Virginie FRERE – collaboration spéciale

Sophie Éthier est membre du Winnipeg Rowing Club depuis 2019.

Cette Québécoise installée au Manitoba a fait de ce sport nautique bien plus qu’une activité physique : un espace de respiration, de dépassement et de rencontres humaines.

« C’est pour la forme, c’est pour l’espace, pour la plaisance », dévoile d’emblée Sophie Éthier.

Trois à cinq fois par semaine en été, elle rejoint le club centenaire situé près du pont Norwood qui enjambe la rivière Rouge.

Fondé en 1881, le Winnipeg Rowing Club compte aujourd’hui près d’une centaine de membres, répartis en plusieurs groupes : les groupes récréatif, performance et junior.

Sophie Éthier, elle, a choisi le groupe récréatif adulte : un choix assumé. Ici, pas d’obsession du chronomètre, ni de podiums.

Les entraînements, d’une durée d’une heure et demie, se déroulent en soirée pendant la semaine et le samedi matin, dès que la rivière devient sécuritaire après les fontes de l’hiver.

« Une fois que la température de l’eau est montée à un niveau acceptable et que les débris sont passés, on peut commencer à faire de l’aviron sur la rivière », précise-t-elle.

Elle est venue à l’aviron par hasard, à la suite d’un accident.

« On me l’a recommandé pour la remise en forme, car on m’a dit que l’aviron est un sport complet, sans impact », raconte-t-elle.

Elle essaie, et elle accroche! Depuis, l’aviron est devenu son sport principal. Elle rajoute également que le fait que ce soit un sport nautique la motive davantage, elle qui est attiré par l’environnement aquatique.

Privilégier le collectif

Sur l’eau, la rigueur est bien réelle. L’aviron est un sport exigeant, technique, où chaque geste compte.

« C’est un sport très, très technique où on a besoin de se synchroniser avec les membres de l’équipe », souligne Sophie Éthier.

L’échauffement se fait en « pleine coulisse », augmentant progressivement l’intensité musculaire : des bras seuls aux jambes, il s’applique ensuite au corps entier en sollicitant les bras, le dos et les jambes en même temps.

Une façon d’être en harmonie avec les corps avant de s’accorder dans les bateaux. Car sur la rivière, l’individuel s’efface au profit du collectif.

« Ce qu’on fait lorsqu’on est sur un bateau d’aviron a des conséquences sur les coéquipiers », rappelle-t-elle.

Un déséquilibre, un mauvais timing, et tout le bateau en ressent les effets. Cette conscience de l’autre est au cœur de la pratique.

« Il faut avoir une conscience physique, je dirais », ajoute-t-elle.

Au fil des saisons, Sophie Éthier a aussi pris davantage de responsabilités.

Avec l’arrivée annuelle de nouveaux membres, elle est souvent appelée à occuper le rôle de capitaine sur les bateaux à quatre. Guider, rassurer, transmettre : une autre facette de l’aviron, plus humaine.

Une véritable évasion

Si Sophie Éthier rame souvent en équipe (à deux, à quatre, parfois à huit), elle pratique aussi l’aviron en solo, dans un skiff. Une expérience bien singulière.

« La différence principale de faire l’aviron seul, c’est la concentration. Étant donné que c’est un sport très technique, il faut se concentrer », explique-t-elle.

Ces embarcations légères, parfois entre 25 et 40 livres, exigent en effet une maîtrise complète du geste.

« Une mauvaise manœuvre, et le skiff chavire », dit-elle avec lucidité.

Mais surtout, il y a ce sentiment d’évasion et de bien-être qui se dégage dès qu’elle est sur l’eau.

« J’ai un certain plaisir à être sur l’eau », confie-t-elle.

L’hiver venu, quand la rivière Rouge gèle, l’aviron ne s’arrête pas pour autant.

Les membres du club poursuivent l’entraînement en salle, sur la quinzaine d’ergomètres que possède le Club.

Les samedis matins restent un rendez-vous, même loin de l’eau.

Une façon de maintenir la forme, mais aussi le lien.

En effet, l’aviron lui a offert autre chose : « Avec ce nouveau sport, j’ai fait des belles connaissances », confie Sophie Éthier.

Des amitiés qui dépassent les quais et les entraînements, et qui font du club bien plus qu’un simple lieu voué au sport. À ceux qui hésitent encore, Sophie Éthier n’a qu’un conseil : essayer.

« Soit les gens aiment ce sport, soit ils ne l’aiment pas, il n’y a pas de juste milieu », conclut-elle avec un sourire dans la voix.