Originaire des Philippines, à 17 ans, l’élève d’immersion de la Division scolaire de Winnipeg, raconte un parcours marqué par l’immigration, la découverte d’un Canada bilingue, et une confiance linguistique bâtie dans la pratique, entre l’école, les voyages et la communauté.
« Une de mes artistes préférées c’est Françoise Hardy. Le premier bonheur du jour, c’est une de mes chansons préférées. »
Béa Garcia est née aux Philippines et a immigré au Manitoba à l’âge de 4 ans.
« Mes parents disaient que le Canada était un pays bilingue. Alors, j’avais besoin d’apprendre les deux, l’anglais et le français », explique-t-elle.
À son arrivée, Béa Garcia ne parlait pas l’anglais, et bien que très jeune alors, elle se souvient avoir été « tellement nerveuse ».
Pour cette adolescente, l’immersion a joué un rôle rassurant, car pour elle c’est comme avoir « tout le monde dans le même bateau », dit-elle, parce que les élèves apprenaient eux aussi une nouvelle langue.
À la maison, elle alterne surtout entre l’anglais et le tagalog, sa langue maternelle.
Le français, elle l’a appris à l’école, d’abord à l’École Sacré-Cœur, puis au secondaire à Kelvin High School, et aujourd’hui, elle parle trois langues.
Et si elle ne se définit pas comme francophone ou franco-manitobaine, elle assume davantage l’étiquette de bilingue.
Le déclic
Son rapport au français s’est largement transformé l’été dernier, alors qu’elle participait au programme Explore du programme des langues officielles.
« J’ai fait le programme d’Explore. J’étais là pour deux mois. J’étais à Montréal, ensuite la ville de Québec et ensuite une petite ville appelée la Pocatière. »
Avant ce voyage, Béa Garcia admet avoir déjà pensé à arrêter le français, car elle pensait aux études universitaires et elle pensait avoir aussi besoin de vocabulaire et de cours d’anglais.
« Je pense qu’ici l’immersion c’est plutôt pour apprendre les verbes et les choses comme ça, la grammaire. Et au Québec ils nous poussaient à parler en français, de vraiment parler à des personnes en français. »
Là-bas, pour elle le français n’était plus seulement une matière scolaire, mais il était vécu par le biais d’expériences.
L’immersion physique, là où le français est la langue majoritaire, a bousculé sa logique : « Après mes deux mois au Québec, je pense que c’est là que je suis tombée en amour avec la langue », lance-t-elle.
Une langue vivante
Pour Béa Garcia, les avantages du français sont réels, car avec cette langue dit-elle, « c’est plus facile de connecter avec les communautés manitobaines », que ce soit dans des milieux francophones ou plus tard, dans la vie professionnelle.
L’adolescente fait aussi remarquer que le français l’aide dans certaines matières scolaires, par exemple dans « le vocabulaire des sciences, le français est très connecté avec le latin », explique Béa Garcia.
Ainsi, pour elle, comprendre les racines des mots rend parfois certaines notions scientifiques plus faciles à saisir : « Comme dans le tableau périodique, l’or c’est AU. Là, en français ça fait plus de sens, c’est pas gold », illustre-t-elle, en référence au symbole AU provenant du latin aurum, proche du mot français or.
La jeune fille dit aussi pratiquer le français entre amis, parfois pour des raisons qui semblent très adolescentes.
« Quand nous sommes avec nos parents, et s’il y a des choses que nous ne voulons pas que nos parents sachent, nous parlons en français », raconte-t-elle en riant.
Contrairement à d’autres jeunes qui hésitent parfois à parler le français par peur de se tromper, Béa Garcia se dit à l’aise.
« Je me sens à l’aise en français, je pense que c’est parce que j’ai passé beaucoup de temps à parler français. »
Un bilinguisme, à renforcer
Plusieurs de ses amis ont quitté l’immersion car pour certains, « ça vaut pas la peine d’apprendre le français » raconte Béa Garcia.
Pour autant, elle considère que le français reste important car il y a ici une grande histoire et culture francophone, elle cite notamment Saint-Boniface et le Festival du Voyageur.
« C’est très important de savoir que Winnipeg n’est pas la seule ville francophone au Manitoba. Il y a par exemple beaucoup de lieux francophones comme La Broquerie ou Saint-Malo.
« Je suis allée à l’église de Saint-Malo et j’étais capable de communiquer avec les locaux. »
Interrogée sur l’idée d’un Manitoba réellement bilingue, elle répond sans hésiter : « Honnêtement, oui ».
Toutefois, l’accès à l’information et aux activités en français demeure un enjeu, elle aimerait que l’information circule mieux, surtout via les réseaux sociaux, qu’elle identifie comme sa principale source vers l’actualité.
À l’approche de la fin de l’année scolaire, Béa Garcia réfléchit à son avenir, elle envisage de poursuivre ses études en français.
« Une de mes options pour l’université, c’est l’Université de Saint-Boniface ».
Pour elle, l’objectif professionnel est déjà clair : « Je voudrais devenir infirmière, peut-être même à l’Hôpital de Saint-Boniface », conclut Béa Garcia.


