Le 28 octobre 2026, Winnipeg connaîtra son nouveau maire. La communauté 2SLGBTQ+ (bispirituel, lesbienne, gay, bisexuel·le, transgenre, queer et plus) espère vivre dans un espace sécuritaire pendant ce futur mandat.
Winnipeg est à l’avant-garde pour les droits 2SLGBTQ+.
En 1974, c’est dans une église de la capitale manitobaine que le premier couple gay du pays a été marié, soit 30 ans avant la légalisation du mariage pour tous dans la province.
Mais Winnipeg restera-t-elle une ville sûre, après les élections municipales du 28 octobre 2026?
Et plus précisément, parmi les 12 prétendants à la mairie de Winnipeg, une fois élu, quel sera celui ou celle qui s’impliquera le plus pour la communauté 2SLGBTQ+?
C’est cette dernière question que s’est posée le Rainbow Resource Centre, institution de référence œuvrant pour le bien-être de la communauté.
Ils ont alors élaboré une série de questions à poser aux candidats. Le questionnaire leur a été envoyé le 1er octobre et s’est clôturé le 13.
« Nous nous sommes engagés à partager ces réponses avec la communauté afin qu’elle soit mieux informée et qu’elle puisse prendre de meilleures décisions sur les personnes pour qui elle pourrait, ou non, vouloir voter », contextualise Chris Turyk, directeur de la collaboration et du changement des systèmes à Rainbow.
Les résultats ont été publiés sur le site Web de Rainbow le 16 octobre.
Verdict : Mazher Alam, Johnny Calderon, Kevin Klein, Don Woodstock et le maire sortant Scott Gillingham n’ont pas rendu leur copie à temps. Brad Gross, lui, s’est contenté d’un « Tout le monde doit avoir le même respect et ne pas avoir peur de vivre ici ».
Pas de quoi ravir Shane Thevenot, gestionnaire de programme des communications et de l’engagement : « Le sentiment que ça donne, c’est un manque de connaissance de l’importance des personnes queer à Winnipeg et peut-être un manque d’attention à notre égard. »
Alors, que retirer des réponses argumentées des six candidats sur douze ayant répondu?
Il y a également des réponses « dépassées », « ignorantes », « sous-informées », voire « blessantes », déplore-t-elle.
Est notamment concerné le candidat Joshua Pagdato, ayant répondu : « J’en apprendrais plus sur cette communauté. Parce que je ne sais pas ce que signifient ces lettres. Je m’excuse. Je suis juste honnête. »
Agacé, Shane Thevenot lui répond : « J’ai l’impression que c’est quelque chose que tu devrais savoir avant de répondre à un questionnaire public. Pour moi, ça montre également un manque de respect. »
À l’opposé, d’autres semblent plus à l’écoute de la communauté.
« Mon approche sera fondée sur le principe selon lequel “rien de ce qui nous concerne ne doit se faire sans nous” », déclare Umar Hayat, à la question sur les déterminants sociaux de la santé des personnes bispirituelles.
Sur l’amélioration des liens entre les Winnipégois 2SLGBTQ+ et la population non-2SGBTQ+, Mike Vogiatzakis propose : « Je prendrais aussi le temps de rencontrer moi-même des résidents 2SLGBTQ+. »
À propos de la sécurisation d’évènements queers sur la voie publique, Noah Redden admet : « Je reconnais que la communauté 2SLGBTQ+ a été historiquement maltraitée par les services de police. Dans ce contexte, je suis prêt à demander aux services de police d’assurer la protection des événements 2SLGBTQ+ si la communauté en fait la demande et y consent. »
Interpellée sur la hausse de 154 % des crimes de haine à Winnipeg entre 2024 et 2025, la candidate Tracey Drexler expose : « Je rendrai obligatoire une formation sur la diversité et l’empathie, animée par des acteurs de la communauté, pour tous les employés municipaux, y compris les intervenants de première ligne des services d’urgence. »
Ces réponses argumentées, Rainbow ne souhaite pas les commenter davantage et préfère s’arrêter à ce travail de collecte.
C’est encore un peu tôt pour dire si ce questionnaire est une réussite.
Selon eux, cela dépendra des réactions de la communauté et des médias.
« Mais j’aurais espéré que plus de candidats nous aient envoyé leurs réponses », confie la gestionnaire de programme des communications.
À ses côtés, Eric Plamondon, directeur des programmes, des espaces et des services, ajoute : « L’initiative qu’on fait avec ce questionnaire, c’est aussi un élan de responsabilités qu’on assume à Rainbow. »
Parce que tout ne se joue pas à l’échelle municipale, cet élan se retrouve dans leur engagement au niveau fédéral.
Un plan fédéral crucial
La semaine précédente, le 6 octobre, on retrouvait Rainbow sur la Colline du Parlement à Ottawa pour une journée de sensibilisation.
45 organisations y étaient présentes afin de plaider pour la reconduction du plan d’action pour la communauté 2SLGBTQ+.
100 millions $ sur cinq ans étaient jusqu’alors distribués aux organisations à travers le pays.
« Ce programme doit expirer en mars 2027 et le gouvernement actuel n’a pour l’instant donné aucune indication quant à un éventuel renouvellement de ce financement », explique Chris Turyk de Rainbow.
Il alerte : « S’il disparaissait, bon nombre de ces organisations ne seraient plus en mesure d’offrir les services qu’elles offrent actuellement. Rainbow offre des services de soutien psychologique à court terme, ce qui soulage les autres services de santé relevant de différents ministères et domaines de compétence. Donc, en finançant des organismes comme le nôtre pour qu’ils offrent ce genre de services, nous diminuons la pression sur d’autres secteurs. »
En plus du renouvellement, ils réclament que ce plan soit augmenté de 350 millions $ supplémentaires.
De quoi faire face aux 2SLGBTQ+phobies, encore bien présentes en 2026.
Un combat permanent
Rainbow est le centre communautaire queer et trans le plus ancien et le plus pérenne du Canada.
Malgré la cinquantaine d’années de combat pour leurs droits, afin que les discriminations disparaissent, il reste encore beaucoup de travail à faire.
Max Harley, responsable du programme d’apprentissage et de changement à Rainbow, analyse : « J’ai l’impression que ça avance lentement et qu’il y a eu des moments de contrecoup. Dans l’ensemble, tant sur le plan juridique que sur le plan communautaire, on constate des progrès. Mais il existe encore des cas de discrimination. En 2023, il y a eu en septembre la “1 Million March 4 Children” [une manifestation contre certaines politiques sur l’identité de genre et l’éducation sexuelle dans les écoles], qui était en quelque sorte une réitération d’idées anciennes déjà exprimées par le passé. […] Dans le milieu de la santé, les personnes queer ont encore du mal à être considérées comme des personnes à part entière, plutôt que comme des personnes queer avant tout. »
Et dans la vie de tous les jours, les membres de la communauté queer font encore face aux microagressions.
Qu’est-ce qu’une microagression?
Les microagressions désignent un comportement ou un propos banalisé exprimé envers une personne issue d’une communauté marginalisée et qui est perçu comme dénigrant par celle-ci.
Concernant la communauté 2SLGBTQ+, on parle d’hétéronormativité supposée, de l’évitement et la mise à l’écart après avoir appris l’orientation sexuelle d’une personne, de la révélation de l’orientation sexuelle d’une personne sans son consentement ou encore de stéréotypes.
« L’hétéronormativité existe depuis longtemps, j’ai vécu tout ça dans la vingtaine, à l’université. Ça existait déjà, mais on n’avait pas de nom dessus », rapporte Jeremy Dias, activiste des droits 2SLGBTQ+ de premier plan, ayant mené à Winnipeg la première conférence des Alliances gay-lesbiennes pour les jeunes du secondaire.
À l’origine de la Journée Rose internationale et du Centre canadien de la diversité des genres et de la sexualité, il explique que mettre des mots sur ces comportements oppressifs est bénéfique : « Ça aide à mieux comprendre les actions qui créent et promeuvent l’exclusion. »
Une nouvelle utilisation du langage pour supporter l’inclusion d’une communauté minoritaire.



