait maintenant une limite de temps pour montrer qu’on avait les moyens de les accueillir, qu’ils étaient éligibles et tout le reste. Tout ça devait se faire à l’intérieur d’un mois », raconte Rachel LeGal.

Cependant, elle a été agréablement surprise de constater la sensibilité des donateurs à la cause.

« J’ai raconté toute l’histoire à beaucoup de gens et la plupart des personnes me disaient ok, on est prêts à aider. »

C’est notamment grâce à l’aide de sa communauté, les Franco-Manitobains, que Rachel LeGal a atteint son objectif.

« Une de mes connaissances a donné 10 000 $. À mon âge, j’ai des amis qui vendent leur maison pour aller dans de plus petits appartements, alors on a aussi reçu beaucoup de meubles », raconte-t-elle.

« Les familles que je connais depuis des années, la communauté francophone du Manitoba, ils ont été très généreux. »

« Donc, grâce à tout ça, lorsqu’ils sont arrivés, ils ont eu un logement complètement meublé », témoigne Wisal Ibrahim.

Elle juge également important de venir en aide à sa communauté d’origine, qui est particulièrement dans le besoin depuis le début de la guerre.

Son expérience personnelle lui a permis d’acquérir une bonne compréhension des défis que traversent les nouveaux arrivants.

« Quand je suis arrivée, j’étais toute seule, et je ne pouvais pas trouver un endroit où me loger. On m’a tendu la main, il y a quelqu’un qui m’a hébergée pendant trois mois, le temps que je trouve un endroit à louer. » Aider la famille de son frère est donc un moyen pour elle de redonner l’aide qu’elle a elle-même reçue.

La route vers Notre-Dame

Ahmed Ibrahim se souvient du début de la guerre et de ses dernières semaines au Soudan.

« Il y avait beaucoup d’armes, de violence, des blessés, et beaucoup de gens sont morts. »

Père de six enfants, il a jugé que, pour lui et sa famille, la meilleure option était de fuir le pays. Il s’est donc installé en Égypte, en attendant que l’opportunité de s’établir au Canada se présente.

« Les quelques mois en Égypte, ce n’était pas trop mal, ça allait quand même mieux qu’au Soudan. Mais on ne savait pas trop ce qui allait nous arriver, et combien de temps on allait pouvoir rester là-bas. C’est quelque chose qui me préoccupait beaucoup. »

Lors de l’ouverture du programme de parrainage du gouvernement canadien, sa sœur, Wisal Ibrahim, a fait les démarches nécessaires pour qu’il puisse retrouver un refuge stable.

« Je serais toujours reconnaissant que ce pays ait donné à ma sœur l’opportunité d’aider sa famille ».

Ahmed Ibrahim et sa famille sont arrivés à Winnipeg, où ils ont pu trouver un logement bien meublé et convenablement équipé, grâce à l’aide qu’ils ont reçu.

« Rachel a beaucoup aidé ma sœur à nous accueillir, elle a toujours été présente pour s’assurer qu’on allait bien », mentionne-t-il.

« Un jour, je lui ai expliqué ce qui se passait au Soudan, ce qu’on a traversé, comment je vivais là-bas et elle a pleuré pour moi », relate Ahmed Ibrahim, ému.

« C’est pour ça que je dis souvent que Rachel, c’est comme ma mère au Canada! », dit-il en riant.

Une fois arrivé au pays, il devait rapidement se trouver un emploi pour subvenir aux besoins de sa famille.

« Même avec toute l’aide qu’on a reçu, j’ai quand même six enfants, toutes des filles, et ça prend de l’argent pour pouvoir les nourrir. »

Pendant plusieurs semaines, il faisait le tour des commerces, espérant trouver un endroit qui était prêt à l’embaucher.

« Rachel venait avec moi, elle conduisait et on allait faire le tour des ateliers à chaque deux jours pour m’aider à trouver un travail. Autour d’elle, elle disait aux gens de garder un œil ouvert et voir si une opportunité se présentait. »

Ingénieur de formation, un domaine dans lequel il œuvrait dans son pays d’origine, ses compétences ne sont pas formellement reconnues au Canada.

« J’ai travaillé pendant longtemps comme ingénieur mécanique au Soudan, c’est quelque chose que j’aimais faire mais je ne m’attendais pas à pouvoir continuer ici. »

Ça a changé lorsqu’il a rencontré Joseph Chaeban, le nouveau propriétaire de la crémerie de Notre-Dame-de-Lourdes.

« J’ai appris d’un ami qu’il avait besoin de quelqu’un pour réparer une machine. Je lui ai dit que je pouvais le faire. Il m’a vu travailler, il a aimé ce que je faisais, il m’a dit tu dois rester avec nous et il m’a proposé un travail à temps plein. »

Un refuge à Notre-Dame-de-Lourdes

Situé à 100 kilomètres au sud-ouest de Winnipeg, Notre-Dame-de-Lourdes compte environ 750 habitants.

Depuis quelques semaines, Ahmed Ibrahim y travaille dans l’usine de beurre, au centre du village.

« C’est une belle communauté, avec des belles personnes. Même si ma famille est à Winnipeg, je sens que je ne suis pas tout seul. »

C’est la première fois que Ahmed Ibrahim vit dans un milieu francophone, une expérience qu’il apprécie quotidiennement.

« J’adore être avec des francophones, c’est vraiment des gens bien. Tout le monde se salue dans la rue, les gens sont polis et accueillants. »

Cependant, cela vient également avec des sacrifices. En attendant de trouver un logement pour que le reste de la famille puisse venir s’installer à Notre-Dame-de-Lourdes, Ahmed Ibrahim doit faire le voyage entre Winnipeg et le village chaque semaine, où il est loin de sa femme et de ses enfants.

« Je pars de Winnipeg à 5 h du matin lundi, et je retourne en ville seulement pour mes cours d’anglais et pour la fin de semaine », explique-t-il.

« On continue de chercher un logement ici, mais en attendant, ma seule motivation c’est de voir que mes filles sont en sécurité et que, ici, rien ne peut leur arriver. »

Se considérant chanceux de vivre maintenant au Manitoba, Ahmed n’oublie pas le sort de ceux qui n’ont pas eu la même chance et qui sont restés au Soudan.

« La guerre continue dans quelques régions. J’ai encore de la famille au pays, ils s’en sortent mais ils ne vont pas bien, ça ne va vraiment pas bien. On pense souvent à eux. »

La maison reste à trouver, la famille à réunir. Mais pour Ahmed Ibrahim, l’avenir a désormais une adresse : Notre-Dame-de-Lourdes.

Joseph Chaeban : La solidarité en héritage

Artisan laitier de deuxième génération et fils de réfugiés, Joseph Chaeban a bâti un empire de la crème glacée primé à l’échelle canadienne.

Maintenant propriétaire de la crémerie de Notre-Dame Ltée, il profite de son succès pour redonner à sa communauté.

C’est ce qui explique sa main tendue à Ahmed, lorsqu’il lui a offert un emploi d’ingénieur à sa nouvelle usine. Avant de connaître le succès en affaires, la famille de Joseph Chaeban a toutefois connu des moments plus difficiles.

Issu d’une famille de réfugiés libanais arrivée au Canada en 1988, Joseph Chaeban profite de son succès en affaires pour avoir un impact positif.
Issu d’une famille de réfugiés libanais arrivée au Canada en 1988, Joseph Chaeban profite de son succès en affaires pour avoir un impact positif. (photo : Jaider Cabarcas)

« Mes parents ont dû quitter le Liban à cause d’une guerre civile qui a duré quinze ans. Je suis né en Allemagne, c’est là que mon père a appris la fabrication du fromage et l’art des produits laitiers. Plus tard, on est allés s’installer en Tunisie, où mon père avait une fromagerie. Et c’est en 1988, lorsque j’avais six ans, qu’on est arrivés au Canada. Mon père a tout laissé derrière pour nous donner un meilleur futur, à ma sœur et moi. »

C’est plusieurs années plus tard, en 2017, que Joseph Chaeban a ouvert sa crémerie. Dès le début, il a senti le soutien de toute une communauté.

« On a ouvert en hiver, c’était en décembre, et il y avait quand même une grande file. Les gens étaient là pour nous supporter. »

Malgré quelques mois un peu plus difficiles lors de la pandémie, la compagnie a continué à offrir plusieurs produits en prenant une place dominante sur le marché.

Une nouvelle aventure à Notre-Dame-de-lourdes

Victime de son succès, la crémerie s’est vue confrontée à un manque d’espace, ce qui a forcé la famille Chaeban à ouvrir leurs horizons.

« J’ai appris que la crémerie de Notre-Dame allait probablement fermer, et j’y ai vu une belle opportunité », explique Joseph Chaeban.

Il est donc entré en contact avec l’ancien propriétaire, qu’il connaissait bien, et ils sont rapidement arrivés à un accord.

« On peut donc utiliser l’espace tout en continuant de produire le beurre de Notre-Dame, qui a toujours été un produit de qualité, un beurre français d’une qualité exceptionnelle. »

L’usine de beurre de Notre-Dame-de-lourdes, ouverte depuis 105 ans, fait depuis longtemps la fierté du village.

Joseph Chaeban se souvient bien de l’accueil qu’il a reçu de la part des habitants de la localité franco-manitobaine, qui étaient heureux de voir que la crémerie allait éviter la fermeture.

« On y a trouvé une magnifique communauté, qui nous ont bien accueillis, nous ont fait sentir qu’on était les bienvenus dans le village. Ça nous a motivés à redonner vie à l’usine, à la développer davantage, y faire de nouveaux produits. »

C’est cette volonté de développement qui a mené au recrutement de nouveaux employés, dont Ahmed, tout juste arrivé du Soudan, à la recherche d’un emploi pour subvenir aux besoins de sa famille.

« Quand j’ai rencontré Ahmed, je ne savais pas qu’il était lui aussi un réfugié. J’ai seulement vu un ingénieur de formation qui avait besoin d’une opportunité. Donc je lui ai dit de me montrer ce qu’il savait faire, j’ai vu qu’il était très intelligent. Je lui ai dit qu’on avait besoin d’un ingénieur mécanique à Notre-Dame et il a sauté sur l’occasion, il était très excité. »

Joseph Chaeban continue vers son objectif de faire grandir l’entreprise, une façon de remercier Notre-Dame-de-Lourdes pour leur bel accueil.

« On veut vraiment faire grandir la communauté à Notre-Dame-de-Lourdes, y créer de nouveaux emplois en embauchant quatre ou cinq nouvelles personnes. J’ai toujours aimé vivre au Manitoba parce que les gens sont super accueillants, ils ont un grand cœur. C’est quelque chose que j’ai aussi vu à travers la communauté francophone de Notre-Dame. »

Redonner à la communauté qui l’a accueilli

En effet, depuis son arrivée au pays alors qu’il était un enfant, son expérience de réfugié l’a motivé à redonner.

« Lorsque mes parents sont arrivés au Canada, on a reçu beaucoup d’aide autour de nous. C’est ce qui a fait de nous des Canadiens et, maintenant, c’est à notre tour d’aider ceux qui arrivent. »

Dans son parcours d’entrepreneur, il a également retrouvé cet esprit de solidarité.

« Ce qui est beau du Manitoba, c’est que les gens qui habitent ici veulent encourager des entreprises locales. On a toujours senti ce support indéfectible, c’est ce qui nous a permis de gagner plusieurs prix. On essaie de faire notre part en offrant un produit de qualité. »

Que se passe-t-il au Soudan?

Bien qu’unique, l’histoire d’Ahmed Ibrahim et de sa famille s’inscrit dans un contexte beaucoup plus large, le conflit armé au Soudan.

C’est une guerre civile complexe, qui a éclaté en avril 2023, mais dont les racines remontent à plusieurs décennies et dont on entend que très peu parler.

La Liberté en a discuté avec Jonathan Sears, professeur agrégé de développement international et d’études politiques à l’Université mennonite canadienne, membre externe de la Chaire Raoul-Dandurand de l’Université du Québec à Montréal et spécialiste en politique comparée de l’Afrique sub-saharienne.

« Pour résumer, depuis avril 2023, il y a au Soudan une véritable guerre civile. C’est un niveau de crise humanitaire que j’ai rarement vu auparavant. C’est une situation complexe », explique le professeur Sears.

30 ans de tensions

Bien que la guerre débute en 2023, elle constitue l’aboutissement de plusieurs années de tensions.

« Pendant 30 ans, jusqu’à la révolution de 2019, le Soudan était dirigé par Omar el-Bechir, qui a établi un gouvernement militaire autoritaire. C’était un régime caractérisé par les inégalités sociales qu’il a accentuées, les élites touchaient tout, que ce soit les ressources naturelles, l’or et le pétrole, et ça créait beaucoup de misère au sein de la majorité de la population. »

Cette période est également marquée par la sécession du Soudan du Sud en 2011 et par la montée des revendications en faveur d’un régime plus démocratique.

« Il y a donc eu une révolution civile en 2019, guidée par beaucoup d’espoir, qui a provoqué la chute d’el-Bechir. Il y a eu la mise en place d’un gouvernement transitoire, en attendant d’instaurer quelque chose qui ressemblerait davantage à une démocratie. »

Du coup d’État à la guerre fratricide

Cependant, cette période de transition, entre 2019 et 2021, a tout de même été caractérisée par de fortes tensions. Selon Jonathan Sears, il y avait un fort désaccord sur les réformes de sécurité et le contrôle de l’armée, les militaires ne voulaient pas se faire commander par des civils.

« On a donc deux militaires, Abdel al-Burhan et Mohamed Dogolo, qui se fait appeler Hemedti, qui font un coup d’État en 2021 pour renverser le gouvernement provisoire, disant rejeter l’ancien régime sans toutefois être d’accord pour un avènement démocratique. »

Cependant, la situation dégénère en 2023, lorsqu’une guerre fratricide éclate entre les deux dirigeants.

« C’est un conflit pour contrôler l’État du Soudan. Présentement, les forces régulières, les forces armées soudanaises avec al-Burhan à leur tête, sont reconnues sur le plan international comme le gouvernement du Soudan, mais ils ne contrôlent pas l’ensemble du territoire. De l’autre côté, Hemedti dirige les Forces de soutien rapide, qui constitue une sorte de milice paramilitaire. Elles détiennent présentement le Sud-Ouest du territoire, à peu près jusqu’au Nil. »

De plus, les hostilités dépassent les frontières du Soudan, ce qui rend les espoirs de paix difficiles à maintenir.

« Il y a plusieurs acteurs qui ont des intérêts dans la région, affirme Jonathan Sears. Les belligérants ont donc des alliés à plus grande échelle, qui les aident à poursuivre les objectifs du conflit. Il y a des milices locales, qui n’ont pas toujours un parti pris, des anciens groupes rebelles, l’Égypte et l’Arabie-Saoudite qui soutiennent el-Bourhan et les Émirats arabes unis qui sont du côté d’Hemedti. C’est ce qui rend le conflit très compliqué et ça alimente la capacité à faire la guerre. »

Si la guerre oppose principalement deux forces militaires rivales, elle s’inscrit aussi dans un contexte plus large de tensions ethniques et régionales qui traversent le Soudan depuis plusieurs décennies, notamment dans des régions comme le Darfour.

L’impact du conflit sur les civils

Depuis, les civils souffrent d’un climat politique instable et des violences de la guerre.

« On ne parle pas seulement de la violence directe, explique Jonathan Sears, mais aussi de l’insécurité alimentaire que ça a créé, des déplacements forcés de population et de l’effondrement de l’économie. Il y a eu 12 millions de déplacés, entre 3 ou 4 millions ont dû se réfugier en dehors du Soudan. La grande majorité d’entre eux sont des femmes et des enfants. L’ONU estime que les deux tiers de la population dépendent de l’aide humanitaire pour survivre. »

Pour la suite, Jonathan Sears ne voit pas une issue à court terme.

« Même si plusieurs acteurs sont impliqués, c’est un conflit qui a quand même des racines profondes au Soudan, il s’inscrit dans une histoire de tensions ethniques et sociopolitiques qui datent de plusieurs années. Ce qui me rassure, et qui donne une lueur d’espoir, c’est qu’il commence à y avoir une compréhension sur les acteurs qui alimentent le conflit. Si on veut un jour avoir une entente, il faut au moins avoir les bonnes personnes autour de la table. »

Selon le professeur Sears, ça reste tout de même un conflit qui reste méconnu du grand public.

« C’est déjà une bonne chose d’en parler, histoire de sensibiliser la communauté internationale sur cette dure réalité. »

Pour les besoins de l’entrevue, Jonathan Sears a centré ses recherches sur les travaux d’Alex de Waal et d’Abraham Ename Minko.