Par Antoine CANTIN-BRAULT
Un fait « historique » nous dit-on, car cette cible n’avait pas été atteinte depuis 1987. Le Canada n’est pas connu pour sa force militaire, c’est une évidence. Les bases militaires, tout comme l’équipement qu’elles contiennent, sont bien souvent désuètes. Ne serait-ce que pour les militaires canadiens qui travaillent au Canada tous les jours, c’est une bonne nouvelle : leur environnement de travail sera grandement amélioré, du moins nous l’espérons.
Et il est aussi vrai que nous ne pouvons plus compter sur la force militaire américaine pour nous défendre. La confiance est brisée, même s’ils ne sont pas encore nos ennemis. Et nous savons que Mark Carney cherche à autonomiser le Canada face aux États-Unis en trouvant des appuis chez des pays de la même taille économique que le Canada. Plaire aux 30 autres pays membres de l’OTAN, en plus du 31e que sont les États-Unis qui seront somme toute satisfaits de nous voir plus armés pour protéger le Nord, est une stratégie diplomatique utile.
Cependant, un changement d’« essence », si l’on peut utiliser ce mot, est à l’œuvre pour le Canada. Le Canada a bâti sa réputation à l’international sur la diplomatie. Et il pouvait agir comme un diplomate, ou un agent de sécurité et de développement comme en Afghanistan, justement parce qu’il n’était pas perçu comme une menace militaire. Sa parole était d’autant plus crédible qu’il était moins armé.
2 % du PIB du Canada représente un peu plus de 60 milliards de dollars. Ce montant reste ridicule face aux investissements américains par exemple, qui sont de l’ordre de plus de 900 milliards de dollars américains annuellement, soit environ 3,4 % de leur PIB. Nous ne rivaliserons jamais avec les États-Unis. Mais le Canada cherche quand même à entrer sur l’échiquier guerrier, à s’armer de manière à être minimalement crédible.
Kant, dans un l’essai intitulé Vers la paix perpétuelle (1795), avait établi une liste de principes à respecter dans le but de parvenir à une paix qui ne soit pas passagère, c’est-à-dire qui cacherait les germes d’une guerre future, mais bien une paix durable. Plusieurs principes sont complexes et en appellent à une réforme du droit international. Mais un de ceux-ci est d’une simplicité déconcertante : « Avec le temps, les armées permanentes doivent disparaître totalement. » Le développement des moyens technologiques de l’armée ainsi que l’entraînement des militaires entraînent des coûts qui doivent être justifiés par la guerre : ils doivent servir un jour ou l’autre.
À bâtir son armée, le Canada quitte consciemment sa posture diplomatique pour entrer dans le belliqueux. C’est en effet un jour « historique ».
Le chiffre « 2 » a une autre importance : selon l’accord de Paris (2015), il faut maintenir le réchauffement climatique en bas de 2°C par rapport à la période préindustrielle. Le Canada n’aurait-il pas été plus utile à se concentrer sur cette cible plutôt et chercher à convaincre les autres à faire comme lui? Il est là le « nerf de la guerre » : si le réchauffement climatique continue, l’espace habitable de la Terre va se rétrécir et les ressources vont continuer à diminuer. Si l’on veut prévenir la troisième guerre mondiale, la « guerre » au réchauffement climatique est nécessaire.
