Pas de manuel, pas de grammaire, pas d’examen. Débutants ou polyglottes, nouveaux arrivants ou Winnipégois de longue date, le Winnipeg Language Exchange Club réunit des gens de tous horizons autour d’une même envie : pratiquer des langues et se faire des amis.
En se promenant un samedi matin à La Fourche, il est possible de tomber sur ce club de personnes de tous âges, réunis en cercle tel un groupe de bons amis.
En tendant l’oreille, on y entend différentes langues et des accents variés.
C’est l’initiative du Winnipeg Language Exchange Club, un groupe d’échanges linguistiques qui a pour mission de réunir des personnes intéressées à pratiquer leurs habiletés en langues.
Depuis peu, Thanh Nguyen, co-fondateur du club, a pris la relève pour administrer les rencontres après le départ du précédent gestionnaire.
« Je voulais conserver un groupe qui soit un bon endroit pour la communauté, pour pratiquer des langues et pour se faire des amis en s’amusant », raconte-t-il.
Il a fait connaître l’initiative en publiant sur les réseaux sociaux, dans différents groupes tels que Francommunauté Manitoba sur Facebook.
« On a une variété de communautés ici à Winnipeg. Il y a beaucoup de francophones à Saint-Boniface, mais il y a aussi des nouveaux arrivants qui viennent des pays de l’Afrique francophone et des francophiles intéressés à pratiquer leur français. C’est un bon endroit pour se rencontrer et réseauter. »
Pratiquer en s’amusant
Pour ceux qui essaient d’apprendre le français, Thanh Nguyen y voit un bon moyen de pratiquer en s’amusant.
« On peut prendre des cours de français, mais, souvent, c’est surtout de la grammaire et de la théorie. C’est vraiment important de communiquer, d’avoir du plaisir en le faisant et de se faire des nouveaux amis avec qui on peut parler. »

C’est pertinent, selon lui, d’avoir cet espace dans une ville anglophone, surtout si l’on veut créer des occasions de parler français sans pression.
« Par exemple, moi, je travaille à Air Canada, raconte-t-il, un environnement où on peut parler en français ou en anglais. Sauf qu’au travail on doit vraiment se concentrer, et je travaille en comptabilité donc c’est plus simple de communiquer en anglais, c’est plus pratique sur le terrain. Donc ici c’est un endroit pour sortir du cadre de travail sans stress. On veut juste pratiquer le français. »
Lorsque l’ancien administrateur du groupe est parti, Thanh Nguyen y a vu une responsabilité de maintenir le club vivant.
« Je me suis senti mal pour la communauté, parce qu’il n’y avait pas vraiment d’endroits où l’on pouvait se rassembler pour pratiquer des langues. J’ai donc pris l’initiative. » Ce n’est pas seulement le français qui est au cœur des discussions.
Pour Alina Salatun, une participante du groupe, c’est son amour pour l’apprentissage des langues qui l’a motivée à rejoindre le projet.
« J’aime apprendre des langues et j’ai voulu avoir un endroit où je pouvais connecter avec des vrais gens. Aujourd’hui, avec l’intelligence artificielle, Chat GPT et tout ça, c’est facile d’apprendre, mais c’est très différent du contact réel. Quand tu es avec des gens, tu peux voir leurs émotions, leurs expressions, et voir que la langue n’est pas parfaite, ce n’est jamais une version totalement polie comme on le présente. »

Surtout intéressée à perfectionner son niveau d’espagnol, ce club lui permet également de rencontrer différents accents et des rapports différents à la langue.
« Les gens viennent de différents pays, ils parlent différemment, mais c’est ce qui rend la langue vivante. Ils échangent leurs histoires, le bagage culturel. »
Polyglotte, Alina Salatun est originaire d’Ukraine, mais elle a vécu en Chine, où elle a appris le mandarin.
Elle tient à ce que le groupe reste un endroit où se côtoient des gens de tous les niveaux.
« Que ce soit en espagnol ou en français, ça peut être difficile de trouver des gens qui ont la patience de t’aider à pratiquer. Mais ici, peu importe le niveau, on peut parler pendant une ou deux heures, de tout et de rien, s’entraider si on fait des erreurs et se corriger. »
Un vecteur d’intégration
De plus, pour plusieurs nouveaux arrivants à Winnipeg, c’est aussi un moyen de connaître des personnes dans ce nouvel environnement.
« Il y a beaucoup de gens aussi qui viennent d’autres pays, explique Alina Salatun, ce n’est pas tout le monde qui a des connexions ici, peut-être qu’ils ne connaissent personne encore à Winnipeg. C’est donc aussi un endroit pour rencontrer des gens et où l’on peut socialiser tout en pratiquant des langues. »
Habitant dans un milieu avec une forte diversité culturelle, c’est également pertinent de se rencontrer entre personnes de différents horizons.
C’est ce que pense Alina Salatun.
« Quand je suis arrivée, dans les premiers mois, je restais surtout avec d’autres Ukrainiens. C’est facile de vivre ici mais de rester dans la bulle de sa propre communauté. Mais ce genre d’activité, c’est bien car on peut rencontrer des gens différents et mieux se comprendre. C’est un club de langues, mais on parle de toutes sortes de sujets, que ce soit les vacances, la lecture, la famille, et c’est un bon moyen de se mélanger. »
Les rencontres du club linguistique ont lieu deux fois par mois, à La Fourche. Il n’y a pas d’ordre du jour strict, la discussion est ouverte et accueille tout le monde souhaitant y participer.

