La 36e édition de la Ligue d’improvisation du Manitoba a débuté au début du mois. Un match d’ouverture déchaîné, arbitré par Arielle Morier-Roy. Mais comment faire respecter les règles dans un tel chaos?

« Malheureusement, on doit accueillir une dernière personne… », annoncent les maîtres de cérémonie, dépités.

La salle soupire. Les huées retentissent lorsque, chandail à rayures et large sourire, Arielle entre en scène.

L’ambiance est électrique, vendredi 9 octobre 2026, dans le Centre culturel franco-manitobain de Winnipeg.

Pourtant, le sourire d’Arielle ne retombe pas.

Au contraire, l’arbitre répond aux provocations du public et présente les « piteux joueurs » de l’équipe Bleue et de l’équipe Jaune.

Alors les « bouh » reprennent de plus belle. Journaliste fraîchement débarqué de France, je suis en train de vivre le fameux «  choc culturel ».

« Les gens qui n’ont jamais vu d’impro, ça va peut-être les choquer, sourit Arielle Morier-Roy. Mais ça fait partie du jeu, ça fait partie de l’ambiance que ça crée. »

Qui de mieux qu’elle pour nous faire découvrir les coulisses fantaisistes du monde des matchs d’impro?

Arbitre de la Ligue d’improvisation du Manitoba (LIM) depuis 2019 et sur scène en tant que compétitrice depuis une quinzaine d’années, cet art n’a plus de secret pour elle.

Désagréable et autoritaire

La LIM est un microcosme où chaque bénévole a son importance. Mais sur scène, les arbitres détonnent par leur personnalité.

« Quand je rentre en tant qu’arbitre, je ne suis pas juste moi, Arielle, je suis mon personnage d’arbitre, confie-t-elle. Et tous les arbitres vont être différents. »

Devant le micro, Arielle est désagréable et très autoritaire : « Si la foule me donne des “bouh”, je ne prends pas ça personnellement, je les recherche même. Je suis toujours en train de découvrir ce personnage-là et j’espère le développer encore cette saison. »

Ce mélange d’hostilité et de complicité avec le public est hilarant. Son jeu est primordial. Comme au théâtre, son rôle d’antagoniste est de pousser les joueurs à se dépasser.

L’une des scènes les plus hilarantes de la soirée, lorsqu’Arielleinvective le public.
L’une des scènes les plus hilarantes de la soirée, lorsqu’Arielle invective le public. (photo : Florent Arnold)

Maître du jeu

Impossible de dissocier l’image de l’arbitre de l’aspect sportif.

À la LIM, cette autorité est équipée d’un sifflet, d’un chandail rayé noir et blanc et fait un pile ou face avec une rondelle de hockey pour décider qui commence.

À ses côtés, deux équipes affublées de jerseys se tiennent dans une arène en forme de patinoire.

Plus qu’une sportivisation du jeu théâtral, c’est une véritable parodie assumée du hockey sur glace.

Alors comme les arbitres sportifs, Arielle distribue les bons et mauvais points.

Elle inflige des pénalités lorsque les thèmes ou le nombre de joueurs ne sont pas respectés.

Le public a le dernier mot et vote en brandissant un carton de la couleur de son équipe préférée.

Arielle se définit comme « une banque d’idées ».

C’est elle qui dicte les thèmes farfelus, comme « Conflit avec une bernache  » ou « Rencontre douteuse à la piscine du motel », ou impose une scène dramatique.

Un rôle qui la réjouit : « Je trouve ça fascinant l’idée de planifier un jeu, d’inventer des thèmes, de donner des défis aux joueurs… pour voir quelles sortes de magies ils vont créer avec ça. »

Ambassadrice de la langue française

Il suffit d’assister à un seul de leurs matchs pour se rendre compte de la richesse de la francophonie.

« Quand on vient à la LIM, on va entendre toutes les différentes saveurs de langue. Des joueurs qui ont le français en deuxième langue, d’autres qui ont des accents de différentes parties de la province, du pays, du monde. »

Si pratiquer l’impro à la LIM peut être un formidable moyen de s’épanouir dans sa francophonie, il faut quand même avoir certaines connaissances.

« On est une ligue d’improvisation en français, donc la langue est à la base de ce que l’on fait », rappelle Arielle.

Mais elle rassure : « Je connais des gens qui sont venus voir un match d’impro en ne comprenant qu’un petit peu le français, tu peux certainement t’amuser. Les gens qui viennent à l’impro ont tendance à venir plus qu’une fois, alors tu finis par rencontrer des gens. Dans ce sens-là, ça crée une communauté. »

Une communauté soudée à travers des rires communicatifs, des situations absurdes et des après-soirées karaoké.

De quoi mener n’importe qui à passer une bonne soirée.