Du 14 au 24 octobre, le Théâtre Cercle Molière présente Les Fourberies de Scapin.
Cette production, mise en scène par Marie-Ève Fontaine, présente le texte comique reconnu d’une manière qui résonnera auprès du public moderne, en transposant les mésaventures du récit sur un parcours de minigolf.
Pour lancer sa première saison suivant les célébrations de son centenaire, le Théâtre Cercle Molière (TCM) souhaite proposer à son public une pièce classique de Molière.
Les Fourberies de Scapin inaugure la 101e saison du TCM.
Cette satire sociale raconte l’histoire de Léandre, un jeune homme issu d’une famille noble et aisée qui souhaite devenir comédien tout en entretenant une relation amoureuse avec sa collègue Zerbinette, dont il est tombé amoureux.
Mais, comme le veut la tradition dramatique, ce rêve ne se réalisera pas facilement : en effet, il doit se préparer à reprendre l’entreprise familiale de son père, Géronte, et rien ne semble pouvoir faire changer d’avis le patriarche.
Finalement, c’est à Scapin, qui travaille pour son père, qu’il revient d’employer ses fameuses ruses pour faire changer d’avis Géronte, afin que son fils puisse se lancer dans l’avenir de ses rêves.
« C’est vraiment une pièce où les dynamiques comiques sont de grande qualité, qui permet de faire un show qui est très drôle », partage Marie-Ève Fontaine, codirectrice générale et directrice artistique du TCM, ainsi que la metteuse en scène du spectacle.
Elle confie également avoir voulu monter une pièce de Molière pour sa première mise en scène en tant que directrice artistique, notamment en raison du nom du théâtre et de l’impact des œuvres du dramaturge sur le théâtre francophone.
À ses yeux, Les Fourberies de Scapin s’imposait comme une évidence, notamment grâce à sa portée sociale et à son humour.
« Je trouve ça important que tous francophones aient une idée de qui est Molière, parce que c’est tellement une référence importante pour la langue française. »
Les changements principaux
Pour ceux et celles qui connaissent bien le texte original, cependant, c’est sûr qu’il y a certains éléments manquants ou modifiés dans le résumé précédent.
En fait, Marie-Ève Fontaine affirme qu’il ne s’agit pas d’une présentation conventionnelle de la pièce, telle que le public l’a vue en 1956 lors de sa précédente mise en scène, plus traditionnelle, par Pauline Boutal.
Sa version présente plutôt une adaptation qui transpose les évènements et les per- sonnages dans un contexte contemporain.
Adaptée par le dramaturge Sylvain Sabatié de la troupe québécoise Le Fâcheux Théâtre, cette version réinvente Géronte, interprété par Yvan Lécuyer, comme le PDG d’une grande entreprise au lieu du père autoritaire et fortuné du texte original, qui entend décider du mariage de son fils.
De plus, le personnage de Scapin, interprété dans ce montage par Ava Darrach-Gagnon, est un employé de Géronte qui travaille en tant que caddie, et n’est pas le valet de Léandre.
Quant au genre du personnage, qui est un homme dans le texte original, Marie-Ève Fontaine ajoute : « Dans l’histoire, le genre de ce personnage n’a pas vraiment d’importance. Alors quand j’ai fait les auditions, j’étais ouverte à ce que ce soit la meilleure personne, peu importe le genre, qui prenne ce rôle. »
Louise Deniset joue également le personnage de Silvestre, une autre employée et caddie de Géronte qui était un valet dans le texte original.
Enfin, Léandre, interprété par Jack Maier, s’agit d’un mélange de deux personnages du texte, puisque le personnage d’Octave n’existe pas dans cette version.
Marie-Ève Fontaine explique que, en plus d’être plus faisable en termes des finances, ces changements existent dans le texte adapté.
« C’est un peu le but du Fâcheux Théâtre, de démocratiser le théâtre. Ça ressemble à ce que je veux faire avec cette pièce, et en fait avec le TCM aussi. Je veux que les gens se reconnaissent quand ils la regardent », explique-t-elle.
Molière rencontre la culture pop
Mais le changement le plus marquant réside peut-être dans le cadre de l’histoire : un terrain de minigolf à Winnipeg, ce qui invite non seulement les interprètes à jouer avec de nouvelles formes de comédie physique, mais permet aussi à Marie-Ève Fontaine et à son équipe d’injecter des sensibilités et des références franco-manitobaines.
La Fourche, la communauté islandaise de Gimli et le fait indéniable que la communauté francophone du Manitoba est minoritaire, sont autant d’éléments qui font l’objet de plaisanteries, chacun à sa manière.
Elle explique que la raison pour laquelle elle a choisi de situer la pièce sur un terrain de minigolf est elle-même une référence à la culture populaire : il s’agit de se moquer de l’image des PDG faisant leurs affaires professionnelles en jouant au golf.
« Il y a Mar-A-Lago qui est vraiment dans le vocabulaire commun de pop culture en ce moment, ce qui m’a fait penser à cette image. Mais un terrain de golf, on ne peut pas le faire sur une scène de théâtre, alors on a dit : c’est encore plus drôle si un PDG de compagnie se prend vraiment au sérieux au mini-golf au lieu. »
Toutes ces références, elle le confie, existent dans le but de mettre l’accent sur les thèmes du classisme et sur la traditionnelle opposition entre « pauvres et riches » qui sont au cœur du texte de Molière.
« Le thème est encore vraiment pertinent aujourd’hui. Mais moi, ce que j’aime, c’est que même si le thème est une critique sociale et c’est sérieux, la pièce est super le fun », explique la metteuse en scène.
Redonner au théâtre son côté ludique
Selon la metteuse en scène, plusieurs éléments garantissent déjà l’humour de la pièce.
Alors que les répétitions ont commencé en septembre, elle se réjouit de la distribution, qui réunit aussi bien des vétérans que de nouveaux venus au TCM.
Elle met l’accent sur la langue de Molière présente dans le texte, qu’elle décrit comme ayant son propre rythme poétique dans son interprétation, et partage également son amour pour ses insultes et ses remarques tranchantes, qu’elle appelle « un petit enrichissement de vocabulaire » pour la distribution.
Quant aux réactions du public, elle se dit très impatiente de partager la scénographie avec les spectateurs et spectatrices, créée par Sol Desharnais et Sabba Rezaï.
Elle célèbre également le fait que la pièce sera présentée en scène bifrontale – c’est-à-dire qu’il y aura du public des deux côtés de la salle, tandis que les comédiens joueront au milieu, ce qui « les force à être très actifs » dans leurs interprétations.
« Je pense que les gens vont être vraiment charmés et enthousiastes de ce nouvel élan d’énergie qu’on lance avec cette pièce pour le TCM dans les prochaines années, surtout pour cette saison. »
Les Fourberies de Scapin sera présenté du 14 au 24 octobre au Théâtre Cercle Molière.
Un bord de scène suivra la présentation le 15 octobre, en présence de l’équipe, de la distribution et de Sylvain Sabatié, le dramaturge de l’adaptation.
Sylvain Sabatié sera également l’animateur d’un atelier d’adaptation théâtrale pour la communauté le 17 octobre.



