Plus tôt ce mois de juillet, 36 équipes de golfeurs se sont retrouvées sur le green pour sensibiliser pour la cause des hommes et garçons autochtones disparus et assassinés.
Un tournoi de golf à l’initiative de Corinne Chief, à travers l’organisme Makwa Andawiiwen Inc.
Ce n’est pas la première fois que Corinne Chief s’engage pour cette cause. Depuis deux ans , elle organise notamment une marche annuelle, en date du 13 mai, pour sensibiliser le public et soutenir les familles endeuillées.
Son combat commence en novembre 2021 lorsque son frère est assassiné par un groupe d’individus à Winnipeg.
« L’année suivante, j’ai réalisé que je devais faire honneur à sa disparition, qu’il fallait que je sois sa voix. »
Après 6 ans à naviguer le système judiciaire pour obtenir justice, Corinne Chief souhaite mettre son expérience au service des familles qui traversent des épreuves similaires à la sienne.
Le tournoi de golf organisé s’inscrit donc dans cette lignée en réunissant joueurs, commanditaires et partenaires autour du sport.
« Le golf est une excellente façon de rassembler les gens, de développer un réseau. Je me suis dit : pourquoi ne pas utiliser cet outil pour soutenir nos hommes et nos garçons? ».
À cette fin, les profits récoltés, dont Corrine Chief n’a pas souhaité partager le montant, financent d’ores et déjà un programme de deux semaines destiné à une dizaine d’hommes.
Ce programme nommé Stepping up for our relatives, combine préparation à l’emploi, enseignements culturels et un accompagnement personnalisé.
« Il s’agit de les aider à développer leurs compétences ainsi que de compléter leur éducation s’ils ont des lacunes en mathématiques ou en anglais. On peut aussi les orienter vers des partenaires afin de compléter leur éducation et les mener vers l’emploi. »
Des hommes aussi touchés
Au fil de son engagement auprès des familles, Corinne Chief constate que ces dernières vivent souvent seules leur deuil, que l’accompagnement n’est pas suffisant.
« Mon rôle auprès des familles est de les guider vers les ressources et les services dont elles ont besoin. Ça peut être un accompagnement culturel. Je me rends également dans des communautés partout au Manitoba pour parler de l’importance de soutenir nos hommes et nos garçons. Nous réfléchissons à ce que nous pouvons mettre en place, ce dont les communautés ont besoin. »
Mais, selon Corinne Chief, le financement fait défaut.
Si la question des femmes et filles autochtones disparues ou assassinées en est une qui bénéficie d’une visibilité bien plus importante, les hommes et les garçons demeurent largement absents des discussions.
Il ne s’agit pas ici de souligner un problème pour en discréditer un autre, ou encore de mettre deux enjeux de société en compétition. Il s’agit seulement d’un constat que tire Corinne Chief .
« Nos hommes et garçons ont aussi besoin de services, de ressources, d’espaces pour guérir. Tous les niveaux de gouvernements doivent se joindre à la lutte.
« Il faut que l’on se pose la question de savoir comment s’ assurer que nos hommes et de nos garçons accèdent à une bonne qualité de vie. »
Des statistiques publiées par Aboriginal Alert datant de 2024 indique que 1 324 cas de disparitions ont été signalés cette année-là. Les données établissent que 71 % des cas de décès concernent des hommes ou des garçons autochtones.
« Nous devons être en mesure de prendre soin de nos familles, de nos communautés et, surtout, de nous-mêmes. Et cela vaut aussi pour nos hommes. Nous voulons leur offrir un espace où ils peuvent être vulnérables, exprimer leurs émotions et amorcer leur guérison. Nous parlons aussi des dépendances, qui sont souvent liées aux traumatismes. »
Alors que les hommes autochtones sont surreprésentés dans les statistiques , pour la jeune femme, la solution passe par la prévention.
« C’est pourquoi je veux travailler non seulement auprès des familles touchées, mais aussi auprès de nos hommes et de nos garçons. Si nous investissons dans la prévention, dans la guérison et dans le soutien, nous pouvons réduire le nombre de personnes qui basculent dans la criminalité. C’est ainsi que nous pourrons, à long terme, briser ce cycle de violence. »

