Alors qu’On rit pareil! touche à sa fin, la réalisatrice du balado, Morgane Lemée, revient sur l’aventure en questions-réponses avec son animatrice, Coco Belliveau. Acadienne installée au Québec depuis dix ans, elle incarne elle-même ce pont entre les francophonies.
Quand on vous a parlé du concept d’On rit pareil!, qu’est-ce qui vous a fait dire oui tout de suite?
C’est drôle, parce que c’est le genre d’idée que j’aurais pu avoir moi-même, tellement c’est important pour moi, la langue française. Pour ma mère, c’était vraiment important. Son père était dans l’armée, ils ont beaucoup déménagé, et elle a vu ses frères et sœurs perdre leur français.
Elle est retournée au Nouveau-Brunswick parce que c’était important pour elle de ne pas perdre le français, et elle nous l’a transmis à mes sœurs et moi. Si je m’étais assise pour me demander : Quel podcast je voudrais faire en lien avec mes valeurs? Ça aurait probablement été ça.
Ça fait dix ans que vous êtes installée au Québec. Comment vivez-vous cette réalité différente?
J’ai encore mon accent. Trop fière de ça! J’ai étudié à Moncton, mais je savais que je ne pourrais pas jouer tous les soirs là-bas. À Montréal, je peux jouer en français plusieurs fois par soir si je veux. C’était vraiment ce que je voulais.
Mais je trouve qu’il y a vraiment quelque chose de beau à rester chez soi et créer pour sa communauté, et ça, je l’ai découvert à travers ce podcast. Je continue, à ma façon, de faire honneur aux gens de chez nous, montrer notre accent à la télé… Et ça me fait du bien.
Dans le balado, vous avez mentionné que, pendant vos études de théâtre, on enseignait le « français normatif »…
Oui, et je haïssais ça. Mais à l’école de l’humour, le commentaire qu’on m’a fait la première journée, c’est que je devais garder ce que j’avais d’unique. J’ai trouvé ça tellement rafraîchissant.
Ce qui m’intéresse, c’est de jouer quelqu’un avec un accent à la télé, mais sans que ce soit à propos de ça non plus. Que d’autres Acadiens voient ça et se disent : hey, le médecin a un accent comme moi.
Qu’est-ce que vous aimeriez dire aux gens qui corrigent les accents des communautés francophones minoritaires?
Quand quelqu’un me corrige, ça me frustre… Parce que ça ne serait plus moi, si on changeait ma façon de parler. Je suis capable d’écrire comme tout le monde apprend à l’école. Mais la façon dont je m’exprime, c’est tellement identitaire pour moi. Je travaille tellement fort pour préserver ce qui est unique chez moi, et pour ne pas perdre mes racines.
Donc je dirais plutôt : soyez curieux de cet accent-là, posez des questions si vous ne comprenez pas. C’est peut-être beau, ce que vous allez apprendre.
Après six épisodes, c’est quoi la chose que vous avez apprise grâce à On rit pareil?
Je ne connaissais rien sur les Territoires du Nord-Ouest. J’ai vraiment hâte d’y aller maintenant! Aussi, l’importance de l’immigration pour la survie du français. C’est une discussion que j’ai vraiment appréciée avec Eddy King, Katherine Levac et Stéphanie Morin-Robert.
Et il y a quelque chose qui est revenu tout le long : les humoristes étaient un peu unanimes sur le fait qu’ils ont eu du fun à venir jouer chez nous, en Acadie. Bon, moi, je suis un peu biaisée (rires). Mais de l’entendre des autres, ça m’a fait du bien!
Y a-t-il un conseil d’un.e invité.e qui vous a particulièrement marquée?
Mike Ward a partagé un conseil qu’Eddy King lui avait lui-même donné, et j’ai trouvé que c’était de l’or : si tu es capable de faire tes blagues devant les gens de la communauté dont tu parles, et qu’ils rient, ça veut dire que tu les as bien écrites.
Quel est votre souhait pour l’héritage d’On rit pareil?
J’espère que les gens vont être plus curieux d’aller suivre ces humoristes sur les médias sociaux.
Mais ce que j’espère vraiment, c’est qu’on puisse éventuellement créer un plus gros réseau d’humour où toutes les francophonies sont interconnectées. C’est mon rêve! Bon, je ne veux pas mettre tout ce poids-là sur le podcast non plus… (rires).
Et la grande question finalement… À votre tour! Est-ce qu’on rit pareil, Coco?
C’est drôle que personne n’ait répondu à la question de la même façon. Bien sûr qu’on rit pareil! Il y a des choses qui sont universelles.
Même quand ce n’est pas universel, on est capable de se mettre dans les souliers de l’autre. Est-ce qu’on est uniques? Oui. Mais ça nous empêche-tu de rire? Non.
Pour découvrir ou ou redécouvrir la série de Balado : sur Spotify, YouTube et Apple Podcasts.
On rit pareil!, un projet de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada et de La Liberté est disponible sur toutes les plateformes.
Regardez le dernier épisode, enregistré en direct à Ottawa devant le public pancanadien de Mobilisation Franco, disponible en vidéo sur YouTube.
