À travers six épisodes et des conversations avec plusieurs parents et experts, France Adams en est venue à mieux se comprendre — et à mieux comprendre sa fille transgenre. Maintenant, elle revient sur son expérience et sur l’impact, l’importance et l’avenir du balado.
Pourquoi est-ce que tu as voulu faire ce balado?
« Le but était de briser un peu la solitude et le stigmate auxquels nous faisons face. On entend parler de l’expérience de la personne transgenre, mais c’est comme si les parents vivaient dans le silence.
« Est-ce qu’on est toujours avec notre enfant si on le verbalise? Est-ce qu’on a le droit de verbaliser ce qu’on ressent à l’intérieur? Est-ce que je suis seule à vivre ça? Tant et aussi longtemps que tu ne le verbalises pas, t’as l’impression d’être seule.
« En tant que maman d’un enfant transgenre, j’avais besoin d’aller plus loin que moi pour comprendre ce que je vivais. Il n’y avait personne que je connaissais dans la même situation que moi – et ça, je voulais trouver.
« Ça m’a donné toute une communauté. J’ai rencontré des gens extraordinaires en faisant le balado, et maintenant, je fais partie du groupe Parents Family and Friends of Transgender Individuals (PFFOTI). On vit et on partage les mêmes expériences, malgré les âges de nos enfants.
« De pouvoir partager aussi honnêtement, d’avoir un groupe de soutien, ça fait une grosse différence. C’est toujours essentiel pour le parent qui passe à travers cette expérience d’avoir un groupe de soutien de parents qui vivent la même chose. Tu ne poses pas les questions de la même façon, ou tu n’as pas besoin de justifier quoi que ce soit. On t’entend, on t’écoute et on te voit. »
Qu’est-ce que t’as appris à travers ce processus?
« Oh mon Dieu, plein de choses!
« À la source de tout ça, mes questions et mes peurs ont été assouplies. J’ai maintenant un langage que je peux utiliser et qui m’aide à vaincre ces peurs. Mes inquiétudes se sont transformées en espoir, et il y a beaucoup plus de positif à travers tout ça.
« Je trouve que ma propre relation avec ma fille, la façon dont j’interagis avec elle et la façon dont je suis avec elle, est beaucoup plus détendue. Ce balado a créé cette possibilité — celle d’être véritablement avec ma fille, d’une façon beaucoup plus saine et beaucoup plus paisible. »
Quel épisode t’a le plus marqué, et pourquoi?
« Vraiment, chaque épisode a eu son propre impact.
« Je pense à notre premier épisode ensemble ; de pouvoir parler avec une personne transgenre qui a vécu cela, mais aussi d’avoir la perspective de ta relation avec tes parents, ça m’a beaucoup aidée. Tu m’as fait comprendre, par les questions que je posais, que ce que je vis est normal.
« La deuxième, c’était avec Alba. C’est la sagesse même. C’est 20 ans et plus de conversations qu’elle a eues avec d’autres parents de personnes transgenres – c’est une mine d’or, en fait!
« Je pense qu’elle a beaucoup sur les épaules. En même temps, elle est convaincue de ce qu’elle fait, et elle va tout faire pour continuer. C’est une personne-ressource extraordinaire.
« La docteure LaJeunesse, toutes les réponses qu’elle nous a apportées au niveau médical, c’était très important. Ce qui m’a vraiment touchée dans cet épisode, c’est quand on parle du regard de l’enfant qui se sent enfin compris et peut avancer vers ce qu’il ou elle veut, on voit à chaque fois la lumière dans ses yeux.
« C’est très puissant, ce message d’espoir. Puis un médecin comme ça, on en a besoin pour continuer ce travail essentiel.
« Il y avait Becca avec son enfant, aussi. Avec elle, on a appris qu’à partir de juste trois ans, un enfant peut déjà, à sa façon, nous dire qu’il ou elle est transgenre. Cette réalisation est très grande pour moi.
« Ça m’a aussi amenée à retourner en arrière, puis à tout à coup avoir plein d’exemples de mon enfant qui se dévoilent de façon très douce. Et sans le vouloir, tu fermes la porte à ton enfant, qui apprend très jeune à l’exprimer.
« Avec Sylvie, c’était la même chose. Tout ce qu’elle a traversé dévoile une partie de nous en tant qu’être humain, et en tant que parent.
« Ça démontre jusqu’à quel point, en tant que parents, on change à travers l’expérience de notre enfant. On s’investit différemment, et c’est comme ça que je le vois aussi.
« Enfin, il y a Jansen, le seul papa qui nous a parlé, mais qui a une sagesse extraordinaire. Il a parlé de son expérience à travers sa Première Nation, donc sa perspective est aussi différente, mais en même temps, nos expériences se ressemblent toutes.
« C’est tellement riche comme conversation. Toutes les discussions ont amené quelque chose.
« Je pense aussi aux gens qui sont venus me voir après la sortie du balado, qui me disaient non seulement bravo, mais ont salué mon audace d’avoir montré et évoqué le vécu des parents.
« Tu te rends compte de l’importance. On vit tout ça silencieusement. On n’ose pas en parler parce qu’on ne sait pas où aller en parler. Mais tout à coup, t’as une ressource qui te permet non seulement de vivre ce que tu vis, mais de l’exprimer et de changer ta perspective. »
Si tu as l’occasion de réaliser une deuxième saison, la saisiras-tu?
« Bien sûr! Les conversations sont tellement riches d’expériences, et elles nous ouvrent de plus en plus. On en a souvent parlé du fait que le balado, c’est une ouverture de cœur, et la première question qu’on se pose est « qu’est-ce que tu ferais dans mes souliers? »
« On parle de compassion, on parle d’empathie et on demande aux personnes qui l’écoutent d’aller voir à l’intérieur de soi. L’écoute de l’histoire de l’autre, elle a une valeur humaine inestimable. Ça nous change complètement.
« J’espère qu’il aura une longue vie, puis qu’il y aura une saison deux, trois et à l’infini. On l’a déjà vu à travers les différentes opinions que les gens ont laissées dans le journal, les lettres des lecteurs qui ont été envoyées. Chacune des lettres nous démontre jusqu’à quel point ce balado est important. »
« Ce que je souhaite est qu’on l’écoute et qu’on le partage. C’est comme une pierre qu’on lance sur l’eau. Ça fait des ondes autour de nous. Ça a un impact.
« C’est ça la richesse des partages. Ça a le pouvoir de transformer, mais c’est toujours pour le meilleur. Je pense que c’est ça que je souhaite le plus. »
Familles en transition est disponible sur toutes les plateformes.

