“Ligne dure”

L’ancien banquier central a reçu depuis vendredi soir le soutien unanime de la classe politique canadienne, le chef de l’opposition conservatrice, Pierre Poilievre, appelant les Canadiens à “rester unis pour défendre notre pays contre ces attaques injustes”.

Pour le quotidien Globe and Mail, “Mark Carney a suivi au final le signal envoyé par l’opinion publique canadienne plutôt que de mordre à l’hameçon tendu par le président américain”.

Un sondage publié en début de semaine révélait en effet que 56 % des habitants du pays étaient favorables à “une ligne dure” et à la fin des “concessions” face à Washington.

Depuis le retour à la Maison Blanche de Donald Trump en janvier 2025, le Canada est en première ligne de la guerre commerciale lancée par le président américain qui ne cesse de dire qu’il veut faire de son voisin le “51e Etat” américain.

Une rhétorique très mal vécue dans le pays, où la plupart des provinces, qui disposent d’un monopole sur la vente d’alcool, ont retiré des étals les vins et spiritueux américains.

Dans ce contexte, le Premier ministre a reçu ces derniers mois des appels à se servir de l’énergie comme moyen de pression contre les Etats-Unis, ce qu’il a refusé de faire jusqu’ici.

“Je ne pense pas qu’ils souhaitent que nous arrêtions de leur envoyer cette énergie”, s’est-il toutefois interrogé, de manière sybilline, samedi, alors que le pétrole canadien, issu des sables bitumineux de la province de l’Alberta, représente près de 60 % des importations américaines de pétrole brut.

– Coût économique “réel” –

Les Etats-Unis restent, de très loin, le premier partenaire commercial du Canada, les exportations canadiennes vers ce pays représentant actuellement autour de 70 % du total. Et les surtaxes américaines ont déjà eu un lourd impact sur des secteurs stratégiques comme l’acier ou l’automobile.

Tenir tête à Donald Trump n’est donc pas sans risques pour Mark Carney qui veut croire que sa stratégie de diversification des partenariats commerciaux permettra au Canada de s’affranchir de sa dépendance à l’égard de son voisin.

Si les nouvelles surtaxes américaines ne touchent que 5 % des exportations canadiennes vers les Etats-Unis, “le coût économique de la hausse” des droits de douane “est réel” et se fera sentir en particulier au Québec ou en Ontario, moteurs économiques du pays, estiment les analystes de la banque RBC.

Et au-delà de cet impact immédiat, “l’imprévisibilité” de la politique de l’administration Trump à l’égard du Canada “pèse sur la confiance des entreprises dans l’ensemble des secteurs exposés au commerce international, pas seulement dans ceux directement visés par les droits de douane”, ajoutent-ils.

Trevor Tombe, professeur d’économie à l’université de Calgary, chiffre lui, sur son compte X, à 90 000 postes la destruction d’emplois liée à ces surtaxes américaines de 50 %.

mg/sst