Par Michel LAGACÉ
Dans un contexte d’incertitude mondiale et de la menace d’inflation due principalement à la guerre au Moyen-Orient, le ministre des Finances du Canada, François-Philippe Champagne, vient de déposer sa mise à jour économique. Il a annoncé que le déficit pour l’année terminée le 31 mars était de 66,9 milliards $ au lieu des 78,3 milliards $ prévus lors du dernier budget déposé le 4 novembre dernier. En même temps, il projette des dépenses additionnelles de 32,6 milliards $ au cours des cinq prochaines années.
Une bonne partie des dépenses additionnelles reflète des annonces déjà faites, comme la réduction de la taxe sur l’essence et l’Allocation canadienne pour l’épicerie et les besoins essentiels grâce à laquelle, à compter de juin, plus de 12 millions de Canadiens recevront jusqu’à 1 890 $ cette année pour une famille de quatre. Le gouvernement annonce aussi un nouveau programme pour recruter, former et embaucher de 80 000 à 100 000 nouveaux travailleurs des métiers désignés Sceau rouge d’ici 2030-2031. D’autres mesures de dépenses sont un ensemble disparate de projets à budget relativement modeste, comme des fonds alloués au sport.
Le gouvernement s’en tient donc à une série d’initiatives modestes, choisissant de se contenter du fait qu’il n’y a pas eu de récession jusqu’à présent et que les échanges commerciaux du Canada n’ont pas été pénalisés par les tarifs douaniers américains autant qu’on le craignait. En même temps, la revue des dépenses tant vantée par le gouvernement n’a pas mené à une réduction de ces dépenses.
Ainsi, le gouvernement ne s’accorde pas une marge de manœuvre pour pouvoir réagir aux chocs économiques qui pourraient perturber ses plans financiers. Pire encore, il ne s’attaque pas aux enjeux économiques qui menacent le Canada à plus long terme.
Les principaux problèmes auxquels fait face le gouvernement sont la précarité des finances publiques et la croissance économique extrêmement lente du Canada. Premièrement, le déficit fédéral est projeté de passer de 1 333,9 milliards $ en 2025-2026 à 1 629,4 milliards $ en 2030-2031, tandis que les frais de cette dette passeront de 54,0 milliards $ à 80,9 milliards $ durant la même période. Deuxièmement, la mise à jour du gouvernement projette une augmentation du produit intérieur brut réel de seulement 1,7 % par année pour la période 2026 à 2030. C’est dire que la valeur de tous les biens et services produits à prix constants augmentera à un taux historiquement bas.
Malgré sa majorité nouvellement acquise, le gouvernement a donc choisi de s’en tenir au statu quo. Et en ne déployant aucun effort pour profiter de sa toute nouvelle majorité à la Chambre des communes, il laisse à un autre jour le difficile travail de s’attaquer aux problèmes de fond de l’économie canadienne.


