Par Laëtitia KERMARREC

Durant cette période, il peut influencer la santé cérébrale : le stress, une alimentation déséquilibrée ou la prise d’antibiotiques peuvent perturber son équilibre (dysbiose) et favoriser l’apparition de troubles neurologiques. Même à l’âge adulte, le cerveau reste sensible aux variations du microbiote, car certains processus comme l’élagage synaptique et la myélinisation se poursuivent.

Comment s’explique ce lien entre microbiote intestinal et santé mentale? Il repose sur l’axe intestin-cerveau, le fameux « dialogue » existant entre ces deux organes. Le microbiote ne se contente pas de réguler l’appétit via la production de neuropeptides, il participe aussi à la transmission des signaux dans l’organisme en produisant directement des neurotransmetteurs comme l’acétylcholine, le GABA ou la sérotonine.

Ainsi, environ 90 % de la sérotonine, essentielle à la régulation de l’humeur, est produite dans l’intestin.

Le microbiote agit également de façon indirecte sur la production de neurotransmetteurs, via la sécrétion d’acides gras à chaîne courte (AGCC) issus de la fermentation bactérienne. Certains, comme le butyrate, peuvent atteindre le cerveau en traversant la barrière hématoencéphalique. Ils influencent alors la production de GABA et de glutamate, soutiennent la synthèse de sérotonine et de dopamine, et participent à la maturation de la microglie, impliquée dans la défense immunitaire.

Dialogue rompu, émergence de troubles mentaux

Une dysbiose intestinale peut perturber la communication au sein de cet axe bidirectionnel. Elle a été associée à une pléthore de troubles psychiatriques (1), parmi lesquels le trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH), les troubles du spectre autistique, le trouble bipolaire, la schizophrénie, les troubles du sommeil, le trouble dépressif majeur, l’anxiété, les troubles liés aux dépendances ou certains troubles neurocognitifs.

Dans ce contexte, une nouvelle piste thérapeutique a émergé : les psychobiotiques. Ce terme, co-créé en 2014 par le chercheur en psychonutrition Guillaume Fond (2), désigne à la fois des fibres fermentescibles (prébiotiques) et de « bonnes » bactéries (probiotiques) bénéfiques à la santé mentale et neurologique (3).

En 2025, selon lui : « les cinq dernières années ont été très riches d’enseignements » dans ce domaine, surtout concernant la dépression (4) et le déclin cognitif (5). Dans le cas de la dépression, il avançait que « quand on croise toutes les données scientifiques […], il est probable que les probiotiques soient même potentiellement plus efficaces que les antidépresseurs chez certaines personnes ».

Bien qu’ils ne soient pas encore prescrits ni remboursés, les psychobiotiques sont recommandés depuis 2022 au niveau international par la World Federation of Societies of Biological Psychiatry (WFSBP) dans le cadre de la santé mentale. Des recherches supplémentaires restent toutefois nécessaires pour mieux comprendre leurs mécanismes d’action.

C’est pourquoi plusieurs équipes, au Canada (6) et dans le monde entier, explorent désormais une approche personnalisée des psychobiotiques, visant à adapter les traitements au profil microbiotique de chaque patient (7).

(1) Bridging the gap: associations between gut microbiota and psychiatric disorders, Gella K. Ahmed et al., Middle East Current Psychiatry 2024.

(2) Guillaume Fond est détenteur d’un double doctorat en biologie cellulaire & moléculaire et en psychiatrie.

(3) A narrative Review of Psychobiotics: Probiotics That Influence the Gut-Brain Axis, Laima Kimse et al., Medicina 2024.

(4) From gut to brain: unveiling probiotic effects through a neuroimaging perspective-A systematic review of randomized controlled trials, Annachiara Crocetta et al. Front. Nutr. 2024.

(5) Effectiveness of Psychobiotics int the Treatment of Psychiatric and Cognitive Disorders: A Systematic Review of Randomized Clinical Trials, Freiser Eceomo Cruz Mosquera et al., Nutrients 2024.

(6) Exploring the Cognitive Effects of Psychobiotics on Gut Microbiota, The Meducator, Aya Chaudhry and Fiona MacDougall Vol. 1 No. 45 (2024).

(7) Transforming mental health: the future of personalized psychobiotics in anxiety and depression therapy, Gilberto uriel Rosas-Sanchez et al., Front. Neurosci., 26 November 2025.