Par Raymond CLÉMENT
Souvent je me sens interpelé par ce que j’entends à la radio ou par ce que je lis dans les journaux. Ce besoin de réagir, grâce à La Liberté, j’ai le privilège de pouvoir l’exprimer publiquement depuis maintenant dix ans.
Dernièrement, certaines voix politiques affirment que l’économie canadienne est « brisée ». Il serait plus juste de dire qu’elle ne s’accroît plus aussi vite que dans le passé et que, effectivement, elle connaît un ralentissement depuis la crise financière de 2008/09.
Voici un petit rappel de l’état des lieux des quatre principaux thèmes qui sont à la source de mes réflexions, ou plus exactement de mes préoccupations de citoyen et d’économiste de formation.
1. L’économie, la mère de toutes les batailles
Bien que les exportations aient augmenté depuis les ententes de libre-échange, les importations ont augmenté davantage, produisant ainsi un déficit commercial. Autrement dit : si on importe plus qu’on exporte, ça signifie qu’on consomme plus qu’on ne produit.
La croissance économique et la création d’emplois sont aussi affectées par le ralentissement des investissements (malgré des baisses enregistrées dans les taux d’intérêt et les impôts), ainsi que par la baisse de la contribution des dépenses gouvernementales au PIB canadien depuis 2010.
2. L’énergie, pour bien cerner la situation
Depuis une dizaine d’années, on observe que la demande énergétique nationale plafonne. Nos voitures et nos logements sont devenus beaucoup moins énergivores. Notre production énergétique est axée sur l’exportation : 70 % du pétrole, 45 % du gaz naturel et 10 % de l’électricité.
Aujourd’hui le Canada se voit obligé de choisir entre un pipeline qui acheminerait son « or » vers la Colombie-Britannique ou vers le marché américain. Le Canada veut électrifier davantage ses secteurs résidentiel, industriel et son transport. Autant de beaux projets que le pays est prêt à mettre sur pied. Mais où sont les initiatives pour augmenter la demande? En plus, le Canada doit jongler avec les conséquences du changement climatique : la sécheresse récurrente et les feux de forêts.
3. Hydro Manitoba, toujours face au mur du réel
Hydro Manitoba est à la recherche d’un troisième PDG en trois ans. Depuis ma retraite de la Société de la Couronne, je cherche à mieux comprendre l’évolution de l’entreprise en examinant les recettes et les dépenses ainsi que la dette. Le constat reste impitoyable : la demande domestique et les exportations plafonnent, tandis que les coûts (d’opération, dépréciation de l’infrastructure, salaires, intérêt sur la dette) et la dette même augmentent plus vite que les recettes. Pire : l’infrastructure vieillissante nécessite une dette additionnelle de 30 milliards de dollars.
4. La démographie, le révélateur sans concession
Je réfléchis beaucoup sur la démographie. La chute de la natalité a contribué au vieillissement de notre population. Ce déclin est un sérieux problème et les réponses se font rares. On est passé du temps des baby-boomers, lorsque la moyenne d’enfants par femme était de 3,7 en 1957-58 à 1,5 enfant par femme en 2025. Avec de pareilles données, le constat s’avère aussi sans appel : impossible de soutenir et de rajeunir la population. Afin de remédier à ce problème, on s’est tourné vers l’immigration. Avec un succès très relatif. En effet, la population ne s’est pas rajeunie, puisque l’âge moyen est passé de 26 ans en 1971 à 41 ans en 2026.
Qui veut voir le verre à moitié plein?
Dix de chroniques dans La Liberté m’ont souvent obligé à faire des rappels cruels : le Canada est très riche en matières premières, mais il fait face à d’énormes défis. Sa croissance économique diminue, la demande énergétique plafonne et sa population est franchement en train de vieillir. Devant ces réalités, notre Premier ministre canadien nous propose trois grands projets : un pipeline, un corridor énergétique transcanadien et un chemin de fer à haute vitesse entre Québec et Windsor. L’ambition, si louable soit elle, est-elle vraiment à la hauteur de nos défis?




