Le 28 octobre prochain, les Manitobains éliront leurs représentants municipaux. Malgré leur influence directe sur les services, les infrastructures et la qualité de vie des collectivités, ces élections demeurent les moins suivies par les électeurs.

Entre manque de visibilité, enjeux parfois jugés moins attrayants et rôle méconnu des municipalités, plusieurs facteurs expliquent cette faible mobilisation.

Ces élections qui concernent et impactent directement le quotidien des citoyens, mais manquent trop souvent de visibilité et demeurent les moins suivis de toutes.

En comparaison avec les élections provinciales et fédérales, les municipales suscitent surtout moins d’intérêt de la part des administrés.

En effet, lors des dernières élections de 2022, la Ville de Winnipeg enregistrait seulement 195 530 votants, soit 37,5 % de la liste électorale.

Alors que la moyenne pour les élections provinciales et fédérales dépasse souvent les 60 %, celles des municipales reste généralement sous la barre des 50 %.

Pourtant, ce sont surtout les dirigeants municipaux qui « représentent nos résidents et nos collectivités francophones et bilingues ».

Selon Justin Johnson, chef de la direction de l’Association des municipalités bilingues du Manitoba (AMBM), les élus municipaux incarnent « l’ordre du gouvernement de proximité ».

Les élections municipales sont celles qui ont finalement le plus d’incidences sur les résidents, sur leur vie de tous les jours.

C’est à ce niveau que l’on « adresse les enjeux du quotidien. D’où son importance pour améliorer la qualité de vie, les services essentiels et les infrastructures qui rendent nos communautés plus fortes et prospères. »

Christopher Adams, professeur associé d’études politiques à l’Université du Manitoba, liste plusieurs facteurs derrière ce désintérêt.

Peut-être d’abord, une certaine incompréhension du rôle exact des municipalités mais plus simplement, les sujets abordés, parfois plus techniques et moins captivants.

Christopher Adams
Christopher Adams, professeur adjoint en études politiques à l’Université du Manitoba. (photo : Marta Guerrero)

« On parle de taxes foncières, d’égouts, d’infrastructures. Ce sont des sujets qui palissent un peu face aux affaires étrangères, le commerce international ou les grands dossiers que l’on voit au provincial et au fédéral. »

Pourtant, ce sont des questions essentielles dans le cadre du développement des collectivités rurales, en partie celles qui touchent à la gestion des eaux usées et de l’eau potable. À cela s’ajoute l’absence de partis politiques municipaux.

« Les électeurs votent souvent en fonction du parti, du chef et du candidat local. À l’échelle municipale, ces repères n’existent pas. »

Les campagnes elles-mêmes ont une ampleur différente et par conséquent, bénéficient généralement d’une couverture médiatique plus discrète.

Toutefois, le professeur associé corrobore les propos de Justin Johnson.

Même si les enjeux sont différents, les élections municipales n’en demeurent pas moins importantes.

« Si vous crevez un pneu dans un nid-de-poule en allant au travail, illustre-t-il, c’est de la politique municipale. Si l’eau de votre quartier devient brune, ou si vous faites appel à la police, tout cela relève de la politique municipale. »

Alors bien sûr, pour de nombreux enjeux, les différents niveaux de gouvernement doivent collaborer, mais les problématiques liées à l’itinérance, la sécurité publique ou encore la criminalité relèvent également du niveau municipal.

Et si ces enjeux-là concernent principalement les grands centres urbains, les municipalités rurales et leurs conseillers aussi, tiennent leurs lots de responsabilités.

Des responsabilités qui couvrent un large panel d’enjeux et de problématiques, et dans le cas des municipalités bilingues, la proximité implique une dimension supplémentaire, celle des responsabilités linguistiques.

Justin Johnson rappelle que les municipalités bilingues du Manitoba ont adoptés « à l’unanimité », au cours du dernier cycle électoral, le cadre réglementaire du modèle de maturité municipale, le 3M.

Un engagement réglementaire grâce auquel, « nous sommes en mesure de soutenir davantage une prestation de services municipaux dans les deux langues officielles et une meilleure qualité de vie. »

Initiative de journalisme local